ImmerSiam #4 : En Thaïlande, on ne rigole pas avec la royauté

Alors que la Thaïlande s’apprête à faire ses adieux à son défunt roi Rama IX lors d’une cérémonie qui devrait se chiffrer en millions d’euros, le crime de lèse-majesté ne cesse de se durcir dans le pays.

Il détenait le record du plus ancien chef d’Etat en exercice. Le 13 octobre 2016, Rama IX, de son vrai nom Bhumibol Adulyadej, s’est éteint après avoir régné pendant plus de soixante-dix ans sur la Thaïlande.

Issu de la dynastie Chakri, Rama IX arrive au pouvoir seulement douze ans après l’abolition de la monarchie absolue. Tandis qu’il s’est attelé à rehaussé le prestige de la famille royale, il a connu au total 26 ministres et 17 constitutions.

A sa mort, l’homme est élevé au rang de divinité et le pays entre en deuil national. Aujourd’hui encore, des millions de thaïlandais viennent rendre un culte à sa dépouille, avant sa crémation le 26 octobre, plus d’un an après son décès.

Maha Vajiralongkorn, son fils, a hérité du royaume de Thaïlande début décembre mais souffre d’une faible popularité. La faute à une vie sentimentale sulfureuse, bien loin de la discrétion de son père. En 2016, celui que l’on appelle désormais Rama X était ainsi surpris dans un centre commercial en Allemagne au bras de sa maîtresse et affublé d’un croc-top minuscule. Depuis, photos et vidéos de cet embarrassant épisode ont été censurés par le gouvernement, qui ne plaisante pas avec le crime de lèse-majesté.

La loi de lèse-majesté la plus stricte du monde

Il y a deux mois, les Nations Unies appelaient la Thaïlande à modifier sa loi sur le crime de lèse-majesté. En 2017, critiquer la famille royale thaïlandaise, revient à encourir plusieurs dizaines d’années d’emprisonnement.

Reconnue pour son usage abusif, la loi de lèse-majesté a permis en décembre 2015 la mise en détention d’un ouvrier thaïlandais alors qu’il avait partagé des « contenus sarcastiques » sur Tongdaeng, la chienne de Rama IX.

Mais si les graffitis ou les posts offensants sont bels et bien scrutés, cette loi permet également à la junte militaire au pouvoir de museler l’opposition pour consolider son assise. Selon le Haut-Commissariat des Nations Unies aux droits de l’homme, les sanctions sont plus sévères et les interprétations plus grandes depuis le coup d’Etat de 2014.

En mai, le gouvernement menaçait ainsi de fermer l’accès au réseau social Facebook si celui-ci ne supprimait pas 600 pages accusée d’offenser la famille royale. Alors que le cybermilitantisme ne cesse de prendre de l’ampleur mondialement, le crime de lèse-majesté, puni par l’article 112 du code pénal thaïlandais, demeure une arme de dissuasion massive contre les opposants au régime.

L’année dernière, le gouvernement de Prayuth Chan-o-cha renforçait la loi relative aux crimes informatiques, augmentant ainsi surveillance et censure. La Thaïlande, 142ème sur 180 au Classement mondial de la liberté de la presse de Reporters sans frontières, entame un nouveau règne en même temps qu’une dictature qui ne dit pas son nom.

Léa GUYOT

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