Macron / Le Pen : deux programmes, deux philosophies du monde

Qu’on se le dise : quel que soit le candidat que vous souteniez le 23 avril dernier, une ère nouvelle, marquée au fer rouge du dégagisme, a sonné dans la politique française.

On se souvient des cinglantes et inattendues défaites de Nicolas Sarkozy, Alain Juppé et Manuel Valls – caciques notables dans leur parti – avant même le départ officiel de la course à la présidentielle, et des nombreux bouleversements qui ont rythmé la campagne. Le couperet a été tout aussi brutal pour François Fillon et Benoît Hamon, candidats victorieux aux primaires des principaux partis de droite et de gauche, éliminés au premier tour, chose inédite depuis 1958. Quant aux Insoumis, s’ils déplorent la défaite de Jean-Luc Mélenchon, ils peuvent finalement se réjouir de la progression de leur chef de file, crédité de seulement 11,1% en 2012 contre 19,58% aujourd’hui.

Finalement, et comme l’avaient très justement prédit les sondages français depuis plusieurs semaines, ce sont Emmanuel Macron et Marine Le Pen qui s’affronteront le 7 mai prochain pour prétendre à la présidence de la République. Duel entre la peste et le choléra pour les uns, match de gourous pour d’autres, ce sont avant tout deux visions du monde et de la France incompatibles qui sont proposées aux électeurs. A quelques jours du scrutin décisif, nous vous proposons de revenir sur les programmes des deux candidats.

Quels changements dans la fonction publique ?

L’annonce de l’intention d’Emmanuel Macron de supprimer 120 000 postes de fonctionnaires avait fait jaser. Le centriste envisage cependant de créer 10 000 emploi supplémentaires dans la police, 5000 dans l’enseignement, et de ne pas impacter le corps hospitalier.

Marine Le Pen ambitionne quant à elle d’embaucher 15 000 policiers et gendarmes, 6 000 agents des douanes et de créer 40 000 places de prison. Pour compenser cette hausse des dépenses, la candidate souhaite notamment baisser le budget des collectivités locales.

Quelles propositions pour le travail en France ?

L’un comme l’autre souhaitent maintenir la durée légale du temps de travail à 35 heures.

Mais là où le candidat d’En Marche ! envisage d’exonérer toutes heures supplémentaires de cotisations et de favoriser les accords de branche ou d’entreprise pour de possibles dérogations aux 35h, Marine Le Pen propose une défiscalisation des heures supplémentaires et de laisser les branches libres de négocier un allongement du temps de travail.

Egalement, tous deux souhaitent une augmentation nette du salaire des Français : pour Emmanuel Macron, celle-ci devra passer par une baisse des cotisations ; pour la candidate frontiste, une prime.

Autre projet d’Emmanuel Macron : suspendre les allocations chômage pour tous demandeurs d’emploi refusant une seconde offre. 

Quelles futures mesures économiques françaises ?

Ce sont deux idéologies très différentes qui s’opposent :

La candidate du Front national affiche un nationalisme exacerbé, qu’on retrouve au travers de ses propositions de mesures protectionnistes, et notamment la « préférence nationale », qui serait sous son mandat inscrite dans la Constitution.

Marine Le Pen souhaite négocier le retour d’une souveraineté monétaire, avec une sortie de l’euro pour un retour au franc. Elle s’émanciperait également des mesures contraignantes imposées par le traité de Maastricht.

Autre ambition de la candidate frontiste, lutter contre la fraude fiscale et sociale, taxer l’embauche des salariés étrangers et imposer une taxe de 35% sur les produits fabriqués par des entreprises délocalisant leur production.

Emmanuel Macron prône une plus grande liberté pour les entreprises françaises en allégeant les réglementations. Somme toute, le leader d’En Marche ! souhaite continuer dans la lignée de la très controversée « loi travail » initiée au cours du quinquennat de François Hollande : on privilégierait ainsi les accords d’entreprise et de branche.

Quelles évolutions pour le système de retraite ?

S’ils n’ont pas les mêmes idées, les deux candidats souhaitent jeter un grand vent de changement dans le système de retraite français.

Pour Marine Le Pen, c’est un abaissement de l’âge des retraites de 62 à 60 ans qui est nécessaire, ainsi qu’une augmentation du minimum vieillesse – strictement réservée aux natifs français ou résidant depuis 20 ans dans le pays.

Emmanuel Macron souhaite plutôt réformer le système de calcul des retraites, avec un alignement du système du privé et du public : « chaque euro cotisé » donnerait les mêmes droits à chacun.

Quelle politique migratoire ?

Fer de lance de Marine Le Pen, qui compte bien imposer un solde annuel migratoire de 10 000 personnes. Avec ceci, tout un ensemble de mesures qui entendent l’expulsion de tout délinquant étranger, la suppression de l’aide médicale d’Etat ou encore du droit du sol.

Emmanuel Macron en revanche s’est exprimé en faveur de l’accueil des réfugiés et souhaite réduire autant que possible la durée d’examen des demandes d’asile.  Il tend également à faciliter l’obtention de visas pour les « talents » étrangers et à simplifier l’accès au travail pour les étudiants étrangers titulaires d’un master.

Quelle place de la France dans l’Europe ?

C’est peut-être l’opposition la plus marquée entre les deux candidats.

Un des seuls candidats à avoir ouvertement défendu et affiché son attachement à l’Europe durant la campagne du premier tour, Emmanuel Macron souhaite réorienter l’Europe et sa monnaie vers plus de croissance. Ayant toujours encouragé ses partisans à brandir le drapeau européen durant ses meetings – contrairement à sa candidate qui avait demandé à le faire enlever lors de son passage sur TF1 -, le candidat centriste n’envisage pas l’avenir de la France hors de la Communauté européenne. Il souhaite instaurer un ministre des Finances propres à la zone euro, et a défendu l’accord de libre-échange CETA.

Marine Le Pen souhaite quant à elle une sortie pure et simple de l’espace Schengen, couplée d’un abandon de la monnaie européenne. A ceci s’ajouterait la tenue d’un référendum pour définir la possible sortie de la France de l’Union européenne. La candidate s’oppose au CETA et estime que les travailleurs détachés représentent une concurrence déloyale pour les travailleurs français.

Deux candidats, deux programmes qui souhaitent entrainer la France dans des directions différentes. Si Emmanuel Macron est pour l’instant donné vainqueur à 62% contre 38% face à Marine Le Pen dans un sondage Ipsos, les derniers événements de l’année passée – parmi lesquels le Brexit ou l’élection de Donald Trump – sont des exemples criants qu’il ne faut pas vendre la peau de l’ours avant de l’avoir tué.

Axelle BOUSCHON

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