La mode, être trash ou créatif ?

Trash, provocante ou simplement visionnaire, la mode fait l’objet de nombreux scandales. Derrière les strass et les paillettes, l’un des reportages de la chaine franco-allemande, Arte, intitulé « Scandales de la mode », illustre parfaitement les principaux dilemmes auxquels le monde de la mode a dû faire face depuis l’après-guerre.

À l’ère du bikini de Louis Réard (nommé ainsi en référence aux atolls Bikini, victimes des essais nucléaires américains), du monokini et du topless, la société traditionnelle occidentale perd ses repères. Dans les années 1950, des gendarmes organisent des patrouilles sur les plages pour s’assurer de la bonne tenue des femmes. Caricaturés, ils ont inspiré le célèbre film, Les Gendarmes à Saint-Tropez. La décennie suivante continue l’émancipation vestimentaire des femmes. C’est l’époque de la minijupe venue de Londres, qui créé la stupéfaction générale et la consternation des plus conservateurs.

 « C’est grotesque ! » – Coco Chanel, 1968

Face à cela, la grande dame de la mode, Coco Chanel, donne une interview en 1968. Exaspérée par son époque, elle n’aime rien. Pourtant symbole de la liberté des femmes, elle se présente lors de cet ultime entretien comme déçue et dégoutée.

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Coco Chanel en 1968 (@Flickr)

Coco Chanel s’en prend à tout le monde, elle déteste les mannequins et critique les nouvelles tendances des sixties. Voici ce qu’elle déclare au sujet de la minijupe :

« Je déteste ça, je trouve ça sans pudeur. Je trouve ça affreux. Je ne comprends pas pourquoi, elles font cela. »

Elle n’hésite pas non plus à s’en prendre aux étoiles montantes du milieu, Paco Rabane et Yves Saint-Laurent.

Toujours plus trashs et plus provocants, les podiums, eux, n’hésitent pas utiliser, des « tissus révélateurs », de la transparence en réalité. Les mannequins vont jusqu’à défiler nus et ça choque. Faire le buzz plait aux créateurs et fait vendre.

« Remonte ton froc ou va en taule ! »

À l’approche des années 2000, les punks et leurs cheveux arc-en-ciel n’effraient plus, mais les vêtement des minorités sont devenus les nouvelles cibles. Aux Etats-Unis, est né dans les années 1990, le baggy, ce pantalon dit « en bas des fesses ». Issu du milieu carcéral, le baggy fait l’objet de sérieuses discussions lors des conseils municipaux. Il rappelle ce que les Américains ne veulent pas voir : l’emprisonnement en masse des jeunes Afro-américains. Les conseils municipaux votent des lois interdisant le port de ce pantalon, considéré comme irrespectueux. Ceux qui se risquent à le porter peuvent recevoir une amende, voire 2 à 3 ans de prison. Eh oui, porter un pantalon non accepté par la société, peut vous coûter la liberté ! Pour marquer les esprits et décourager ceux qui essaieraient de défier l’autorité, des spots publicitaires rappellent ces règles à adopter, comme vous pouvez le voir sur cette vidéo, interdisant le port du baggy ou saggy dans l’Etat du Massachusetts en 2013.

Utiliser les problèmes sociétaux pour vendre

Le monde du luxe n’hésite pas à utiliser les SDF comme l’un des thèmes de ses défilés. C’est Dior Couture qui le met en scène. Orlando Pita pare ses mannequins de bouchons de liège, de mignotes de whisky et de vêtements en haillon. Une idée qui fait jaser et entraine des manifestations devant la boutique de la rue Montaigne.

Plus populaire, la société United Colors of Benetton choque avec ses nouvelles pubs. Oliviero Toscani  ose tout : racisme, Sida, religion, tout ce que la société ne tolère pas ou n’accepte pas encore. Depuis les années 2000, le flambeau est repris par une société de communication, Fabrica, suite à une série de photos de condamnés à mort aux Etats-Unis.

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Campagne de pub des années 1990 pour United Colors of Benetton. Ici un homme est atteint du Sida, entouré de sa famille

La mode, c’est aussi des manigances économiques. Dans les années 1990, les maisons Gucci et Yves Saint Laurent font parties du groupe Gucci Group, appartenant à François Pinault. Tom Ford, l’homme fort de Gucci, devient alors directeur du pôle Création et Communication de Yves Saint Laurent Couture. Sa signature est de plus en plus perceptible dans les collections de la maison Yves Saint Laurent. Les deux créateurs ne s’entendent pas, les tensions continuent jusqu’à la démission de Tom Ford en 2004. La provenance des matières premières est aussi source de polémiques. C’est le cas de l’affaire des diamants du sang. Ces diamants africains sont vendus illégalement et servent à armer les groupes rebelles en guerre contre leurs gouvernements.

La mode, ou l’art de se moquer de tout

La guerre, le terrorisme, des sujets d’actualité que la mode n’hésite pas à s’approprier. En avril 2016, le Kazakstan fait défiler ses mannequins armés jusqu’aux dents. Dès 2003 déjà, la mode tourne en dérision la guerre en Irak et se moque du patriotisme américain.

Mais, l’un des plus gros scandales reste celui de la maison Dior avec John Galliano. Le couturier n’a pas peur du ridicule sur les podiums. Extravagant voire effrayant, il crée la stupeur à chacune de ses apparitions. Pourtant ce sont surtout ses propos antisémites qui vont le conduire droit en Enfer. Trainé en justice, il quitte le monde la mode. Dior de son côté tente de se dédouaner toutes responsabilités vis-à-vis de son ancien directeur artistique.

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John Galliano (@Flickr)

La mode aime énerver ceux qui ne la supportent déjà pas. C’est le cas avec la fourrure. Alors que les  revendications sont de plus en plus nombreuses, la production d’articles en fourrure et peau d’animaux, elle, ne cesse de croître. Quand les membres de Peta, l’organisation américaine de la défense des animaux, manifestent directement lors des défilés, la sécurité n’hésite pas à les recouvrir de manteaux de fourrure.

La mode agace, irrite et s’en délecte. Comme l’a dit si bien Oscar Wilde, « la mode est une forme de laideur si intolérable qu’il faut en changer tous les six mois« .

Laurine LASSALLE

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