Gaz, bases navales et symbolisme : la Russie dans le conflit syrien

On entend parler tous les jours de la guerre en Syrie. Que ce soit par le biais de la question du traitement des civils enfermés à Alep ou celui d’une énième décision de l’ONU bloquée par la Russie. Ce que l’on connaît moins ce sont les raisons de l’intervention des puissances étrangères dans ce conflit au Proche-Orient. Alors oui, on se doute que c’est une histoire d’intérêts économiques ou géostratégiques, éternels regains des puissances mondiales et que le sauvetage de populations en danger est loin d’être la priorité (malheureusement), mais quels sont les intérêts propres à chacun ? Nous allons nous focaliser sur le cas russe, principal soutien de Bachar Al-Assad, le dictateur syrien.

La Syrie, un pays meurtri depuis 5 ans

La guerre en Syrie dure depuis 2011. Elle a été déclenchée à la suite de soulèvements qui font suite au Printemps Arabe. Son président, Bachar el-Assad, a décidé de répondre aux manifestations du peuple syrien par la violence, engendrant une guerre civile qui dure maintenant depuis 5 ans et qui a fait, à ce jour, plus de 300 000 morts et a créé un exode massif de quelque 4 millions de réfugiés.

Le régime syrien est soutenu par la Russie depuis le début des révoltes mais de manière plus officielle depuis qu’elle a lancé, le 30 septembre 2015, une aide aérienne anti-Daech. Seul bug dans la matrice, ces troupes aériennes bombardent aussi les groupes rebelles anti-Assad, soutenus par une coalition occidentale. Ainsi, ce qui n’étaient à la base que des interventions anti-Daech se transforment peu à peu en soutien à Bachar Al-Assad et en actions contre les forces occidentales sur place.

La Russie, un allié de taille pour le pays

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Caricature de la présence russe en Syrie. Crédits : Urtikan.net.

Tout d’abord il est nécessaire de rappeler que Russie et Syrie sont du même côté depuis pas mal de temps. Par exemple, la Russie a aidé la Syrie dans son intervention contre l’invasion du Sud-Liban par l’armée israélienne en 1982 ou pendant la guerre israélo-arabe de 1973 : Israël étant du côté des Américains, c’est un ennemi de taille pour le pays russophone dans la région . Ce soutien va dans les deux sens puisqu’en 2008, Damas avait soutenu Moscou dans sa guerre contre la Géorgie.

Mais alors quel est le rapport avec la guerre actuelle en Syrie ? Premièrement, il faut savoir que 80% de soldats syriens sont formés en Russie. Ensuite, aujourd’hui, le pays est devenu un acteur clef dans la résolution de la guerre civile syrienne. En effet, faisant partie des cinq pays (la Chine, les États-Unis, la France, le Royaume-Uni et la Russie) qui peuvent mettre leur droit de veto sur une décision au conseil de sécurité de l’ONU,  la Russie bloque systématiquement toutes propositions visant à résoudre le conflit, dans lequel elle trouve des intérêts importants, empêchant plusieurs fois, par exemple, une trêve pour évacuer les civils (qu’elle a autorisée depuis).

Des intérêts économiques à la clef

La Russie ne se bat pas aux côtés de la Syrie pour honorer leur ancien partenariat. Elle défend ses intérêts économiques en protégeant le pays arabe, notamment parce que la Syrie est un énorme partenaire commercial en matière de vente d’armes : Moscou lui vend 7% de ses armes.

De plus, en s’alliant avec l’Iran, la Russie affaiblit l’Arabie Saoudite et le pétrole, espérant faire monter le prix du gaz dont elle est la plus grosse productrice, une guerre des hydrocarbures sans merci. En parallèle, en prenant la défense du pays, la Russie espère protéger la Syrie du déclin qu’ont subit auparavant les États d’Irak ou du Yémen, déclins qui ont renforcés la puissance saoudienne, sa grande adversaire en matière d’hydrocarbures.

Une place géostratégique à réaffirmer 

En étant active dans la région, la Russie veut renforcer ses positions au Proche-Orient et sur la scène internationale, en se posant en acteur majeur de la guerre et principal protagoniste avec qui il faut négocier, une logique d’implantation de longue haleine pour réaffirmer sa place de puissance après l’explosion de l’ancienne URSS.

Cependant, la défense de la terre syrienne va au-delà de la puissance symbolique puisque la Russie y teste ses armes nouvelles et a quelques bases navales, les seules dans la région orientale, pouvant contrebalancer la puissance américaine.

Une autre théorie veut que la Russie essaye d’attirer l’attention de la communauté internationale sur un autre dossier que celui de l’Ukraine, dont nous avions beaucoup entendu parler en 2014, tout en surveillant l’avancée de Daech, une menace pour ses propres frontières (voir les récentes sanctions de l’UE contre la Russie).

Léa GORIUS

 

 

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