Critique : « Photo de famille » : serre les dents et souris

Dans les salles depuis le 5 septembre, le dernier film de Cecilia Rouaud, « Photo de famille », présente un casting qui fait rêver : Vanessa Paradis, Pierre Deladonchamps (Le Fils de Jean), Jean-Pierre Bacri (Place publique, Le Sens de la fête) et Chantal Lauby (Qu’est-ce qu’on a fait au bon dieu). Et la réalité ?

Mao, Gabrielle et Eva sont frères et sœurs mais n’ont pas grandi ensemble. Alors qu’ils étaient encore enfants, leurs parents se sont séparés et ont dispersé la fratrie. Gabrielle est statue vivante à Paris, Eva est conseillère de réinsertion et Mao conçoit des jeux-vidéos. Leur vie est loin d’être stable et les rares réunions de famille donnent lieu à des tensions douloureuses et à des disputes jamais résolues. Seul élément unificateur du clan : une grand-mère sénile dont le dernier souhait est de mourir à Saint-Julien.

Le cliché de la famille décomposée

La famille Sorel est une famille éclatée, décomposée, qui n’a jamais surmonté le divorce des parents. Chacun à leur manière, les enfants ont essayé de surmonter un traumatisme qui subsiste. Mao enchaîne les psychanalyses et est alcoolique, Gabrielle s’accroche à son fils Solal qui souhaite aller vivre chez son père et Eva ne parvient pas à avoir d’enfant. Si le film explore les possibles traumatismes qui résultent de l’éclatement d’une famille, il en fait parfois un peu trop. Entre la mère psychologue qui n’écoute pas ses propres enfants et les jeunes adultes qui tentent désespérément de ne pas reproduire les erreurs de leurs parents, les clichés ont parfois tendance à desservir l’histoire. Trop de mélodrame nuit à l’émotion ressentie par les spectateurs et spectatrices, surtout au travers du personne de Mao qui émeut mais tombe parfois dans un pathos gênant.

Transmission et union

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Malgré cela, le film traite avec douceur du sujet de la vieillesse. « Mamie », comme l’appellent à la fois son fils, ses belles-filles, ses petits-enfants et son arrière petit-fils, sénile et vieillissante, demeure néanmoins un pilier pour la famille Sorel. C’est autour d’elle qu’ils se réunissent et font revivre les souvenirs de leurs étés à Saint-Julien et c’est grâce à elle que Mao, Gabrielle et Eva se retrouvent et tentent de reconstruire la cellule familiale. Le personnage de Mamie représente une forme de constance qui permet de stabiliser tous les autres protagonistes et donne un sens au film.

Le silence est d’or

Dans « Photo de famille », les dialogues sont souvent sans importance. Les personnages parlent peu et tiennent parfois des propos assez creux. Tout tient dans le regard, dans les silences et les non-dits. Cecilia Rouaud a su, dans son film, accorder une juste place à la musique et aux images. Les émotions se passent de mots et les acteurs et actrices le font passer avec brio. Ils suscitent tant le rire et les larmes dans la salle, réconfortent et bouleversent. Une belle histoire de vie.

Mathilde BERG

Crédit photos : SND

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