Feyisa Lilesa : l’homme qui dénonce la face cachée de l’Éthiopie

Le 21 août, lors du marathon hommes des Jeux Olympiques, l’éthiopien Feyisa Lilesa franchit la ligne d’arrivée le deuxième. Il croise les bras. Un geste inconnu de tous sauf des éthiopiens. Ce signe est la dénonciation d’une Ethiopie divisée et manifestante.

Le geste de Feyisa Lilesa

Les médias se sont tous posés la question. Quelle est donc la façon de franchir la ligne d’arrivée de cet éthiopien ? Les raisons restent mystérieuses, jusqu’au moment où Feyisa Lilesa, un nom encore inconnu, prend la parole en conférence de presse, lundi 22 août 2016. Il explique alors son action, celle d’avoir croisé les bras qui est sa façon à lui de manifester pour les citoyens qui ne sont pas libres dans son pays. Il déclare : « Si vous parlez de démocratie, ils vous tuent. Si je retourne en Éthiopie, peut-être qu’ils vont me tuer, ou me mettre en prison. ». Une phrase qui fait froid dans le dos, même si le gouvernement éthiopien assurait qu’il ne lui arriverait rien à son retour. L’athlète affirmait également que des proches étaient en prison. Son geste est alors applaudi par l’assemblée durant la conférence de presse. Avant de quitter la salle, il se lève une nouvelle fois, les poings serrés, les bras croisés en l’air. Les médias le qualifient d’homme courageux et prennent l’affaire au sérieux. On découvre alors une Éthiopie aux multiples tensions.

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Feyisa Lilesa en conférence de presse (publication Twitter / STEPHANE KOHLER)

L’Éthiopie à l’heure actuelle

On connaît les nombreux facteurs qui caractérisent l’Ethiopie : famine, guerre, maladies… Un des pays les plus pauvres du monde, son développement se voit sans cesse freiné par les catastrophes qui s’accumulent.

Mais depuis quelques temps ce sont les communautés ethniques qui se révoltent. Les Omoros et Amharas manifestent, parfois de façon violente, contre le gouvernement. Ces ethnies majeures du pays (les Oromos et les Amharas représentent plus de 60% de la population en Éthiopie) considèrent que le gouvernement empiète sur leur terre. En effet, le gouvernement souhaite élargir la capitale, Addis Abeba, et déclare que son programme prévoit la mise en place de services de base dans les zones les plus reculées. Les Oromos se disent « marginalisés » par un gouvernement constitué essentiellement de Tigréens (cette ethnie représente 6% de la population), qui domine politiquement et économiquement parlant.

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Manifestation des Oromos dans la capitale à Addis Abeba (@ REUTERS / Tiksa Negeri)

Selon ces communautés, il y a un véritable abus de violence de la part des autorités. De nombreux décès par balles ont été enregistrés depuis le début des manifestations. Amnesty International dresse le bilan provisoire d’une centaine de morts parmi les manifestants. Selon le site du Ministère des Affaires Etrangères, qui conseille vivement d’éviter les rassemblements, ces attroupements se déroulent dans les grandes villes de la région Omoro (Harar, Diré Dawa, Ambo, Shashemene) et dans les centres urbains de la région Amhara (Bahir Dar, Gondar).

Censure, nouvelle guerre et puis quoi d’autre encore ?

Le gouvernement éthiopien avait interdit ces dernières manifestations. Pour y remédier, la censure est de mise : les réseaux sociaux ont ainsi été bloqués vendredi 5 août 2016 au soir et Internet était indisponible toute la journée du samedi 6 août 2016. Une initiative qui prouve, non seulement l’interdiction d’interagir avec l’extérieur pour chercher du soutien ou des personnes susceptibles de rejoindre les manifestants, mais aussi une interdiction d’exprimer son opinion dans un pays qui se dit « démocratique ».

Ce n’est pas la première fois qu’Internet est bloqué par la gouvernement. Selon l’ancien ambassadeur d’éthiopie, David Shinn :

L’Ethiopie veut contrôler Internet autant que faire se peut afin de limiter la publication de critiques internes et externes sur sa politique.

Ici, Internet n’est pas un média de diffusion d’informations, de connaissances mais un outil impitoyable de cyber espionnage utilisé par le gouvernement éthiopien.

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« Respect des Droits de l’Homme en Ethiopie » (@Amnesty / Elvert Xavier Barnes)

A l’horizon ? Une guerre, qui pourrait de nouveau se profiler entre l’Éthiopie et son voisin l’Érythrée. En Juin dernier (le 12 juin 2016), des accusations sans preuves ont été faites par le gouvernement érythréen qui reproche aux autorités éthiopienne d’avoir tiré à la frontière, au Sud du pays. Chacun accusant l’autre à qui mieux mieux. Ni en guerre, ni en paix, les deux pays ont toujours été très distants, mais n’hésiteront pas à se tirer dessus en cas de conflit.

On découvre alors, derrière le geste de Feyisa Lilesa, un pays encore fortement isolé du reste du monde, aux multiples tensions, où la définition de Démocratie n’est pas appréhendée comme elle devrait l’être.

Clara BIAGIOTTI

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