10 raisons pour lesquelles on peut considérer Game Of Thrones comme une saga féministe

Attention, cet article contient des spoilers : si vous n’avez pas vu la série jusqu’à la fin de sa sixième saison, fuyez. Game Of Thrones, série tirée de la saga littéraire A Song Of Ice And Fire de George R.R Martin, est devenue la plus piratée de tous les temps. Titre de meilleure série sur IMDB, acteurs primés, récompenses littéraires pour son auteur… la saga n’en fini pas de fasciner lecteurs et téléspectateurs. Mais peut on la considérer comme féministe ? Voici 10 raisons qui abondent dans ce sens.

1. Les femmes leaders

On rencontre, dans la série comme dans les livres, de nombreuses femmes de pouvoir. Qu’elles soient reines à la tête d’une importante maison, cheffes de clans ou puissantes guerrières, les femmes ne sont pas toujours en train de subir. On pense évidemment à Danerys Targaryen, devenue Khaleesi à 13 ans, première du nom, Reine de Meereen, Reine des Andals, de Rhoynar et des Premiers Hommes, Suzeraine des Sept Couronnes et Protectrice du Royaume, Khaleesi de la Grande Mer d’Herbe, Mère des dragons, l’Imbrulée… Bref, derrière tous ses titres, Dany est une leader de talent, stratège et juste.

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2. Le pouvoir des femmes ne s’exprime pas toujours qu’à travers leur sexualité

Si Daenerys est mariée de force à Khal Drogo à 13 ans et violée dans la série (sachez que la scène de consommation du mariage est assez différente dans le livre), elle accède au pouvoir, au titre de reine, parce qu’elle est mariée, parce qu’elle devient une épouse, et potentiellement une mère. Si elle était stérile, elle n’aurait plus de « valeur » aux yeux de son frère, Viserys, qui la marie de force pour acquérir une armée. Dany n’a d’abord d’intérêt que parce que c’est une femme, capable de satisfaire les désirs sexuels du Khal, et plus tard, de lui assurer une descendance. Mais Daenerys n’est pas le seul exemple de femme de pouvoir, loin de là. Qu’en est-il de Yara Greyjoy ? Après la mort ou le départ de ses frères, elle est élevée par son père comme héritier du trône des Iles de Fer. Elle est respectée par les hommes de sa flotte et décide d’aller sauver Theon quand celui-ci est fait prisonnier par Ramsey Snow. Sur les Iles de Fer, les femmes sont soit des épouses soit des salt wives, concubines capturées pendant les pillages de villages. Yara Greyjoy n’est pas mariée malgré son âge et est choisie par son père pour commander la flotte, plutôt que son Frère Theon. Elle a acquis le respect de son père et des Fer-nés par ses qualités de leader, son intelligence et sa tactique guerrière.

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3. Les femmes ne sont pas les seules à connaître des destins funestes

Le reproche le plus souvent fait à la série, est que les femmes subissent de nombreuses atrocités. Violées, battues, mutilées, réduites en esclavage, leur sort est rarement réjouissant. Pourquoi le viol de Sansa Stark par Ramsey Bolton a-t-il tant dérangé (alors qu’il n’arrive pas dans les livres) ? Parce qu’il parait extrêmement réaliste. Un personnage aussi terrible que Ramsey, qui prend tant de plaisir à torturer son prochain, abuse évidemment de Sansa, cela ne le rendant que plus ignoble. George R.R Martin et les producteurs de la série jouent majoritairement sur le sentiment d’empathie : en faisant subir de terribles choses à ses personnages, Martin fait compatir ses lecteurs, et crée un véritable attachement envers les protagonistes. C’est ce que les atrocités vécues par les femmes nous font miroiter de notre propre société qui nous bouleverse. Mais les femmes ne sont pas les seules à souffrir dans la série. Theon Greyjoy émasculé et torturé, Oberyn et son crâne broyé par la Montagne, Varys devenu énuque, Ned Stark décapité pour trahison… Les hommes subissent aussi, sur des plans physiques, moraux ou sexuels.

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4. La condition des femmes inspirée de l’Histoire

La saga s’inspire grandement de l’époque médiévale, en particulier de la Guerre des deux Roses, entre deux grandes familles anglaises au 15ème siècle. Les personnages féminins connaissent donc le même sort que de nombreuses femmes durant le Moyen Age ou même aujourd’hui. Les violences faites aux femmes dérangent peut être autant car elles reflètent celles encore faites aux porteuses de chromosomes X. Le mariage forcé, la mutilation génitale féminine, l’esclavagisme, sont encore pratiqués dans de nombreuses régions du globe. Sans parler de la discrimination, des droits différents et du manque d’indépendance. Les obstacles que rencontrent les femmes de la série ne sortent donc pas tout droit de l’imaginaire tordu de son auteur (pas tous, en tout cas), mais ont été, à un moment de l’Histoire, le quotidien de la gent féminine.

5. Les hommes voient leur force se retourner contre eux

Dans Game Of Thrones, quand tout semble trop beau pour être vrai, c’est que ça l’est sûrement. Jaime Lannister, excellent combattant, fierté de son père et amant de sa sœur, semble mener une vie plutôt tranquille (l’assassinat du Roi mis à part, mais après tout qui n’a jamais…) jusqu’à ce qu’il soit fait manchot et que son monde s’écroule. Sa main droite, sa « fighting hand » était ce qui faisait sa force, le fondement de son personnage, de son poste dans la garde royale. Eddard Stark, homme respecté, seigneur droit, père de famille et mari aimant, est lui aussi perdu par ce qui faisait tout son personnage : son sens de l’honneur. Modèle de morale kantienne, le seigneur de Winterfell sera décapité pour trahison dès la saison 1. C’est parce qu’il prévient Cercei et lui intime de fuir avec ses enfants illégitimes avant de tout avouer à Robert, qu’il se condamne lui même, ne voulant pas avoir la mort d’enfants innocents sur les mains. Et Ned avait pourtant bien été prévenu : « Quand on joue au jeu des trônes, on gagne ou on meurt, il n’y a pas d’entre deux« . Les femmes ne sont donc pas les seules victimes de cette saga.

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6. Les femmes transcendent leurs conditions

Contrairement aux hommes qui ont tendance à perdre leur confort, leur liberté, ou leurs membres (#TheonTiensBon), les femmes, elles, partent généralement avec un désavantage (du simple fait d’être nées femmes dans ce monde misogyne au possible) mais arrivent à transcender leur condition. Missandei, faite esclave dès son plus jeune âge, se distingue par son intelligence, et sa pratique de nombreuses langues. Etant d’abord littéralement la possession de Master Kraznys, elle est libérée par Daenarys et rejoint volontairement sa cause. C’est une femme libre, mais elle voit en Dany une leader droite et légitime, qu’elle suit de son plein gré. D’esclave maltraitée à conseillère et meilleure amie de Daenerys Targaryen, son ascension est respectable.

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7. La série passe le test de Bechdel

Le test de Bechdel permet de démontrer, par trois questions, la misogynie de certains films ou livres. Trouve-t-on deux femmes identifiables par leurs noms dans la série ? Oui, en grande quantité. Parlent-elles entre elles ? Oui, souvent. D’autre chose que d’un personnage masculin ? Oui. On pense notamment aux conversations entre Margaery et Sansa ou entre Brienne et Catelyn Stark. Il y a de nombreux personnages féminins, qui ne sont pas obsédés par les hommes et comment les séduire. Ce sont des cheffes de grandes maisons, des combattantes, des mères, des amies, elles ont une vraie profondeur psychologique et ne servent pas qu’en tant que faire-valoir aux hommes qui les entourent.

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8. Les femmes ont parfois des qualités jugées à tort masculines

Belles, légères, discrètes et élégantes ? Pas toujours. Certaines femmes, quel que soit leur âge, se distinguent par leurs qualités jugées parfois masculines. Brillantes guerrières, silhouettes imposantes ou fines stratèges, les Brienne, les Arya ou les Yara ne manquent pas dans cette série. Si elles sont parfois moquées pour leur « masculinité » (comme Brienne par exemple) elle sont aussi respectées et impressionnent (Tormund est en admiration devant celle qu’il surnomme « the big woman » ). De son côté, Ned comprend finalement sa fille Arya et lui offre des leçons de duel, déguisées en cours de danse avec le talentueux Syrio Forel.

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9. Les femmes ne brillent pas toujours par leur physique et leur superficialité

Ni Lady Olenna ni Lyana Mormont, les deux figures de l’ultime badassery de la série, ne sont admirées pour leur physique. Si Olenna raconte qu’elle a su charmer son mari, elle est maintenant âgée et c’est pour son sens de la répartie, son amour pour sa famille et sa subtile impertinence qu’elle est aimée les spectateurs de Game Of Thrones. De même, hors de question de sexualiser Lyana Mormont, qui s’en défend elle même dans la saison 5 quand Sansa tente de la complimenter sur son physique : «  J’en doute. Ma mère n’était pas une beauté, en revanche c’était une grande guerrière ». Lyana Mormont traite uniformément les femmes et les hommes de son peuple : « Je ne prévois pas de tricoter près du feu pendant que les hommes de Bear Island combattent. Nous entrainerons les hommes, les femmes, les garçons et les filles ». Les deux femmes, à la tête de leurs maisons respectives, ne sont pas là pour séduire ni être appréciées, mais pour sauver leur lignée et leur peuple.

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10. Assez de la dichotomie « mère ou catin »

Les femmes doivent-elles être des prostituées du bordel de Lord Baelish ou des vierges respectables comme (l’était) Sansa Stark ? Certainement pas, et dans Game Of Thrones non plus ! Toutes ne sont pas la mère douce et droite qu’est Catelyn Stark, qui subit silencieusement ce qu’elle croit être l’adultère de son mari, ni Ellaria Sand, concubine, qui parcourt les bordels avec Oberyn. Cersei Lannister est une mère aimante, il n’y a pas de doutes. Ses trois enfants sont sa seule raison de vivre et elle leur pardonne tout, notamment à Joffrey. D’un autre côté, elle diffère clairement de Catelyn Stark. Son amour pour ses enfants lui pousse à faire des choses inhumaines (tenter d’assassiner Bran Stark avec Jaime, faire exploser le sanctuaire de King’s Landing pour tuer ses ennemis, mettre à prix la tête de son frère Tyrion…). Tous les personnages ne sont pas tout noir ou tout blanc, notion chère à George R.R Martin. Il en va de même pour les femmes, qui ont des personnalités complexes et de multiples facettes, bien loin du cliché de la princesse vertueuse et de la femme de bordel débauchée.

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Alors convaincu(e)s ? Si la sexualisation des femmes et les violences qu’elles subissent vous avaient fait miroiter une série sexiste et discriminante, revoyez votre jugement, et dévorez la saison 7 !

Crédit images de l’article et à la une : giphy.com

Clémentine Rigot

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