New York : bilan d’une Fashion Week politique

 

Du 9 au 17 février se tenait à New York la Fashion Week dédiée au prêt-à-porter féminin. Cette première semaine de la mode sous la présidence de Donald Trump était placée sous le signe du militantisme. Nombres de créateurs se sont positionnés contre la politique du 45ème président des États-Unis.

La mode peut être considérée comme un acte politique. Preuve en est, les chaînes de magasins Nordstrom, Sears et K-Mart retirent de leurs rayons la marque d’Ivanka Trump, la fille de Donald Trump, en signe de protestation contre la politique de son père. Le monde du prêt-à-porter n’est pas le seul à critiquer les mesures du milliardaire : les grands créateurs ont également décidé de boycotter Donald Trump.

Une multiplication des actes politiques

Tout au long de la Fashion Week de New-York, les actes politiques se sont multipliés. En septembre dernier de grands noms de la mode tels que Marc Jacobs, Jason Wu ou encore Diane Von Fürstenberg s’étaient mobilisés en faveur de la candidate démocrate à la présidentielle Hillary Clinton. Pour la soutenir ou pour découvrir les nouvelles pièces des créateurs, certains d’entre eux, comme Anna Wintour ou Sarah Jessica Parker étaient aux premiers rangs des grands défilés.

Le féminisme a la côte

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@Site de Prabal Gurung

Le styliste Prabal Gurung a choisi de dénoncer le traitement réservé à Elizabeth Warren, une sénatrice démocrate la semaine dernière. Contre la nomination de Jeff Sessions au poste de Secrétaire à la Justice, elle a décidé de lire au Sénat une lettre écrite par la veuve de Martin Luther King, Coretta Scott. Il y a trente ans, Coretta Scott accusait alors un juge fédéral de racisme. Cet homme n’était personne d’autre que Jeff Sessions ! Cependant, une règle au Sénat interdit aux Sénateurs de critiquer un autre Sénateur, et le leader de la majorité républicaine au Sénat, Mitch McConnell, a tenté de la faire taire, sans succès et Elizabeth Warren a été exclue. C’est de là qu’est né le slogan « Nevertheless she persisted » (ndlr : « elle a quand même continué »), que les féministes se sont vite appropriés, et que Prabal Gurung a choisi de faire figurer sur des tee-shirts lors de son défilé. A la Fashion Week de Londres, le créateur a récidivé avec d’autres tee-shirts à messages tels que « I am an immigrant« , « Girls just wanna have fundamental rights » (Ndlr : « Je suis un immigrant », « Les femmes veulent juste avoir des droits fondamentaux« ).

Quant à Jonathan Simkai, un designer de vêtements de luxe, il avait choisi de faire figurer le slogan « Feminist AF » (ndlr : « Feminists as fuck » signifie « féministe de chez féministe » !) sur des tee-shirts vendus 95$.

On vous en parlait ici, la Fashion Week de New York a aussi été l’occasion pour le CFDA (Council of Fashion Designers of America) de rappeler son soutien au Planned Parenthood, planning familial américain, dont le financement est menacé par le programme de Donald Trump.

Les quatre fondatrices de la Marche des Femmes – qui s’est tenue le 21 janvier dernier à Washington – ont été les invitées d’honneur de défilé de Mara Hoffman, créatrice américaine qui avait elle-même participé à la marche. Elles ont été ovationnées après leur manifeste pour le droit des femmes, où elles ont appelé les femmes à l’acceptation des différences et à la solidarité.

L’acceptation de l’autre

Le magazine Business of Fashion a appelé tous ceux qui font partie de l’industrie de la mode à porter un bandana blanc. Dans les cheveux, au poignet, autour du cou ou incorporé à une tenue, peu importe tant que l’initiative est partagée sur les réseaux sociaux avec le hashtag #TiedTogether. Pour Imran Amed, le fondateur de Business of Fashion, « en mode, les images ont souvent plus d’impact que les mots« , alors il faut porter un bandana blanc « comme signe pour le monde que vous croyez aux liens qui unissent l’humanité, peu importe la race, la sexualité, le genre ou la religion« .

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@Capture d’écran du site Business of Fashion

Pour chaque post sur les réseaux sociaux avec #tiedtogether tout au long du « mois de la mode » – qui rassemble les Fashion Week de New-York, Londres, Milan et Paris – 5$ seront versés à la campagne Tied Together. Le but ? Atteindre les 50.000$, qui seront reversés au UNHCR (Haut Commissariat pour les Réfugiés de l’ONU) ,et à l’ACLU (l’Union Américaine pour les Droits Civils). Le magazine encourage également tous les participants à donner directement à ces deux associations.

Plusieurs designers et influenceurs ont participé au projet : lors du défilé Tommy Hifilger, le 8 février, tous les mannequins arboraient des bandanas blancs au poignet. Raf Simons pour Calvin Klein, Jonathan Saunders pour Diane von Fürstenberg ou encore Prabal Gurung faisaient aussi partie des participants. Côté influenceuses : Gigi et Bella Hadid, Julianne Moore ou encore Naomie Harris avaient déjà affiché leur soutien pour la campagne #TiedTogether à New York.

Côté Calvin Klein, Raf Simons était attendu au tournant pour son premier défilé aux commandes de la marque américaine. Finalement, bandanas blancs et la chanson « This is not America » de David Bowie en musique d’ouverture et de fermeture du défilé auront montré les intentions du créateur : critiquer la politique du 45ème président.

La marque Public School, quant à elle, faisait défiler ses mannequins avec des casquettes « Make America New York » – sur le modèle du slogan phare du président Trump « Make America great again » – pour célébrer la diversité et le caractère cosmopolite de la ville de New York. Sur le côté des casquettes se trouvait l’inscription « 44 1/2 » brodée, laissant penser que Donald Trump ne serait qu’une moitié de président ! Le nom du show ? « You’re welcome ! » (ndlr : « de rien ! » ou « vous êtes les bienvenus », pour critiquer la politique du président), le ton est donné.

Le Mexique n’a pas dit son dernier mot

Raul Solis, le directeur artistique de LRS Studio, une marque mexicaine, avait lui aussi décidé de frapper fort. Il a fait défiler ses mannequins en petite culottes brodées « Fuck your wall », « no ban » ou encore « no wall » (ndlr : « on emmerde ton mur », « pas d’exclusion » ou encore « pas de mur »), un message directement adressé au Président Trump.

Cette saison, la mode nous a montré qu’elle pouvait faire bien plus que présenter les tendances de demain. Elle peut être un acte politique, un signe d’acceptation, de protestation et le porte-parole d’un message.

Camille BRONCHART

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