Les missions de volontariat international : une aide concrète ?

Le 9 août dernier, l’étudiante en journalisme que je suis embarquait pour une mission de plusieurs semaines au Togo. L’objectif ? Mieux comprendre les missions de volontariat et essayer d’évaluer leur impact. Ce qui suit est mon témoignage.

Il est des jours où seul le besoin d’agir nous pousse à nous lever. Des matins où la force de l’habitude n’apporte plus aucune satisfaction. Des moments où l’on réalise que pour comprendre et apprendre il faut partir. Ainsi, deux solutions s’offrent à nous : laisser cela aux autres, à ceux qui osent, ou faire partie de ceux-là et s’en aller.

A l’heure actuelle, les missions de volontariat et de développement se multiplient à toute vitesse. A un point tel qu’il est devenu bien difficile de trouver une association honnête, en capable d’apporter une aide concrète sans participer à un « charity-business ». Il est bon de faire quelques recherches poussées avant d’envisager une mission de bénévolat, sans quoi, sous couvert de bonne conscience et d’humanité nous alimentons – parfois malgré nous – un système hypocrite et colonisateur.

Prenons l’exemple du continent Africain.

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Crédit photo : Laurine Bibas

L’Afrique est riche, l’Afrique est belle et multiple et, bien qu’étant souvent perçue comme une terre à éduquer et à élever, l’Afrique a indéniablement, beaucoup de choses à nous apprendre. C’est en Afrique qu’une majorité de missions sont proposées : tantôt quadrillant une large partie du continent, tantôt locales, proposant des missions toujours plus diversifiées à des personnes parfois trop peu qualifiées.
Heureusement, certaines sautent le pas avec pour seul optique de découvrir, apprendre et rétablir une vérité trop souvent déformée. J’ai donc franchi le cap en partant au Togo : petit pays d’Afrique de l’Ouest, bordant l’océan Atlantique, entre le Bénin et le Ghana. Sac sur le dos et sourire aux lèvres j’ai traversé bon nombre de pays avec pour seule rengaine : si tu veux savoir il faut aller voir.

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Crédit photo : Laurine Bibas

Le Togo, aussi surnommé « sourire de l’Afrique » pour sa forme longue, fine et légèrement courbée, est un pays encore à l’abri des diverses attaques de Boko Haram, groupe islamiste radical basé au nord-est du Nigéria en Afrique de l’Est et Australe. Au Togo, la malnutrition a chuté de plus de 20% en passant de 32% dans les années 90 à 11,4% en 2014, grâce à une stratégie de combat qui passe par l’essor de la finance inclusive, la protection sociale et l’utilisation des nouvelles technologies.

Après m’être renseignée sérieusement sur les associations proposant ce type de mission, j’ai finalement opté pour la JSVD-TOGO. La Jeunesse Solidaire pour le Volontariat et le Développement est une association Togolaise créée en 2010 par Inno Agbati Komlan et ses membres fondateurs Elom Akpah Yawotse, Abel Kodjo Agbati, Steven Batoma et Justine Johson.

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Crédit photo : Laurine Bibas

Son but premier est :  « de promouvoir la santé, l’éducation, la culture, l’environnement et le Tourisme par le biais de la solidarité humaine.
Pour cela, elle mène des missions d’aide à la scolarisation, des camps chantiers de soutien scolaire, lance des campagnes de préventions SIDA et autres IST (Infection Sexuellement Transmissible), organise des dons de médicaments et de fournitures scolaires, parraine des enfants défavorisés (aide financière), anime des ateliers artistiques (dessins, initiation à la sculpture, musique, danse, cirque, théâtre….

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Crédit Photo : Laurine Bibas

 

Au fil des jours, j’ai pu découvrir des endroits d’une beauté sans pareille, comme le marché de Kpalimé et son vacarme incessant ou la cascade de Womé, somptueuse et sauvage. J’ai  dansé et ri avec quelques personnes exceptionnelles, souris et échangé avec beaucoup d’autres. J’ai partagé des moments magiques avec le jeune Kokouvi, futur dessinateur de génie, révisé mes calculs en même temps que les petits du village de Gbogame et vécu une expérience hors du commun, bien loin de mon quotidien, mais ai-je apporté une aide concrète ? Ma venue a-t-elle eu un quelconque impact positif durable sur la vie de ceux que j’ai croisé ? A bien y réfléchir, j’en doute.

En rentrant en Europe, le nom d’une des volontaires rencontrée en début de mission m’est revenu. Je me souvenais l’avoir entendue parler du périple au Népal qu’elle avait vécu l’été passé. Elle était également partie dans une association de volontariat international. C’était parfait, j’allais pouvoir lui poser quelques questions sur son ressenti face aux missions de bénévolat en général et à celle avec la JSVD en particulier.

Interview d’Amandine Tara, institutrice en Belgique.

Qu’est ce qui t’a poussé à commencer les missions de volontariat ?

J’avais toujours voulu partir sans jamais oser vraiment, par peur de manque de confort entre autres. Mais lors de ma troisième année d’instit’ en Belgique on m’a proposé une mission d’éco-tourisme au Maroc. J’ai passé une semaine là bas et ai vécu une expérience tout bonnement grandiose. L’année suivante, j’avais un projet concret, j’ai donc fait la démarche de m’engager au Népal avec Mission Muskaan. Je me prouvais à moi-même que je n’avais pas besoin de ce confort que j’avais pourtant si peur de quitter.

Quelles ont été tes premières impressions en arrivant au Togo ?

Tous les livres que j’avais lus et les reportages que j’avais dévorés sur le sujet prenaient vie à chaque instant. Les premiers jours étaient clairement magiques, j’étais en émerveillement constant. Cependant au fur et à mesure, j’ai été déçue par l’aspect humanitaire, et, bien qu’en termes de partage et de rencontres j’ai vécu une expérience incroyable, ce n’était pas ce que je recherchais initialement.

Et vis-à-vis de l’organisation?

En quelques mots je dirai “beaucoup de blabla pour pas grand chose”. Même s’il y avait une volonté de bien faire indéniable, niveau organisation c’était pas ça. Je les charriais souvent en leur parlant de leur organisation “à la Togolaise”, radicalement différente de la nôtre.

Conseillerai-tu l’expérience ?

Alors clairement pour découvrir et partager une culture oui sans l’ombre d’un doute, par contre pour faire du “véritable” humanitaire et se sentir vraiment utile, non. Dans l’imaginaire collectif, les missions de volontariat sont trop souvent assimilées à l’Humanitaire. Les personnes allant dans les pays en crise sont formées et aptes à épauler et protéger les populations et c’est là toute la différence avec l’éco-volontariat où beaucoup d’éléments sont  vers le bénévole.

Alors s’il vous prend l’envie de partir, de vous engager, faites le mais sachez dans quoi vous vous embarquez et veillez à ne pas tomber dans des associations nocives pour vous ou pour l’environnement. Pour ma part, la JSVD-TOGO m’a apporté beaucoup et je suis ravie d’avoir fait mon voyage initiatique au sein de celle-ci mais cette expérience heureuse aurait pu l’être bien moins si je n’avais pas mené des recherches structurées. Les voyages de ce type ne se font pas à la légère et peuvent parfois être dangereux même si bien souvent, humainement, ils nous font voir les choses en grand.

Laurine BIBAS

Crédit photo à la une : Laurine BIBAS

3 réflexions sur “Les missions de volontariat international : une aide concrète ?

  1. Expérience exactement similaire de mon côté il y a quelques années, avec une des nombreuses associations semblables au Togo. On avait quand même anticipé certains aspects (c’était en partenariat avec une asso étudiante française, c’est nous qui avions levé les fonds)… mais définitivement, expérience très riche sur le plan humain, je doute très fortement en revanche de l’impact réel de notre venue. Les chantiers étaient davantage conçus comme des moments d’échange entre français et togolais, et tant mieux, mais peut être faut-il mettre l’accent vraiment sur ça… en tout cas c’était formateur et ça nous a permis (enfin du moins à certains d’entre nous) d’engager une réflexion critique là dessus. Bon, par ailleurs on a aussi gardé contact avec des togolais et actuellement l’une des volontaires togolaises qui avait participé au chantier avec nous est chez moi en France pour un mois ! et ça, par contre, c’est chouette 🙂

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      1. Dans le Sud, on était pas très loin de Lomé (je saurais pas dire en kilomètres), dans un village proche de la ville de Tsevie

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