Gueule d’Ange  ou l’enfance déchue

Présenté dans la section « Un certain regard » au festival de Cannes, Gueule d’Ange est sorti le 23 mai 2018 au cinéma. Avec un casting prometteur, notamment Marion Cotillard dans le rôle principal, il raconte l’histoire d’une mère célibataire qui vit avec sa fille de huit ans, entre amour et déchirement. Critique.

Misère sociale, misère affective

Marlène et Elli sont pauvres, elles vivent dans une barre de HLM, n’ont pas de quoi payer un cartable pour la rentrée, ni même un bonnet de piscine. Le frigo, vide de toute nourriture, est en revanche rempli d’alcool. Le couple mère/fille représente ce que la misère crée de plus commun : l’alcoolisme, de l’adulte et même de l’enfant. Absence d’équilibre, de repères.

De même, l’instinct maternel ne semble pas exister. Marlène, jeune mère célibataire incarnée par Marion Cotillard, traîne sa fillette de huit ans dans des soirées arrosées, l’oublie à la sortie de l’école et décide de l’abandonner après une rencontre en boîte. Pour son premier film, la réalisatrice Vanessa Filho prend le sujet de l’instinct maternel à bras le corps en peignant une mère indigne et indignante. Tous les excès sont mis en scène pour montrer la défaillance de la mère.

Pourtant, le film est paradoxalement emprunt d’amour et de douceur. Car même si Marlène semble profondément déséquilibrée et Elli bien trop seule, la mère et la fille s’aiment et se cherchent dans la douleur. Cette ambivalence provoque un certain malaise chez le spectateur ou la spectatrice et rend quasiment impossible tout positionnement qui justifierait ou blâmerait le comportement de Marlène.

Douceur et poésie

Malgré le sujet pour le moins compliqué auquel s’attaque Vanessa Filho, le film demeure emprunt de douceur et de poésie. Ayline Aksoy-Etaix, qui interprète avec brio la jeune Elli, parle peu mais provoque une myriade d’émotions chez le spectateur et la spectatrice. Son amitié improbable avec Julio (Alban Lenoir) apporte au drame une note d’espoir, pour l’un et l’autre personnage.

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Copyright Mars Films

Par ailleurs, la mer est omniprésente, avec tout le potentiel poétique dont elle est chargée. A la fois idéal inatteignable, refuge et danger, prison et protection salvatrice, elle ne cesse de miroiter une ouverture possible.

Gueule d’Ange est donc un film complexe, dont on ressort bouleversé-e, en proie à des questionnements existentiels, mais bluffé-e par le talent d’actrice de Marion Cotillard qui n’est plus à prouver et celui, révélé, d’Ayline Alsoy-Etaix.

Mathilde BERG

Crédit Photo de Une : Mars Films
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