#Balancetonporc, #balancetatruie : Quand Twitter devient l’outil de dénonciation du harcèlement sexuel

C’est l’affaire Harvey Weinstein aux Etats-Unis qui a mis le feu aux poudres : depuis les accusations de harcèlement sexuel et de viol qui se multiplient à l’encontre du grand producteur américain, personnages publics autant que privés s’emparent de la question délicate du harcèlement sexuel, abordé de façon gênée et succincte. C’était sans compter sur Twitter, ce petit réseau à la langue bien pendue, qui redistribue la parole avec plus d’égalité.

Dénoncer à grande échelle

L’écrivaine canadienne Anne T. Donahue ouvre le débat du harcèlement la semaine dernière en lançant sur Twitter le mot dièse #myharveyweinstein, dont les anglosaxons s’emparent rapidement pour dénoncer leurs propres expériences de harcèlement sexuel. Aux Etats-Unis, c’est le hashtag #metoo qui regroupent des dizaines de milliers de témoignages.

Vendredi soir dernier, à peine trois jours après une journée consacrée tout particulièrement au harcèlement sexuel au travail en France, sa version française #balancetonporc nait sur Twitter.

#Balancetonporc, qu’est-ce que c’est?

Il est initié par Sandra Muller, journaliste de la Lettre de l’audiovisuel, qui invite toutes les victimes de harcèlement sexuel à dénoncer publiquement leur harceleur.

Si elle-même donne le ton en donnant le nom de son harceleur, beaucoup de ceux qui reprennent le #balancetonporc préfèrent taire l’identité de leur harceleur (leur « porc »), peut-être simplement pour éviter une chasse aux sorciers ou des poursuites pour diffamation.

En l’espace de deux jours, des milliers d’abonnés s’emparent du hashtag:

Ou encore cette autre abonnée:

Pourquoi c’est bien

Délier les langues sur un sujet souvent tabou ou minimisé, voilà le pouvoir de Twitter. Le hashtag, parmi les plus fréquents de ce dernier jour (il figure dans les « trending topics » de Twitter), dénonce la fréquence de ce harcèlement sexuel, en réaction à l’impunité dont les harceleurs bénéficient souvent en raison de leur pouvoir ou de leur fonction.

Ce mot-dièse est aussi important parce qu’il permet de prendre conscience de l’ampleur que prend le harcèlement sexuel dans notre société, et dont les femmes sont les premières victimes. Elles ne sont bien sûr pas les seules (avec le hashtag #myharveyweinstein, des acteurs comme Terry Crews ont également témoigné de leurs mauvaises expériences avec des producteurs américains). Des internautes ont également lancé le mot dièse #balancetatruie, en réaction au #balancetonporc, pour rappeler que les femmes peuvent également être coupables de harcèlement sexuel.

Pourquoi il faut aller plus loin

Dénoncer les coupables de harcèlement et d’agressions sexuelles et faire la chasse aux sorciers a ses limites: comme l’a souligné Marlène Schiappa, la secrétaire d’Etat chargée de l’égalité entre les femmes et les hommes, si Twitter permet de libérer la parole, le réseau social ne permet pas de rendre justice aux victimes, puisqu’il ne permet aucune poursuite judiciaire.

Là où tout se complique, c’est que ces poursuites judiciaires sont trop souvent un parcours semé d’embûches pour la victime, comme le résume parfaitement bien Terry Crews :

« Qui va te croire? (peu de gens) Quelles seront les répercussions? (beaucoup) Veux-tu travailler à nouveau ? (oui) Es-tu prêt à être ostracisé? (non) »

Une autre abonnée française le met en évidence en rebondissant sur une remarque d’un internaute remettant en cause l’utilité de le dénoncer sur Twitter:

Remise en cause de la parole de victime, culpabilisation, conséquences professionnelles dûes à l’engagement de poursuites… les faits sont là, rappelés par Céline Piques, de l’association Osez le Féminisme :

« Près de 94 % des femmes qui ont dénoncé leur patron ou leur employeur pour des faits de harcèlement ont perdu leur travail. Les conséquences aujourd’hui sont payées par les victimes et peu par les coupables. »

Rebondissant à propos sur cette lacune de la justice, Marlène Schiappa devait proposer ce lundi 16 octobre un projet de loi contre les violences sexistes et sexuelles à horizon 2018, pour pénaliser notamment le harcèlement de rue et renforcer le dispositif de sanction à l’encontre des harceleurs.

Cependant, ce type de harcèlement dans la sphère professionnelle cache peut-être le problème qui la sous-tend : celui de la protection et de l’immunité qu’offrent trop souvent pouvoir et autorité, et qui dotent ces « porcs » et ces « truies » d’un sentiment d’impunité. Dans le JDD, ce dimanche, Isabelle Adjani a conclu : « Je pense que cette histoire, l’impunité et le silence qui entourent encore le harcèlement sexuel, malgré l’évolution de la loi qui le réprime de plus en plus sévèrement, expriment profondément une inégalité radicale qui perdure entre les femmes et les hommes : celle du choix et de la maîtrise de sa sexualité. Laissons savoir à ces messieurs les harceleurs que les actrices, tout comme les ouvrières, les agricultrices ou les ingénieures, les commerciales ou les institutrices, les mamans ou les putains, sont toutes libres de baiser, libres d’avorter. Et libres de parler! « 

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