Dans le Nord, un futur Learning Center dédié au textile ?

Créer un lieu de mémoire consacré au textile dans le Nord qui donne la parole aux ouvriers du textile. C’est le projet que soutient Jean-Pierre Balduyck, ancien maire PS de Tourcoing et président de l’association Les amis du CIRETEX (Centre historique régional du textile).

L’industrie textile a joué un rôle majeur dans le développement économique de la région Nord-Pas-de-Calais aux XIXème et XXème siècles. Peu de filatures ont survécu aux grandes avancées technologiques du XXIème siècle et à la mondialisation, mais de nombreux sièges sociaux d’entreprises textiles restent implantés dans le Nord, comme 3 Suisses International (3SI), implanté à Croix, La Redoute et Damart à Roubaix, ou encore Pimkie à Villeneuve d’Ascq.

Avant de se lancer en politique, Jean-Pierre Balduyck a travaillé près de vingt ans dans le textile, et c’est tout naturellement qu’il milite, depuis plusieurs années pour un « lieu de mémoire humaine » pour l’ancienne région Nord-Pas-de-Calais. Mais ce que l’ancien maire de Tourcoing veut faire ce n’est pas un musée. Jean-Pierre Balduyck et l’association Les Amis du CIRETEX voient plus grand : ils militent pour la création d’un Learning Center du Textile, à l’image de ce qui existe à Lewarde pour la mémoire de la mine : « Je voulais un lieu de mémoire humaine pour toute cette région du textile. On ne peut pas laisser partir tous ces témoins sans tracer leur histoire, et leur histoire humaine ».

Un Learning Center, c’est la possibilité de mieux comprendre ce qu’ont vécu les ouvriers du textile :  « Il y a des musées avec des machines, on peut voir les fabrications, mais pas ce qu’ont vécu les gens quand ils ont quitté leur village, leur vie ouvrière, les enjeux, les défis ou l’action syndicale : il faut recueillir les témoignages pendant que les gens sont toujours en vie ».

L’histoire humaine derrière l’industrie textile

Derrière l’industrie textile, se trouve toute une histoire humaine. Jean-Pierre Balduyck explique : « il faut rendre à cette population la dignité de leur histoire. On a des gens qui sont meurtris parce que les entreprises ont fermé et les enfants n’ont pas trouvé du travail. Aujourd’hui, l’industrie textile continue, sous une autre forme. » Dans le Nord, il y a toute une branche du textile qui continue à être liée à l’histoire avec des structures de formation comme l’ENSAIT (l’École Nationale Supérieure des Arts et Industries Textiles) ou l’ESAAT, à Roubaix. Sur l’avenir du textile, Jean-Pierre Balduyck insiste : « il y a encore des activités textiles qui embauchent et qui cherchent de la main d’oeuvre, et certains gagnent plus que des fonctionnaires de catégorie C ».

Le textile ne se limite pas à la fabrication de vêtements pour la mode. Aujourd’hui, il est capable, entre autres, de soigner des grands brûlés grâce à des textiles techniques, de retrouver des personnes grâce à une puce implantée dans les vêtements, de protéger les pompiers du feu ou les forces de l’ordre des balles, d’être utilisé dans la construction de certains objets… : « il y a tout le textile technique, c’est une histoire… (…) Il faut montrer l’histoire et les réalités du textile dans cette partie de l’enjeu de 2018. Des emplois se créent encore dans le textile. »

Un Learning Center, plutôt qu’un musée, c’est la promesse de « montrer la vie, les engagements humains, la personnalité et les textiles qui continuent d’exister à partir de la mode ». 

L’image, au coeur du Learning Center textile

Dans le projet de Learning Center, l’image prend une place très importante : « Aujourd’hui, l’image est ce qui rend le mieux compte d’une réalité historique. (…) On est capable dans une salle pas plus grande qu’une salle de cours de projeter sur les murs quarante métiers à tisser et d’inclure le bruit, l’odeur et l’humidité. En visitant le Learning Center, on est au milieu d’un troupeau de mouton en Australie, puis dans le bateau qui transporte la laine entre Anvers et Dunkerque et on assiste à toute la transformation. On peut entendre le bruit assourdissant du tissage ». Peu coûteuse en termes de fonctionnement et faisable, l’ancien maire PS de Tourcoing défend l’image comme base du Learning Center : « le prix des écrans baisse d’année en année. Pour le rapport qualité/prix, il n’y a rien de mieux que l’image pour intéresser tout le monde. C’est en plus moins coûteux que de rassembler des machines ».

Le but annoncé : créer une bande de données « qui a vocation à tout rassembler pour mettre à disposition de tous » au Learning Center. « Tout savoir et tout mettre à disposition », même ce qui pourrait se passer dans d’autres bassins textiles mondiaux. Jean-Pierre Balduyck souhaite que les visiteurs du centre puissent comprendre les enjeux de la fabrication textile au Bangladesh, secoué en 2013 par la mort de 1.134 personnes après l’effondrement d’une usine textile ou encore les raisons qui poussent les grandes marques à délocaliser leur production textile. « Au Bangladesh, il y a des salaires à 30€, des produits de teintures qui ne sont pas dans les normes et on ne dépollue pas l’eau. Certains travailleurs ont été licenciés pour avoir été aux toilettes. L’esclavage fait la différence, et pas le salaire. C’est l’importateur qui met les sous dans sa poche. Damart fait ses vêtements en Tunisie et paye ses salariés 150€ par mois, soit 10% du SMIC français. La situation y est explosive, avec ces méthodes, on ne favorise pas la démocratie et la liberté. Il faut montrer toute cette misère » martèle Jean-Pierre Balduyck.

Quand ce projet pourrait-il voir le jour ?

S’il est établi que le projet devrait voir le jour à la Plaine Images, “site d’excellence économique dédié aux images numériques et aux industries créatives”, à cheval entre Roubaix et Tourcoing, pour l’instant, pas de date officielle pour l’ouverture du Learning center textile : « des élus ont défendu le projet pendant les municipales de Tourcoing, mais pas beaucoup depuis. L’étude de faisabilité commence à peine ». Jean-Pierre Balduyck espère connaître le coût et le contenu du projet d’ici à la fin de l’année, pour que sa construction soit lancée le plus rapidement possible.

Camille BRONCHART

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