L’art urbain investit la Condition Publique de Roubaix

« Le graffiti était l’une des plus belles choses que je n’ai jamais vues » affirmait Keith Haring. Balayer quarante ans d’art urbain tout en changeant le regard porté sur le quartier, c’est le défi qu’a voulu relever la Condition Publique de Roubaix. Bâtiment au service de l’industrie textile devenu manufacture culturelle, la Condition Publique accueille pendant plus de deux mois « Street Generation(s) : 40 ans d’art urbain », une exposition inédite que Jollies Magazine a pu découvrir.

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@manonvanpeene

Le street art, un mouvement populaire

Jusqu’au 18 juin 2017, l’art urbain est à l’honneur à la Condition Publique de Roubaix. Mouvement artistique le plus important et le plus populaire de ces dernières années, le street art prend racine sur la côte Est des États-Unis. Guidée par la liberté d’expression, c’est une course à l’innovation qui se met en place dans une société en pleine effervescence. Sur les murs comme sur les wagons de métro, le graffiti s’impose comme un moyen d’expression artistique qui semble commun à de nombreuses civilisations. C’est dans ce contexte que le mouvement se propage en Europe et plus particulièrement en Angleterre et en France dès les années 1980. À Paris, les graffitis font leurs premiers pas sur les quais de Seine, de plus en plus prisés. Avec la reconnaissance progressive du grand public, la rue devient le lieu d’exposition d’une liberté qui prend forme peu à peu.

Le mouvement street art, qui atteint particulièrement les jeunes générations, est en perpétuelle évolution, en témoignent les procédés sans cesse renouvelés. Le graffiti classique se mélange alors à d’autres techniques, certaines anciennes. Le collage, le pochoir ou encore la mosaïque font leur apparition, illustrant cette même volonté de faire parler les murs. En quatre décennies, l’art urbain n’a cessé de se transformer dans une société en quête de liberté, ce qu’à voulu exposer la Condition Publique.

Un panorama complet

De Banksy à Keith Haring, en passant par Blek le Rat ou Jef Aérosol, ce sont les œuvres de cinquante artistes, toujours prêts à partager leur avis sur le monde, qui sont exposées de manière éphémère dans ce laboratoire créatif de Roubaix. Créations muséales, photographies, vidéos, esquisses d’artistes : des œuvres spécialement créées pour l’exposition ou issues de collections privées qui s’approprient une ville, mais surtout des œuvres qui repoussent les limites de l’art urbain. Des débuts du mouvement à son entrée dans les musées, l’exposition « Street Generation(s) : 40 ans d’art urbain » offre un panorama complet et inédit en France. L’événement est la parfaite occasion pour les simples curieux ou les amateurs de street art de découvrir ou redécouvrir quatre décennies qui ont été témoins du changement de la manière de regarder les murs.

L’exposition, organisée par la galeriste française Magda Danysz, s’organise en onze sections qui marquent, au cœur de l’exposition, des périodes bien précises du mouvement. En suivant son chemin, s’offrent notamment à vous les blackbooks, ou carnets d’esquisses, dans lesquels les artistes répétaient leurs gestes de peinture avant que ceux-ci ne voient le jour à la bombe aérosol. Parmi les nombreux artistes exposés : Blade, Seen ou encore Asch. Véritable légende du graffiti connu comme étant le roi des wagons entiers, Blade débute à l’âge de 15 ans et a aujourd’hui plus de 5000 wagons recouverts de peinture à son actif. Seen, street-artiste New-Yorkais, utilise les bombes aérosols dès l’âge de 9 ans et réalise un grand nombre de pièces de manière illégale. Décrit comme l’homme qui a inventé le graffiti moderne, ses réalisations sont le parfait reflet de la société des années 1980 avec ses couleurs éclatantes.

« Il faut d’abord apprendre son alphabet pour ensuite trouver son style » : c’est ce que rappelle West, vétéran du graffiti New-Yorkais, et ce que nous laisse comprendre l’exposition. Les artistes, précurseurs du mouvement, inscrivaient premièrement des lettres bien distinctes, souvent leurs noms, de façon artistique. Ce graffiti des années 1970 et 1980, appelé Old School, est aujourd’hui reconnaissable entre tous. Des prémices du mouvement, l’idée de message à pris le pas sur la signature, et l’art urbain s’est dirigé vers de nouvelles formes d’expression : un champ toujours plus élargi.


Le choix de la Condition Publique

Territoire très vivant de l’art urbain français dès la fin des années 1980, le Nord de la France demeure néanmoins une terre de métissage, marquée par des crises industrielles. Forte de sa diversité culturelle et de son passé industriel, la ville de Roubaix a ouvert ses portes à un art florissant. Au cœur de ce quartier en renouvellement, la Condition Publique, acteur au croisement entre art et urbanisme, a tenu le pari de faire revivre le quartier et d’en changer le décor. Les alentours de la manufacture ont été investis par différents artistes et les briques sont alors devenues leur terrain de jeu. Jef Aérosol s’est installé et a posé ses pochoirs sur le toit de la manufacture roubaisienne afin d’y créer une véritable scène de vie. Ludo, artiste français, a lui, laissé ses empreintes sur le coin d’une usine désaffectée en réalisant un oiseau aux ailes armées. Enfin, le britannique Remi Rough et le français C215 ont également mis à profit leurs talents afin de recouvrir la ville de nouvelles couleurs.

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Jef Aérosol @manonvanpeene

À l’effervescence des styles, le mouvement qu’est le street art illustre avant tout la volonté de transmettre un message. La large palette de styles reflète alors les préoccupations de l’époque porteuse du mouvement. Par ailleurs, au travers d’une course à la viralité, la réflexion sur l’impact de l’image est aujourd’hui plus que jamais présente, intensifiée avec le numérique et les réseaux sociaux.

Faire revivre quatre décennies de cet art riche et à part entière en apportant une dynamique au quartier roubaisien, telle était la mission de l’exposition « Street Generation(s) : 40 ans d’art urbain ». Défi relevé par la Condition Publique.

 

Infos pratiques

L’exposition : jusqu’au 18 juin 2017
Du mercredi au dimanche de 13h à 19h
Tarifs : 5/3€/Gratuit (-18 ans)
Accessible aux détenteurs de la C’Art et du CITYPASS
Visites guidées les dimanches à 15h et 16h (3€ + droit d’entrée à l’exposition)
Accès : la Condition Publique
14, Place Faidherbe 59100 Roubaix
Tramway et Métro : station Eurotéléport
Liane 4 et V’Lille : la Condition Publique

Manon VANPEENE

Crédit image à la une : @La Condition Publique
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