Être croyant(e) est à la mode

La mode puise son inspiration dans tout ce qu’elle trouve : cinéma, télévision, peinture, sculpture, histoire… Depuis plusieurs années la religion prend une place importante dans la haute-couture comme dans le prêt-à-porter et les femmes utilisent la mode pour revendiquer haut et fort leurs croyances. Entre création artistique et ouverture à un nouveau marché, les marques s’emparent de la religion, créant parfois des polémiques, et montrent qu’être croyante est aussi une question de style.

La mode a toujours été un reflet de la société, comme l’explique Elise Urbain Ruano, doctorante en histoire de la mode à Lille 3 : “de façon générale, le vêtement est un fait social, bien souvent lié de près ou de loin aux diverses croyances.” Depuis plusieurs années la mode s’ouvre à la religion pour séduire un nouveau public : c’est l’émergence d’une nouvelle forme de style, la “mode pudique”, traduction de l’anglais “modest fashion”. Les croyant(e)s suivent la mode, en portant des vêtements qui couvrent leur corps, en suivant les codes de leurs religions. Chez les femmes musulmanes, le hijab – voile qui laisse apparaître le visage – n’est plus seulement un moyen de revendiquer sa religion, mais également un accessoire à part entière. Les marques s’emparent du sujet et surfent sur la tendance, impulsée par les instagrameuses et blogueuses anglophones. En 2015, Dolce & Gabbana provoque de vives réactions avec “The Abaya Collection”, composée d’abayas – tuniques longues – et de hijabs aux imprimés variés. À l’époque, la marque affirme : « les musulmans représentent 22% de la population [mondiale] et leurs exigences vestimentaires sont trop souvent délaissées par les grandes maisons de couture et de prêt-à-porter européennes ».

Depuis, d’autres marques ont ouvert leur marché aux femmes musulmanes : Uniqlo, Marks & Spencer et son burkini ou encore Nike et son hijab de sport, destiné aux sportives. En 2015, c’est une petite révolution pour le prêt-à-porter : H&M choisit une égérie voilée, Maria Idrissi pour sa campagne publicitaire “Close the Loop”.

La mode flaire la bonne affaire : de nombreux sites (sans forcément être liés à la religion) se spécialisent dans la modest fashion, répondant à une véritable demande. MIMU MAXI, promeut une mode pudique qui respecte les lois judaïques, “nous avons lancé MIMU MAXI pour créer les vêtements modestes que nous ne trouvions pas” explique la marque sur son site. 

Capture d’écran 2018-04-11 à 16.59.55.png@Capture d’écran du site Mimu Maxi

La religion, comme tous les sujets qui touchent le quotidien, inspire la mode depuis longtemps. Dès le XIXème siècle, Gabrielle Chanel, qui n’était alors qu’une jeune orpheline de 12 ans, trouve sur les vitraux de l’abbaye d’Aubazine, en Corrèze, ce qui deviendra un logo mondialement connu. C’est également dans cette abbaye que Gabrielle – Coco – Chanel apprend à coudre auprès des religieuses. L’inspiration est alors partout, même dans les détails religieux.

C’est ce que comprend aussi Karl Lagerfeld, en 1994 lorsqu’il crée pour Chanel une robe bustier, imprimée avec des extraits du Coran. Une audace qui lui vaudra des menaces de mort, ainsi qu’à son modèle, Claudia Schiffer.

Jean-Paul Gaultier en 1993 fait aussi polémique en ré-interprétant un vêtement traditionnel de rabbin. Le créateur veut rendre hommage aux Juifs orthodoxes, mais dans leur tradition, les femmes ne peuvent pas porter des vêtements masculins. Un risque qui n’a pas découragé les créateurs actuels qui ne cessent de s’approprier la religion, comme Alexander McQueen lors de sa collection printemps/été 2000 aux multiples références religieuses, ou John Galliano pour Dior, à l’automne/hiver 2000 avec son mannequin vêtu d’une soutane. La liberté de création se heurte alors souvent aux significations religieuses. Ce sont toujours deux mondes qui tentent de s’entremêler dans cet art : le profane et le sacré.

Un sujet passionnant qui sera développé en 2018 au Costume Institute du Metropolitan Museum of Art (Met) de New York. Intitulée “Heavenly Bodies : Fashion and the Catholic Imagination”, littéralement, “Corps divins : la mode et l’imagination catholique”, l’exposition se concentrera sur les liens entre religion et mode. Elle montrera une quarantaine d’oeuvres prêtées par le Vatican, et des vêtements haute-couture de designers tels que Balenciaga, Dolce & Gabbana ou encore Valentino.

Camille BRONCHART & Inès LOMBARTEIX

Une réflexion sur “Être croyant(e) est à la mode

  1. Très bon article ! Effectivement Mode et Religion est un thème d’actualité – Je ne sais pas si vous avez vu le numéro « spécial mode » de la Revue des 2 mondes paru en février dernier, l’un des articles traite de ce sujet. Et ce vendredi, le Séminaire Mode du CNRS organise une conférence sur ce thème. Catherine

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