Mode éthique : consommer moins pour consommer mieux ?

La mode est un des secteurs majeurs de l’économie mondiale. Rien qu’en France, 2,7% du PIB (Produit Intérieur Brut) est induit par l’industrie de la mode, selon les chiffres de l’Institut français de la mode. Seulement, c’est aussi un secteur extrêmement polluant, où le gaspillage est courant. Chaque année, des montagnes de vêtements s’empilent dans des déchetteries, faute d’être recyclées. Entre le coût écologique et le coût humain – pointé du doigt après l’effondrement de l’usine de Rana Plaza, au Bangladesh, qui avait fait plus de 1.100 morts en 2013 – que provoquent la mode, certains font le choix de la mode éthique.

La mode, mauvaise élève écologique

Qu’il s’agisse des différentes étapes de production des vêtements, des délavages des jeans, de la livraison dans divers pays, ou encore du gaspillage qu’engendre la fast fashion, tout dans la mode pollue. La fast-fashion, comme on vous l’expliquait ici, est « un système de prêt-à-porter de grande distribution en accéléré. Certaines marques renouvellent leurs collections toutes les deux à trois semaines  et poussent le consommateur à la consommation« . En produisant toujours plus, la mode pollue davantage et engendre un gaspillage énorme…

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@Pixabay

Selon un rapport de Greenpeace, l’industrie textile consomme énormément de produits chimiques. De la teinture, en passant par l’impression, au délavage de certaines pièces, chaque étape de fabrication est très polluante. Le problème majeur de cette pollution, ce sont les eaux usées qui sont très souvent rejetées directement dans les cours d’eau, et qui peuvent avoir un impact sur la santé des humains et des écosystèmes. Pis encore, les substances chimiques présentes dans ces vêtements se déversent encore lors des lavages en machine chez soi et polluent nos lacs et rivières ; les systèmes de traitement des eaux usés n’étant pas toujours assez efficaces pour les éliminer. Certains vêtements sont vendus loin de l’endroit où ils sont produits et entrainent donc, en plus de tout le reste, une pollution de transport. La mode serait-elle une catastrophe écologique ?

Les vêtements dont plus personne ne veut, amassés en montagne dans les déchetteries pourraient pourtant bénéficier d’une nouvelle vie, être recyclés et ainsi contribuer à protéger un peu l’environnement.

Ces marques qui tentent d’aider la planète

Si certains géants du prêt-à-porter tentent de « limiter la casse« , tel H&M et sa collection Conscious, fabriquée à partir de textiles recyclés, c’est du côté d’entreprises plus petite que vient le vrai changement. Aujourd’hui, certains tentent de transformer les mentalités et de faire consommer la mode autrement.

Une des solutions pour consommer différemment, c’est le retour au vintage, en vogue en ce moment. Agathe Begne est une étudiante de Master en digital commerce à Lille. Depuis peu, elle a ouvert son site internet, « J’irai chiner pour vous« , où elle propose des vêtements de seconde main, parfois vintage, mais toujours de qualité, qu’elle chine un peu partout en Europe. Ce qu’elle considère comme primordial, c’est « la notion de qualité, retomber amoureuse de son dressing quelque part, avec des pièces uniques, des belles matières accessibles à tous« . À l’origine de cette idée, un constat : fashion addict, elle a, comme beaucoup « dépensé des fortunes chez H&M, Zara and co », mais la plupart de ces vêtements, elles ne les a plus aujourd’hui. Entre les jeans qui s’élargissent au bout d’un mois, les coutures qui se défont au bout de six et le manque d’originalité, la « notion éphémère de ces enseignes« , très peu pour elle.

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@J’irai chiner pour vous

Elle a commencé à s’intéresser de plus près aux friperies et à se constituer un style « qui lui est propre« . Sont ensuite venues les interrogations, et la multiplication des reportages sur la mode, dont The True cost, disponible sur Netflix, qui montre les conditions de fabrication de certains vêtements. Entre scandales, mauvaises conditions de travail et pollution, « c’est la douche froide ». Ce dont Agathe avait besoin, c’était de redonner « un sens à [sa] consommation« .  C’est de là qu’est née l’envie de participer à une mode plus éthique : « Je fais partie de la nouvelle génération et on se doit de trouver de nouvelles manières de consommer plus responsable, c’est indispensable et ça s’applique aussi à la mode ». 

Si Agathe devait définir la mode éthique en une phrase, ce serait une mode « responsable, qui te met à l’aise dans tes baskets, qui n’exploite pas, qui respecte son environnement, et qui pense aux générations futures« . La revalorisation textile, c’est le maître mot du projet « J’irai chiner pour vous ».

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@Lucie Sassiat pour Les Récupérables

Revaloriser, c’est aussi le concept des Récupérables, fondé par Anaïs Dautais Warmel. Depuis sa création, en juillet 2014, les Récupérables collecte des draps, tissus, nappes, rideaux, etc. auprès de ressourceries partenaires afin de leur donner une nouvelle vie. Avec ce mode de production, Anaïs Dautais Warmel « ne produit pas de nouveaux déchets mais réutilise ce qui a déjà été produit« , comme elle l’explique sur son site internet. En plus d’être bon pour la planète, les Récupérables est également bon pour l’emploi français, puisque la marque produit tous ses vêtements en France.  Les Récupérables, ce sont trois règles clefs : Réduire, Recycler et Réutiliser, pour faire de la mode éthique mais stylée. Pour Anaïs Dautais Warmel, la revalorisation textile, « ce n’est pas une option, c’est une nécessité ! » et elle aime considérer les vêtements des Récupérables comme des « phoenix« , qui renaissent de leurs cendres. Ce projet limite la pollution liée à la mode et donne une seconde vie à des tissus qui auraient pu, comme tant d’autres, émettre du CO2 lors de leur incinération. La prochaine collection des Récupérables sera disponible dès mars 2017.

Parmi les autres alternatives éthiques à la fast fashion, on trouve les dressings partagés. Jollies Magazine avait interviewé Céline Zimmermann, l’une des deux fondatrices d’Hylla, la penderie partagée. En plus d’encourager le partage des vêtements, et donc la réduction de la surconsommation mode, Hylla pousse à la réflexion sur sa consommation. Tous les vêtements de leur penderie sont des vêtements de seconde main : chinés sur des brocantes, dans des vide-dressings, dans des friperies ou issus de dons. Le but premier de la start-up est de « privilégier la réutilisation plutôt que la production ».

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@Hylla

Le gros plus revendiqué par Hylla ? Une originalité, bonne pour la planète, qui ne pousse pas à la consommation, et donc à la pollution. Dans les mois et années à venir, Amandine et Céline, les deux associées espèrent intégrer peu à peu la vente de leurs vêtements, pour leurs abonnées, à des tarifs intéressants. C’est un moyen pour elles de renouveler leurs stocks régulièrement et d’être sûres que leurs clients évitent l’achat compulsif, c’est le principe du « try before you buy » (ndlr : « essayer avant d’acheter »).

Dans un monde qui nous pousse à la surconsommation, il existe désormais des alternatives pour consommer moins, mais mieux. Vintage, revalorisation textile ou encore penderie partagée, il n’y a désormais plus d’excuse pour ne pas être stylé en respectant la planète !

Camille BRONCHART

6 réflexions sur “Mode éthique : consommer moins pour consommer mieux ?

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