L’écriture inclusive : assassinat ou renaissance de la langue française ?

Cher.e lecteur.trice, peut-être avez-vous vu ces derniers temps fleurir sur les réseaux sociaux, et même sur certains médias, une écriture étrange, faite de points et d’ajouts sans fin. Peut-être avez-vous crié au scandale ou vous êtes-vous arrêté, étonné.e.s, mais intéressé.e.s. Sans doute avez-vous entendu l’Académie française crier au scandale et au meurtre. Et surement êtes-vous un peu perdu.e.s face à tout cela. Pas de panique, Jollies vous dit tout sur le sujet, des origines de la langue française à son renouvellement.

Dans ce débat houleux, on entend souvent dire que « le français est sexiste » ; parfois, on dit qu’il l’a toujours été, d’autres fois, qu’il l’est devenu (du jour au lendemain) au XVIIe siècle. D’autres, à l’inverse, fustigent les féministes d’extrémisme car, disent-iels, il existe des combats bien plus importants.

Du langage et de la pensée

Avant de parler de la langue en tant que telle, il est intéressant de se demander pourquoi un débat sur la langue cristallise autant de convergences idéologiques. Le langage est un vecteur de sociabilité et de fédération. Des humains qui parlent la même langue se comprennent et ce qui, de fait, permet une vie commune basée sur des accords compréhensibles par tou.te.s. Cette vision de la langue est perceptible dans les textes fondateurs comme la Bible. Alors que les Hommes construisent la tour de Babel, Dieu, furieux de leur orgueil, leur insuffle à chacun une langue différente. Incapables de se comprendre, les ouvrier.e.s se dispersent aux quatre coins du monde (ce passage a d’ailleurs longtemps servi d’explication à la diversité des langues sur Terre).

Le langage est donc une condition indispensable à la formation d’une société. Il permet également de formuler la pensée en mettant des mots sur des concepts, ce qui est plus ou moins facile en fonction des langues. Ainsi, en allemand, les mots contiennent souvent leur propre définition et l’invention de néologisme est plus courante. C’est la raison pour laquelle la langue est un vrai sujet de débat. La manière dont nous parlons révèle de nombreux fonctionnements et façons de penser. Ce n’est donc pas une polémique vaine et futile, qu’on se le dise !

De la langue et de la loi

La question qu’on se pose alors est : mais, qui décide des lois régissant la langue ? Certainement pas l’Académie française, qui n’a été créée qu’au XVIIe siècle. Fort heureusement, le français ne les a pas attendus pour évoluer. La naissance du français remonte au IXe siècle – c’est à cette époque que remontent les premières attestations écrites de la langue – et depuis, il n’a cessé d’évoluer. L’étude des textes révèlent nombre de différences entre les régions ; au Moyen-Âge, la langue parlée est donc changeante et n’obéit pas à des règles écrites.

Selon Mathieu Marchal, médiéviste et maître de conférence à l’Université de Lille 3, l’usage prime et les modifications sont opérées par esprit de système. Ainsi, il existe en latin et en ancien français des adjectifs épicènes – dont la forme ne varie pas entre le masculin et le féminin. Par exemple, en ancien français, on dit et on écrit grant ou grand pour parler d’un sujet masculin comme féminin. Petit à petit, le e s’impose au féminin par simple logique, pour gommer les différences entre les adjectifs. Au XVe siècle, on ne trouve presque plus d’adjectifs épicènes. Leur disparition est uniquement à imputer à l’usage. Pas d’intervention institutionnelle donc.

Les grands méchants de l’Académie

Au fur et à mesure de l’évolution de la langue, certains usages se sont ainsi perdus. Par exemple, en latin et en ancien français, il existe une règle d’accord de proximité. Elle s’applique majoritairement sur le singulier et le pluriel. On peut ainsi dire L’homme et la femme est content. En revanche, l’accord de proximité ne concerne pas ou peu le genre (masculin, féminin ou neutre). On trouve néanmoins ce cas avec des participes passés (par exemple, L’homme et la femme est rassurée.)

Cet ensemble de disparités a conduit à des difficultés de compréhension. Les premières règles de normalisation de la langue datent du XVIe siècle, avec l’édit de Villers-Cotterêts qui officialise le français comme langue nationale. Au XVIIe siècle, l’Académie française est créée pour normaliser les usages et distinguer les belles Lettres du français parlé dont l’usage est populaire. C’est cette fameuse Académie qui institue alors la sacro-sainte règle du « masculin qui l’emporte ». Elle supprime aussi certains termes peu orthodoxes ou problématiques, tant du côté de la beauté de la langue que du sens. Ainsi, le terme autrice, qui désigne tout simplement une femme auteure (sur le modèle d’acteur.trice) disparaît alors qu’il était attesté au XVIe siècle. Cette suppression ne vient pas d’une volonté de correction mais plutôt du refus de la conception-même d’une femme qui écrit.

De la propriété de la langue

Cependant, l’Académie française n’est pas toute puissante dans la réformation de la langue. Selon Léopold Sedar-Senghor, le français appartient à ceux qui le parlent. L’usage que les parlant.e.s en font fait la langue et ses règles. Ainsi, si l’on se met à utiliser l’écriture inclusive, on ne viole pas une quelconque règle mais on en institue une nouvelle.

L’inclusion passe aussi par la féminisation de certains mots. De nombreux mots ont un féminin et un masculin historiques. Ainsi, au XVe siècle, les noms masculins en –eur se féminisent en –euse car le R ne se prononce pas. À Québec, la féminisation des professions date déjà de plusieurs années. C’est là-bas que les mots auteure ou professeure sont nés.

La langue évolue. Sans cesse. Et elle est amenée à évoluer encore, parce que nous parlons et écrivons. La langue est militante, utilisons-la.

Mathilde BERG

Crédit texte et photo : Mathilde BERG
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