Gilles Legardinier : « Je ne veux pas être un auteur à étiquettes »

Un petit tour dans une librairie et vous tombez sur l’un de ces livres à la couverture un peu étrange, un chat avec un bonnet péruvien sur la tête ou dans une marmite. Leur auteur n’est autre que Gilles Legardinier, qui revient cette année avec une toute nouvelle histoire. Fini les chats, fini Fleuve noir, l’écrivain montre qu’il sait innover. Jollies Magazine l’a rencontré à Lille.

Services secrets, histoire, professeur en quête de sens et voyage. Voici les maîtres-mots du dernier ouvrage de Gilles Legardinier, Le Premier Miracle. Sorti le 5 octobre, il met en scène l’agent Karen Holt et l’universitaire Benjamin Horwood dans une traque hors norme à la recherche d’objets historiques volés à travers le monde.

Une histoire qui détonne ?

Retour à l’époque de ses premiers thrillers et changement d’ambiance donc ? Pas vraiment selon l’auteur. “On aime bien mettre de petites étiquettes sur les choses. Mes livres sont souvent décrits comme des comédies, mais si vous regardez bien, ils parlent de la mort d’une adolescente, de personnes qui changent de vie, qui cherchent leur famille. Il n’y a rien de drôle dans tout ça”. L’idée de Gilles Legardinier, c’est avant tout de surprendre, de mêler l’humour à l’action et de donner vie à des personnages très différents. Son mantra : arrêter de mettre les gens et les choses de la vie dans des cases.

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Le Premier Miracle, le nouveau roman de Gilles Legardinier, disponible dans toutes les librairies depuis le 5 octobre.

Avec Un Premier Miracle, soudain tout change. Couverture rouge flamboyant, soleil rayonnant au centre, lettres capitales noires pour le titre, deux personnages, le chat a, lui, disparu. “Il était temps d’arrêter avec les chats, il faut changer au bout d’un moment. Finalement, ce qui importe c’est l’histoire !” explique le romancier. Quant aux pages, elles ont été fabriquées à partir des cartes postales envoyées par les lecteurs. Il raconte : “J’ai eu l’idée de lancer un défi aux lecteurs, ils m’envoyaient leurs cartes et je les utilisais pour tapisser les murs de mon bureau. J’en ai reçu tellement que même après avoir décoré la pièce, il m’en restait des sacs entiers dans le garage. Alors, pour ce dernier roman, nous avons eu l’idée de le faire à base des cartes postales recyclées !”. Écrivain resté humble malgré son succès, il ne souhaite pas non plus agrandir son nom sur la couverture. “Généralement, plus l’auteur est connu, plus son nom grossit sur le livre, voire devient plus gros que le titre lui-même. Je n’ai pas voulu ça, je veux avant tout mettre l’histoire en avant.

Générique de fin

A chaque roman de Gilles Legardinier, c’est l’occasion de le découvrir un peu plus. Et pas seulement à travers son histoire, mais surtout grâce aux dernières pages, ce qu’il appelle “son générique de fin”. Quelques pages, parfois une dizaine, où l’auteur quitte son rôle pour reprendre celui d’homme. Où il se confie, où il ouvre les pages du livre de sa propre vie.

“C’est un espace essentiel pour moi. Un espace où je peux me livrer, où je peux être moi-même, jusqu’au bout. C’était quelque chose qui se faisait dans la littérature classique, que des auteurs comme Charles Dickens appréciaient. Après tout, au théâtre, on va saluer, et au cinéma, on a un générique de fin, pourquoi pas là ? »

Toujours humble, le romancier ne manque jamais de souligner qu’il écrit avant tout pour les autres… et qu’il doit son succès à ses lecteurs.

« Je ne pouvais pas me contenter de terminer mon roman et de remercier mon agent, mes éditeurs et tout ceux qui m’ont soutenu. J’avais besoin de plus. La première fois que j’ai décidé de me confier dans les dernières pages, tout le monde m’a dit que ce serait trop long et que cela n’intéresserait personne. Mais une fois de plus, le lectorat choisit et j’ai eu d’excellents retours. Les gens apprécient cet espace de liberté, cette manière de se livrer. Je n’y renoncerais pour rien au monde.”

Quels conseils pour un futur écrivain ?

Cela fait une quarantaine d’années que Gilles Legardinier écrit. Sur une feuille ou dans sa tête, l’auteur réfléchit en permanence aux idées qui pourraient séduire le lecteur. Il observe le monde, les gens, les événements, dans l’espoir de trouver une idée qui accroche. Pendant presque neuf ans, Gilles Legardinier a mûri Le Premier Miracle, neuf ans pour être sûr d’écrire avec franchise et originalité. Car pas question pour lui de devenir un écrivain banal, qui suit la norme. Rester naturel, c’est la véritable leçon qu’il voudrait transmettre aux futurs auteurs.

“Il n’y a pas de recette miracle pour réussir à être un bon écrivain. Ce n’est pas à vous de décider, un beau matin, d’être un best-seller. La seule vraie mission d’un auteur, c’est d’être sincère, d’être qui il est, et d’écrire ce en quoi il croit. Les gens décident ensuite de ce qu’ils font de vous. C’est sans doute le pire dans ce métier, il n’y a pas de recette miracle, à part de rester honnête.

Toujours dans son élément, Gilles Legardinier ne peut s’empêcher de trouver des comparaisons frappantes.

« Prenez l’exemple d’une personne qui vous aime : vous deviendrez son best-seller. Si vous truquez tout, si vous réfléchissez en terme de recette, vous allez tuer la vérité de la relation. Dans l’écriture, c’est la même chose. Si vous calculez tout pour conquérir le lecteur, ce sera du toc. Et tout comme vous avez besoin de tomber amoureux de gens honnêtes, les gens ont besoin de découvrir l’histoire de quelqu’un qui existe réellement. Je pense que la différence se fait là.”

Des projets plein la tête

Autre projet pour cet ancien professionnel du cinéma, l’adaptation sur grand écran de ses quatre premiers livres (Demain j’arrête, Complètement cramé, Ça peut pas rater, Quelqu’un pour qui trembler). Avec ses trente ans d’expérience dans le milieu, Gilles Legardinier connaît les pièges qu’il doit éviter. “Je préfère prendre le temps, quitte à m’accorder quatre ans de plus, mais je tiens avant tout à sortir un film bien. Je n’ai pas soif de vitesse, il faut attendre le bon moment.

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Bientôt dans vos bibliothèques…

Avec cet agenda bien rempli et la sortie d’un roman chaque année, il y a de quoi se demander si l’éditeur fait pression sur l’auteur. Réponse du principal concerné : “Non, pas du tout ! Un éditeur sait ce qui est bon pour vous. Si je sors un livre aussi fréquemment, c’est surtout parce que j’ai l’inspiration. Et puis, généralement, vous entretenez un lien de confiance avec votre éditeur.” Ce qui ne l’a pourtant pas empêché de quitter Fleuve noir pour Flammarion. La raison principale : un profond désaccord avec la maison d’édition. Finalement, que cela soit chez l’un ou chez l’autre, “cela ne change rien pour les lecteurs” termine Gilles Legardinier.

A la rencontre des lecteurs

28 dates, une tournée, des milliers de gens à rencontrer. Depuis début octobre, Gilles Legardinier fait le tour de la France pour rencontrer son lectorat. L’occasion pour lui de découvrir ceux qui, chaque fois, le soutiennent et l’admirent.

“Une tournée, c’est une autre vision de la vie. Je n’écris pas pour moi, j’écris comme on raconte des histoires à des enfants, j’écris pour les autres. Et rencontrer mes lecteurs, profiter de ces quelques minutes avec eux pour échanger, découvrir la réalité du terrain, c’est extraordinaire.

Sans nul doute, la foule est là pour rencontrer l’auteur, puisqu’il faut parfois attendre une à cinq heures pour avoir la chance de lui adresser quelques mots. Un geste que reconnaît le romancier à sa juste valeur.

« Je trouve touchant que des gens soient capables d’attendre autant pour me voir. L’avantage, c’est que je suis sûr que ceux qui ont eu cette patience ne me détestent pas ! C’est aussi l’occasion de voir si mes romans leur plaisent, si mon Le Premier Miracle les a conquis. J’ai déjà la chance de recevoir énormément de mails, une cinquantaine par jour, une centaine parfois. Ils osent me dire ce qu’ils pensent de moi, de mes écrits, et j’aime cette sincérité. »

Auteur d’une bonne dizaine de romans, Gilles Legardinier a su s’habituer à laisser partir ses œuvres sans avoir peur de la réaction du public.

« La finalité de ce qu’on fabrique n’est pas asservie à l’auteur. C’est comme avoir un enfant : à un moment ou un autre, il faudra bien le laisser s’en aller. Ici, c’est aux lecteurs de décider s’ils apprécient le roman ou non. Et je les remercie de me laisser cette chance.”

Cassie GODIN et Laurine LASSALLE

Une réflexion sur “Gilles Legardinier : « Je ne veux pas être un auteur à étiquettes »

  1. Cet article m’a fait plaisir, j’adore cette auteur, justement qu’il mélange action et humour ça me plaît c’est vrai qu’on se rend compte des petites choses de la vie sans le savoir vraiment au début ! J’ai hâte d’en lire toujours plus

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