Jusqu’à la garde : un thriller en tension

À l’heure où la proposition de loi sur la résidence alternée nourrit le débat politique et médiatique français, Xavier Legrand la porte à l’écran dans Jusqu’à la garde. Le sujet est d’autant plus interpellant qu’il se greffe à la question des violences conjugales. Avec un premier long métrage aussi fort, Xavier Legrand s’inscrit incontestablement dans la liste des réalisateurs prometteurs. Le spectateur se retrouve projeté dans l’histoire, tenu en haleine par un jeu d’acteurs ultra-réaliste, se demandant pour qui il aurait pris parti.

« Il veut juste lui faire du mal, juste ça, ce n’est pas un père et c’est pour ça que je suis content que mes parents divorcent. Je ne veux plus le voir, plus jamais ». Ce sont les paroles de Julien Besson, 11 ans, qui vit avec sa mère Miriam et sa sœur, Juliette. Mais la juge a tranché en dépit de sa volonté : il sera contraint de revoir son père, Antoine, un week-end sur deux et la moitié des vacances scolaires.

Dans un tribunal débordé, sur un bureau où s’empilent une quinzaine de dossiers, se trouve celui de la famille Besson. Un dossier comme un autre dans les méandres administratifs. Miriam (Léa Drucker), stoïque, le regard vide, le teint blafard, la parole coupée, a fui aux quatre coins de France pour éviter les coups de son mari. Lui dément. Et son avocate joue l’offensive, dressant le portrait d’un « homme généreux, serviable, aimé de ses collègues ; un homme normal ». Qui croire ? Manipulation ou vérité ? Et vous, qui auriez-vous cru ?

L’amour ou la haine, comme un boomerang

Le scénario reste prévisible. Mais les acteurs, par un jeu remarquable, font de chaque seconde une surprise, suspendue à un geste, une parole, une sonnerie. Pris dans une course angoissante, le spectateur rentre petit à petit dans l’histoire jusqu’à ressentir cette peur qui terrasse la mère et ses deux enfants. Dressant le portrait de Miriam, une femme discrète et paralysée face à la personne imposante, voire envahissante qu’est son mari, Léa Drucker est puissante avec peu. Par des expressions faciales, des yeux qui ne trompent pas, elle montre tout en disant peu.

Personne ne sait sur quel pied danser. Ni le spectateur, ni les acteurs.

Dans les traits d’Antoine Besson, Denis Menochet campe un homme fort, brute et effrayant. Mais dual, tantôt doux, aimant, pleurant à grosses larmes sur ses joues charnues, tantôt violent, autoritaire, pris d’un excès de colère. Toujours l’amour triomphe, toujours, la haine revient. Jusqu’à la fois de trop.

Prenant son fils, Julien, (sublimement interprété par le jeune Thomas Giroria) comme appât, la traque ne s’arrête jamais. Tout est prétexte à revoir sa femme. Un téléphone, une clé, un carnet de correspondance. Julien lutte, ment, trompe. Mais toujours Antoine arrive à ses fins.

L’absence de musique pour accompagner certaines scènes clés pourrait être reprochée. Mais cela rajoute à la vraisemblance de la situation, transformant chaque détail en enjeu essentiel, chaque souffle en rythme à suivre.

Jusqu'à la garde
Dessin : Marylou Czaplicki

Xavier Legrand le surdoué

En 2014, Xavier Legrand n’avait pas encore réalisé de long-métrage qu’il remportait déjà l’un des Prix les plus prestigieux du cinéma français : un César. Celui du Meilleur Court Métrage pour Avant que de tout perdre, sur le même sujet et avec la même actrice principale. Comme un signe prémonitoire, « Xavier » semble rimer avec talent, et Xavier Legrand, suivre les pas du jeune Xavier Dolan.

 Jusqu’à la garde n’est pas un film qui se raconte, c’est un film qui se vit.

Marylou CZAPLICKI

 

Crédit photo à la Une : Haut et Court
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