Primaire à gauche : Valls/Hamon, un dernier tour et puis s’en vont

Après trois semaines de campagne rythmée par des débats télévisés, interviews et autres meetings, le premier tour de la primaire de « La Belle Alliance populaire » n’aura finalement pas réussi à rassembler ni les candidats, ni les électeurs.

On se souvient des espérances des délégués de la Belle Alliance populaire – c’est à dire le Parti Socialiste (PS) et l’Union des démocrates et des écologistes (UDE) -, le 2 juillet 2016, et de la décision à l’unanimité en faveur de l’organisation de cette primaire : quelle formidable opportunité pour réunifier la gauche ! On tenait là la chance de redorer son blason et de clouer le bec à tous ses détracteurs qui murmuraient de ça et là que la gauche, c’est vraiment plus ce que c’était.

Et puis comme un coup de poignard dans ce bel enthousiasme, l’annonce des refus de participation de Jean-Luc Mélenchon et d’Emmanuel Macron, qu’aucun appel ou supplication des organisateurs ne feront changer d’avis. Une décision suivie par Europe Ecologie Les Verts (EELV) et le Parti Communiste (PC). Il est vrai qu’à côté, la décision tardive du Parti Radical de Gauche (PRG) d’y prendre part avec sa présidente Sylvia Pinel comme candidate n’aura pas vraiment aidé à adoucir le goût amer laissé par ces « trahisons ».

Pire encore, la primaire peine à attirer des potentiels électeurs, et souffre de la comparaison avec celle de la droite et du centre organisée en novembre. Celle là qui a mobilisé et galvanisé les foules, et dont les chiffres de participation ont dépassé toutes les espérances, avec plus de 4 millions de votants aux premier et second tours.

En coulisses, on souffle que pour entrainer la « dynamique » tant attendue autour du vainqueur, il faudrait un minimum de 2 millions d’électeurs, un chiffre en deçà des 2,7 millions glanés à la primaire PS de 2011. Ce seront finalement autour de 1,6 millions de voix annoncées le lundi 23 janvier, au lendemain du premier tour : une estimation à prendre avec des pincettes aux vues de l’intense confusion et des soupçons de manipulation du scrutin immédiatement soulevés.

Alors, déjà enterrées, les chances à la présidentielle de cette gauche qui apparait malade, divisée et peine à convaincre ? Les sondages récents ne promettent après tout qu’au mieux la cinquième position dans la course à la présidence au vainqueur de la primaire, quel qu’il soit.

Ce défaitisme qui progresse parmi les rangs des militants de la gauche n’est pas partagé par Benoit Hamon et Manuel Valls, vainqueurs du premier tour. L’avenir de la gauche, ils l’assurent, sera avec eux, et chacun tentera de le prouver en rassemblant autour de lui dans les bureaux de vote ce dimanche. Retour sur les candidats, leur programme, et le dernier débat auquel ils se sont livrés hier soir.

Le « petit Ben » propulsé dans la cour des grands 

Le « petit Benoit », c’est l’outsider qui a su créer la surprise, et qui est aujourd’hui bien placé pour représenter son parti à la présidentielle.

Une campagne « à la Fillon » pour un candidat que personne n’attendait là, porteur d’un programme de « gauche totale », désireux d’innovations.

Il faut dire que longtemps, Benoît Hamon incarne l’homme de l’ombre du PS, celui qu’on regarde d’un oeil au mieux bienveillant, au pire condescendant. Le « petit Ben », comme le surnomme Martine Aubry en le faisant entrer à son cabinet de ministre de l’Emploi en 1997 a pour autant depuis pris du gallon, et s’est s’imposé parmi les autres grands candidats, devenant ainsi au terme de la campagne du premier tour, l’homme à abattre.

Nommé porte-parole du PS en 2008 par la maire de Lille, il rejoint les bancs du gouvernement en tant que ministre délégué à l’Economie sociale et solidaire en 2012, puis est propulsé à l’Education. Poste qu’il quitte en août 2014 aux côtés d’Arnaud Montebourg, poussé par un profond désaccord avec la politique de Manuel Valls. La lutte entre l’ex-premier ministre et M.Hamon se poursuit après son départ du gouvernement : député des Yvelines, il est l’un des frondeurs sur les bancs de l’Assemblée nationale, où il rejette vivement tour à tour les lois Macron et El Khomri. Une position qui lui vaudra une pique amère du président François Hollande dans le livre controversé de ses confidences, Un président ne devrait pas dire ça : « Mais aujourd’hui Hamon, il abandonne le PS, il est quoi ? Pas grand chose. »

C’est bien avant les autres candidats, fin août, que Benoît Hamon débute sa campagne. Méthodiquement et petit à petit, il creuse son trou, jusqu’à se faire reconnaitre comme un adversaire de taille face aux poids lourds qu’on pensait assuré de voir s’opposer dans la grande finale, Arnaud Montebourg et Manuel Valls. Même, il s’impose comme le grand gagnant d’une primaire somme toute bien morne : les débats se rythment autour de ses idées, avec en tête le revenu universel qui aura fait couler de l’encre bien au delà des propositions de Vincent Peillon, qui professait au troisième débat qu’«on en parlera dans les années qui viennent ».

Le revenu universel, mesure emblématique du programme de Benoît Hamon

Mesure phare du programme de Benoît Hamon, le revenu universel d’existence veut dans les faits instaurer dès 2018 une nouvelle version du RSA : 600 euros par mois versés sans condition aux jeunes de 18 à 25, et à tous les ayants droits. A terme, l’objectif est d’instaurer un véritable revenu universel sans condition de ressources ni d’âge, d’un montant de 750 euros, pour tous les Français de plus de 18 ans.

Sur le plan politique, l’ancien ministre de l’éducation nationale souhaite la mise en place d’un « 49.3 citoyen », ainsi que le retour au septennat non renouvelable, la reconnaissance du vote blanc ou encore le droit de vote donné aux étrangers pour les élections locales.

Le candidat Hamon désire également légaliser l’euthanasie active, la consommation du cannabis et créer une police des discriminations.

Enfin, attaché à la question environnementale, le député frondeur propose l’intensification de la lutte contre la maltraitance animale, le gaspillage alimentaire, les pesticides et les perturbateurs endocriniens, la sortie définitive du diesel d’ici à 2025, et la création d’une fiscalité environnementale par la TVA.

Fort de ses idées novatrices et bénéficiant d’une bonne image médiatique auprès des sympathisants de gauche, il devance finalement le 22 janvier ses deux principaux concurrents, amassant ainsi 36,63% des votes exprimés. Avec cette victoire en vient une deuxième en la forme du soutien d’Arnaud Montebourg et de ses 17,58% récoltés.

Une ambition présidentielle affichée

Face à lui, Manuel Valls, figure de la gauche. Catalan né à Barcelone, tout juste naturalisé français, il s’engage dès 1980 au Parti socialiste, en soutien à Michel Rocard. Peu soucieux d’être à contre-courant des idées de son parti, Manuel Valls agace l’aile gauche du PS. Trente années de politique dans les bottes, et l’ambition, toujours, d’un destin présidentiel qu’il ne prend pas la peine de dissimuler.

Maire d’Evry (Essonne) de 2001 à 2012, il rejoint ensuite le gouvernement de Jean-Marc Ayrault au poste de ministre de l’Intérieur, avant d’être nommé à son tour premier ministre le 31 mars 2014.

Il devient ainsi second du chef de l’Etat François Hollande, à qui il avait apporté son soutien à la primaire du PS en 2011, après avoir été vaincu au premier tour avec 5,6% des suffrages.

Le renoncement du président de la République à la primaire de la « Belle Alliance populaire » lui offre la voix libre pour porter sa propre candidature : il démissionne le 6 décembre 2016, et se lance à corps perdu dans une campagne aux débuts quelques peu hésitants.

Pressenti comme favori de la primaire, ciblé dès le premier débat par ses concurrents, l’ancien premier ministre se dit « fier » de son travail au gouvernement et s’envisage comme l’avenir du Parti Socialiste.

Plutôt que le revenu universel d’existence, le revenu minimum décent

Le programme de Manuel Valls se refuse à légaliser le cannabis, mais accepte l’ouverture de pourparler sur la question de l’euthanasie. Plutôt que le revenu universel d’existence, le candidat Valls propose un « revenu minimum décent » : entre 800 à 850 euros pour les adultes de plus de 18 ans résidant sur le territoire français « depuis au moins quatre ans » et sous condition de ressources afin de ne pas « donner le sentiment que tout le monde va avoir un revenu sans travailler ».

Autre points abordés, la construction de 10 000 places de prison supplémentaires, la revalorisation du statut des enseignants ou encore la mise en place d’un service civique obligatoire pour tous.

Au sortir du premier tour, il se qualifie avec 31,90% des votes.

Gauche « dure » pour Manuel Valls ; « retour aux sources de la gauche de la gauche » pour Benoît Hamon, et deux programmes qui affichent leurs différences et présentent deux visions d’un PS profondément hétéroclite.

Hier soir s’est tenu le dernier débat de cette primaire, opposant les deux candidats encore en lice. Au vu des dernières tensions et piques lancées ces derniers jours, il est peu dire que l’on s’attendait à une confrontation pimentée entre Benoît Hamon et Manuel Valls : surprise, le ton est resté cordial et l’échange sans agressivité.

On retiendra les positions des deux candidats sur le thème de la laïcité, qui les avait divisé depuis dimanche soir dernier : là où Benoît Hamon s’est déclaré en faveur de la liberté du port du foulard islamique, Manuel Valls a martelé qu’il ne pouvait pas « y avoir le moindre accommodement ». Egalement, le projet de revenu universel a de nouveau été abordé, désigné par l’ancien premier ministre comme « un message de découragement » face au chômage, quand les Français demandent à « travailler davantage ».

Et puis sur un ton plus léger, on soulignera l’invitation par un internaute aux candidats de s’exprimer en anglais. Si Benoît Hamon s’est contenté d’un simple « Yes » à la question « Do you speak English ? », Manuel Valls, visiblement plus mal à l’aise, a renchéri d’un « My english is very bad but I speak well in spanish » (« Mon anglais est très mauvais mais je parle très bien en espagnol »).

Dans l’ensemble, M.Hamon a mené le débat, inversant le rapport de force entre l’ancien favori et l’ancien challenger à son avantage, contraignant M.Valls à se camper dans une position de critique du projet de l’ancien ministre de l’éducation, au détriment de dérouler le sien.

S’il est désormais placé en favori au second tour de la primaire de la « Belle Alliance Populaire », la victoire de Benoît Hamon, dans un climat de surprises et d’incertitudes autour des élections, n’est pour autant pas assurée. Rendez-vous le dimanche 29 janvier  pour être définitivement fixés.

Axelle BOUSCHON

Crédit image à la une : @Capture d’écran France 2 – Trouvée sur L’Express
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