Tout nous sépare : la force tranquille

Tout nous sépare, un titre on ne peut plus adéquat pour un film qui réunit Catherine Deneuve et le rappeur Nekfeu. Nicolas Duvauchelle et Diane Kruger s’ajoutant au duo déjà choc, le casting faisait rêver depuis longtemps.

Julia (Diane Kruger), une jeune femme aisée, a développé une relation amoureuse avec son dealer Rodolphe (Nicolas Duvauchelle). Lui, tout droit sorti des cités de Sète, a quelques ennuis avec ses fournisseurs. Les trois acolytes Rodolphe, Ben (Nekfeu) et Karim leur doivent 30 000 euros. Julia et sa mère Louise (Catherine Deneuve) vont devenir leur poule aux oeufs d’or pour rembourser cette dette. Un chantage entamé par Rodolphe et poursuivi par Ben qui leur coûtera cher à tous.

Nekfeu au cinéma, c’est tentant et intriguant. N’est pas acteur qui veut. Pourtant, le baptême du feu se passe sans encombre pour le rappeur. Confronté au ponte du cinéma français Catherine Deneuve, il ne se démonte pas et impose son style. Une pudeur mêlée à une agilité manifeste.

La complicité qui s’installe entre ces deux personnages contraires fonctionne. La femme riche et âgée rencontre le voyou perdu et déboussolé : cliché mais efficace. En décidant de ne pas trop montrer leur relation, le réalisateur et scénariste Thierry Klifa lui donne une valeur nouvelle. Il aurait pu faire un film entièrement sur Deneuve qui se prend de sympathie pour son maître-chanteur, cela aurait été déjà vu. Tout nous sépare nous plonge au coeur de ce syndrome de Stockholm allégé et amélioré tout en montrant finalement assez peu de plans longs et très explicatifs. La retenue du réalisateur sert à l’équilibre du film.

Les bonnes mesures de Klifa entre violences, dialogues, paysages, émotions et actions font de Tout nous sépare un thriller bien calibré. Il ne tombe pas dans les écueils alourdissant la trame comme raconter le passé de chaque personnage pour expliquer leurs aspérités. Finement parsemées, les touches de passé informent assez sur chacun des personnages pour comprendre et compatir… ou pas. De même, inutile de multiplier les plans sur le décalage entre le monde de Louise et Julia et celui de Ben et Rodolphe. Toute la qualité du film tient dans cette mesure, un équilibre parfait qui permet de faire tenir le scénario de manière agile.

Tout nous sépare nous tient en haleine dès le début du film. Le quatuor d’acteurs donne vie à des relations compliquées et inexplicables avec une véracité féroce. En témoigne le duo Deneuve/Kruger en mère et fille qui est simplement parfait. Le réalisateur croit assez en l’imagination et la compréhension du spectateur pour ne pas tout lui servir sur un plateau. Un atout rare qui procure au film une force percutante.

Pauline THURIER

Crédit image à la une : ©Mars Films

 

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