Bye la fourrure, allons nous vers une mode plus sain-(t)-éthique (synthétique)?

La fourrure tient une place prépondérante dans le milieu de la mode. Encore présente dans de nombreuses collections, elle continue de susciter admiration et envie auprès d’une clientèle étrangère, majoritairement chinoise. Vénérée puis décriée dans les années 1970, la fourrure commence à être remise en cause. De plus en plus de maisons de couture l’excluent de leurs créations en dénonçant les mauvais traitements que subissent les animaux. Une prise de conscience semble prendre forme grâce notamment au travail d’associations qui défendent la cause des espèces utilisées pour leur fourrure. Est-ce que cela est suffisant pour l’enrayer définitivement des podiums et voir ainsi naître une mode plus saine et éthique ?

Les prémices de la fourrure sur Terre remontent à la Préhistoire, où, pour se protéger des aléas climatiques, les hommes gardaient les peaux des bêtes qu’ils chassaient sur leur territoire.

L’apparition de la fourrure, une histoire de poil

Au fil des siècles, ce matériau est devenu au sein des peuples, un symbole de richesse. Notamment pendant l’Égypte ancienne et plus tard, au sein des royautés d’Europe qui se réservaient le droit d’utiliser des fourrures précieuses. Au Moyen-Âge, des artisans nommés « pelletiers » étaient très appréciés pour travailler minutieusement ce matériau.

L’apogée de la fourrure n’apparaît qu’au début du XXe siècle aux États-Unis, et plus particulièrement à Hollywood. De nombreuses actrices portaient de belles fourrures extravagantes. Mais peu à peu, son image sexy et son lien avec une certaine classe sociale supérieure ont été entachés dans les années 1970 par l’apparition de polémiques sur la maltraitance des animaux qu’engendre le commerce de la fourrure. La cruauté, largement présente dans les élevages, a déclenché quelques années après une prise de position iconique dans le milieu de la mode. En 1997, du haut de ses 1m70, le mannequin international Naomi Campbell a posé nue pour l’association américaine PETA, qui défend la cause animale, en scandant : « Je préfère être nue plutôt que de porter de la fourrure ». Un séisme provisoire dans le milieu de la haute couture puisque la fourrure est nettement réapparue dans les défilés de 2010. Cinq ans après, elle était présente dans 70% des défilés des fashion weeks de New York, Milan ou Londres…

Si ce matériau noble suscite un tel engouement, c’est parce que derrière les podiums et les paillettes se cache une triste réalité, celle d’une forte demande, à laquelle les Maisons de couture se « doivent » de répondre ; à n’importe quel prix.

L’industrie de la fourrure, un marché très lucratif

Afin d’avoir une idée de ce que représente le marché de la fourrure, il suffit d’avoir en tête un chiffre. D’après la fédération internationale Fur Trade, le marché mondial pèse près de 35 milliards d’euros et emploie un millions de personnes. Le commerce de la fourrure est très convoité par deux grands acheteurs que sont la Chine et la Russie. Précisons d’ailleurs que les Chinois achètent la moitié de la production mondiale.

En 2015, c’est environ cent millions de peaux (notamment de visons et de renards) qui ont été vendues. Concernant ces dernières, elles se réalisent majoritairement par le biais de ventes aux enchères. La plus connue se situe au Danemark. Son nom, Kopenhagen Fur. C’est la plus grande maison d’enchères de fourrures au monde. Les plus fortunés du globe s’y déplacent régulièrement pour dénicher la perle rare, celle qui saura les habiller avec classe. Classées en 52 catégories, chaque peau dispose d’un code-barre. Actuellement, 6,8 millions de peaux sont en vente. Pour obtenir cette quantité, le marché induit un élevage intensif d’animaux à travers le monde entier, où les conditions de « vie » y sont déplorables.

La maltraitance des animaux omniprésente

Selon un récent article du magazine Paris Match, 140 millions d’animaux meurent chaque année à cause du marché de la fourrure. Un chiffre en augmentation qui s’explique par un regain d’intérêt pour ce matériau. Celui-ci parvient à séduire, malgré tout, de jeunes créateurs tel que Ran Fan.

L’année dernière, la fourrure s’affichait dans plus de deux tiers des collections féminines aussi bien estivales qu’hivernales. Mais avant d’arriver sur les podiums, la fourrure est d’abord prélevée sur des animaux élevés à cet effet. Ils sont nourris et gardés dans des élevages jusqu’à leur mort dans des conditions d’hygiènes et de vie très dures. Un constat dénoncé à mainte reprises par différentes voix ; National Geographic en est une. Richard Conniff explique dans le magazine qu’une grande majorité des élevages pratiquent des méthodes d’euthanasie très peu éthiques. Par exemple, les éleveurs de renard utilisent souvent l’électrocution anale, appréciée pour sa rapidité et son efficacité. Ajoutons à cela la taille ridicule des cages qui génère énormément de stress chez l’animal. Il n’est pas rare non plus de déceler des cas d’automutilations, de mal nutrition voire de mortalité infantile.

Les animaux les plus convoités pour leur fourrure sont le vison, le castor, le renard, l’écureuil, le lynx, la belette ou encore le lynx. Ils sont chassés par des trappeurs ou élevés en captivité dans d’immenses exploitations basées principalement en Europe, suivie de près par les États-Unis. L’utilisation de la fourrure dans la mode connaîtra-t-elle, un jour, une extinction totale ?

Le réveil des marques et les solutions alternatives

Après la prise de position de Naomi Campbell dans à la fin des années 1990, d’autres figures de la mode ont suivi le mouvement. L’une des pionnières à avoir emboité ce pas est la créatrice Stella McCartney. En 2015, lors de la Fashion Week d’hiver, elle a eu l’audace de rendre visible les étiquettes de ses vêtements où il était écrit : « Fur-Free Fur » (fourrure synthétique en français).

Plus récemment, John Galliano a annoncé, ce mercredi 4 avril, qu’il décidait de ne plus utiliser de fourrure dans ses créations et qu’il devenait vegan. Aussi, des associations militantes telles que Green Peace, Pita ou le site « mode sans fourrure » combattent à leur échelle l’expansion de la fourrure. Ce site référence notamment la liste non exhaustive des marques de vêtements (de luxe ou non) qui se sont engagées, ou non, dans cette lutte.

Le magazine Vogue a également écrit un article, début mars, pour présenter douze manteaux en fausse fourrure. Plus largement, des pays ont pris des mesures pour bannir l’utilisation de ce matériau. C’est le cas de la Grande-Bretagne, de la Croatie et de l’Autriche.

Il semble donc qu’un élan plus sain et éthique souffle sur la sphère de la mode. Il n’en demeure pas moins, qu’à l’avenir, la place prépondérante de ce matériau au sein de la mode, dépendra avant tout des consommateurs.

Marlène HONORAT

Crédit photo à la Une : Flickr Franck Michel

 

 

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