Mode & appropriation culturelle : « Je t’aime, moi non plus. »

La mode est un art qui tire son inspiration de tout ce qui l’entoure : du cinéma, de la peinture, de la sculpture, de l’histoire, de la télévision ou encore des différentes civilisations. Pourtant, cette forme d’inspiration sur d’autres cultures fait de plus en plus débat. Cette pratique, c’est celle de l’appropriation culturelle, dont on parle beaucoup en ce moment.

L’appropriation culturelle, kézako ?

L’appropriation culturelle représente le fait, pour les membres d’une culture, d’utiliser ou d’adopter certaines pratiques culturelles des minorités. Pour certains, l’appropriation culturelle est perçue comme très irrespectueuse et deux grands points de vue s’opposent : ceux qui la considèrent comme un hommage ou un brassage des différentes cultures, et ceux qui la considèrent comme raciste, rabaissante et parfois même suprémaciste.

La mode et l’appropriation culturelle

Chez les créateurs et les grandes enseignes de prêt-à-porter, les scandales se multiplient. Le dernier en date ? Chanel et son boomerang à plus de 1000€. La marque de haute-couture française a fait scandale avec ce petit accessoire, tout droit inspiré du boomerang utilisé par la culture australienne indigène. On l’accuse de vouloir « occidentaliser » la culture aborigène australienne.

Having so much fun with my new #Chanel boomerang 🖤

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Fin 2016, déjà, les mannequins du défilé Marc Jacobs avaient fait polémique. Les cheveux des modèles étaient ramenés en dreadlocks multicolores, et les accros à la mode de la communauté noire s’étaient scandalisées devant cet emprunt au mouvement rastafari et sa banalisation.

Pour son défilé printemps/été 2016 à Paris, Valentino s’était retrouvé au coeur d’un scandale de grande ampleur. Sur 87 mannequins qui défilaient pour sa collection inspirée de « l’Afrique tribale », seuls 8 étaient noires. De quoi remonter sérieusement les spectateurs et la twittosphère : pourquoi utiliser des mannequins blancs pour représenter la beauté de l’Afrique tribale ? Certains voient dans l’appropriation culturelle une forme de néo-colonialisme. Après leur émancipation, les minorités se voient, une nouvelle fois, colonisées à travers la mode. Leurs combats sont idéalisés et on omet parfois leurs souffrances.

En juillet 2014, Pharell Williams pose en couverture de Elle UK. Il porte une coiffe amérindienne. Simple esthétisme pour le chanteur et l’équipe du magazine, pour les Amérindiens, chaque plume se mérite, après un acte courageux.

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@Couverture Elle UK

Des exemples comme ça, il en existe des dizaines d’autres : le wax, tissu africain, très à la mode depuis l’été dernier réutilisé par les grandes marques ; Kim Kardashian et ses tresses africaines, renommées « boxer braids » pour l’occasion ; Beyoncé qui emprunte à la culture indienne dans le clip de Hymn for the weekend de Coldplay ; Vanessa Hudgens à qui on reproche de porter un bindi à Coachella ou encore Miley Cyrus et sa ré-interprétation du twerk. Cette hyper-utilisation des symboles des civilisations minoritaires a même abouti à la création du hashtag #MyCultureIsNotCouture (ndlr : « Ma culture n’est pas faite pour la haute-couture ») sur Twitter.

L’appropriation culturelle dans les autres domaines

Pourtant, cette appropriation culturelle semble acquise, et même normale, dans d’autres domaines, comme celui de la gastronomie. Les fameux hamburgers américains sont aujourd’hui vendus dans de nombreux pays du monde et les restaurants qui les commercialisent n’hésitent plus à les remettre à leur sauce. De même, les spaghettis italiennes, croissants français, sushis japonais et autres mets nationaux typiques sont partagés à travers le monde, sans une quelconque idée d’appropriation culturelle.

Mais alors où va la limite de l’appropriation culturelle ? Difficile de véritablement le savoir tant le mot est aujourd’hui un « fourre-tout ». Par exemple, peut-on considérer que porter un band shirt, quand on ne connaît pas le groupe qui y figure est une forme d’appropriation culturelle ?  La mode devra redoubler d’effort pour trouver de nouvelles idées, ou apprendre à créditer ses sources d’inspirations pour ne plus être accusée d’appropriation culturelle.

Camille BRONCHART

 

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2 réflexions sur “Mode & appropriation culturelle : « Je t’aime, moi non plus. »

  1. L’appropriation culturelle est dans le spectre du racisme car il se joue un rapport de domination. Cette notion est FONDAMENTALE pour comprendre et expliquer l’appropriation culturelle, il aurait été très important de le mentionner, car votre définition n’appuie pas dessus, pourtant c’est là que tout se joue.
    C’est aussi ça qui permet de différencier « l’échange » culturel (notion à prendre avec beaaaaauuuucoup de pincettes) de l’appropriation culturelle.

    Aimé par 1 personne

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