La charge mentale : quand penser à tout devient banal

C’est bien connu, les femmes sont capables de tout faire en même temps. Elles peuvent changer une couche tout en réfléchissant aux menus de la semaine, donner un bain tout en écrivant mentalement une liste de courses, rédiger un rapport pour le boulot tout en téléphonant à la baby-sitter… Bien souvent, dans les couples hétérosexuels, la femme doit penser à tout. Cette hyperactivité de la pensée, totalement banalisée et ostensiblement ignorée porte pourtant un nom : la charge mentale. La dessinatrice Emma en a fait le sujet de sa dernière bande-dessinée, Fallait demander

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Crédit photo : Mistockshop

Imaginez. Marie a 48 ans, elle est mariée depuis plus de vingt ans et a six enfants, âgés de 20 à 9 ans. Aujourd’hui, elle n’en a plus « que » cinq à la maison et pourtant, elle a l’impression que plus les années passent, plus il y a de choses auxquelles elle doit penser. Le matin, au réveil, elle sait ce qu’elle doit faire. Les tâches banales du quotidien. Réveiller le petit dernier et l’aider à choisir ses habits, lui faire prendre son petit déjeuner si ce n’est pas déjà fait, souhaiter bonne chance au bon enfant pour le bon examen ou le bon contrôle… Oui, dès son réveil, Marie sait déjà qu’elle doit faire tout ça. Car tous les soirs, avant de se coucher, elle établit une liste des tâches à effectuer le lendemain. Prendre rendez-vous chez le médecin, appeler la mutuelle, payer la cantine, aller poster des dossiers d’admission pour sa fille qui est en terminale… Parfois même, aux portes du sommeil, un oubli lui revient et elle s’endort en pensant : « Il faut que je le rajoute à la liste demain. » Elle a aussi un grand calendrier sur lequel elle note, avec un code couleur, toutes les activités de ses enfants. Les spectacles, les examens ou les partiels, les sorties scout, les tournois de tennis ou de foot, les spectacles de danse ou de musique… Elle a même accès au calendrier pro de son mari qui a tendance à oublier de la prévenir lorsqu’il rentre tard. Marie n’est ni un personnage de roman ou de BD, ni une wonder-woman de la télé. Marie est « juste » une mère au foyer.

Intériorisation psychologique ou sollicitation de la société ?

La démarche d’Emma (l’auteur de la BD Fallait demander…) vise non seulement à décrire le concept, mais également à apporter des pistes d’analyse ou de compréhension de ce phénomène. Selon elle, les femmes seraient victimes en premier lieu des stéréotypes de genre intériorisés dès le plus jeune âge de la vie.

Aux petites filles, on donne de la dinette et des poupées, tandis qu’on distribue plutôt des petites voitures et des garages aux petits garçons. Puis, les enfants voient leur maman faire la cuisine, le ménage, le repassage, etc… tandis que papa lit le journal et lève la tête de temps en temps pour demander : « Tu as besoin d’aide ? ». Et Super Maman répond que non, non, tout va bien, car elle sait que ce ne sera pas aussi bien fait.

En plus de cela, la femme parfaite est un mythe intemporel. Bonne mère, bonne épouse, amante et maîtresse de maison, tous ces rôles sont attendus d’une femme depuis la nuit des temps. S’ajoute à cela un impératif assez récent : celui de mener une carrière. Car si une femme qui « abandonne » ses enfants aux bras d’une nourrice pour se consacrer à son travail est fortement critiquée, la mère au foyer « oisive » l’est tout autant. Prise entre ces impératifs contradictoires, la femme intériorise tout un tas de conventions qu’elle peut rejeter inconsciemment. D’où un sentiment de culpabilité assez récurrent.

Évidemment, exposé ainsi, cela semble complètement cliché. Tout ceci n’est en réalité qu’à demi perçu par les femmes. Marie explique ainsi : « C’est que je suis tout le temps en train de penser à quelque chose, sans en avoir vraiment conscience… Et en même temps, j’ai conscience du fait que je fais des listes pour prévoir, faire et être efficace. » Comme beaucoup de femmes, elle ne connaissait pas le terme de « charge mentale ». « Grâce à vous, je me rends que compte que je porte une sacrée charge mentale depuis des années ! » s’amuse-t-elle.

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Crédit photo : ArtsyBee

La réaction sur les réseaux sociaux

Sur les réseaux sociaux, les commentaires ont été nombreux et partagés. Gratitude et reconnaissance d’une part ; colère de l’autre. L’étude ces réactions est d’ailleurs extrêmement intéressante et remet en cause les fameux stéréotypes de genre. Des hommes défendent la réalité de ce concept et appellent au changement, tandis que des femmes s’insurgent devant une telle « victimisation ».

Mais petit à petit, l’oiseau fait son nid. La bande-dessinée a été partagée massivement sur Facebook et Brut en a fait une vidéo explicative dont les images sont tirées de publicités ou de films – montrant ainsi combien ce rôle de la femme est accepté et normalisé, voire promulgué. Emma, à la fin de la BD, ne s’adresse pas aux femmes, mais à leurs conjoints. Nous conclurons donc cet article sur le même ton : messieurs, il est temps de changer !

Mathilde BERG

Crédit photo à la Une : ArtsyBee

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2 réflexions sur “La charge mentale : quand penser à tout devient banal

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