Crise démocratique au Gabon

Nous vous proposons de faire le point sur la situation au Gabon à travers l’interview d’un français d’origine gabonaise que nous avons contacté sur Twitter. Allogho Zacharie a 37 ans et travaille dans le nucléaire. Il est situé à Paris mais est en contact avec sa famille basée à Libreville, la capitale du Gabon.

Le Gabon vit actuellement une crise démocratique majeure. Le contexte ? Les élections électorales. Deux candidats : Ali Bongo Ondimba et Jean Ping. Ali Bongo est le président sortant. Élu en 2009 à la suite de son père, il a été réélu ce mercredi 31 août avec 49.8% des voix. Seulement, l’opposition, en la personne de Jean Ping, accuse l’ancien président d’avoir gonflé les résultats du vote dans sa province natale, ce qui lui aurait permis de passer de justesse devant son adversaire (à 5000 voix près).

Depuis l’annonce des résultats, le Gabon est plongé dans la violence. Sept morts, plusieurs centaines d’arrestations, une prise d’otages au quartier général de l’opposant Jean Ping impliquant 27 personnalités politiques ou encore l’incendie de l’Assemblée nationale, la population est mise à mal par le président autoproclamé.

— Interview de Allogho Zacharie —

Jollies Magazine : Êtes-vous au Gabon actuellement ?

Allogho Zacharie : Vous ne pouvez pas parler à quelqu’un qui est au Gabon, le régime a coupé internet pour qu’il n’y ait pas d’image, les commerces sont tous fermés et vandalisés. Mais j’arrive à être en contact avec ma famille qui est à Libreville.

Comment résumer la situation de votre pays actuellement ? Pensez-vous que la situation va s’arranger rapidement ?

Catastrophique. Cataclysmique. Je connais ces gens, ils vont tuer jusqu’à ce que la contestation s’arrête. On est désespéré. On scrute tous les moyens pour nous aider. Ce qui est important c’est de savoir que les Gabonais sont à bout. Une armée tire sur eux, ils n’ont pas d’armes et doivent faire face à des mercenaires.

Mais il y a toujours de l’espoir. Les manifestations sont l’expression de l’espoir.

Vous croyez à un genre de printemps arabe pour les pays noirs africains ?

Non c’est juste le Gabon qui pousse. Peut-être qu’il montrera la voie pour les prochains pays. Les Gabonais n’en peuvent plus de ce régime qui les rend misérables.

Du fait de la corruption, des mesures économiques ?

Au Gabon un ingénieur gagne la même chose qu’en France, une femme de ménage gagne entre 100 et 150 euros. Libreville est une des capitales les plus chères du monde (Ndlr : la 27ème ville la plus chère du monde et la 4ème plus chère d’Afrique). Pourtant le pays dispose de belles ressources minières et pétrolières mais il faut plus de partage, plus de justice sociale.

Définissez-vous le Gabon comme une dictature ?

Le contraire d’une démocratie c’est la dictature. Pensez-vous réellement que des gens qui ont été gouverné 42 ans par un tyran rééliraient son fils ? (Ndlr, avant Ali Bongo, c’est son père, Omar Bongo qui a régné sur le pays pendant quatre décennies). Le Gabon est une dictature.

Et selon vous, Mr. Ping propose de sortir de cette dictature ?

Mr. Ping a 74 ans, les Gabonais lui ont fait confiance car ils pensaient qu’il pouvait nous débarrasser des Bongo. Son âge est important, car on sait qu’il ne s’éternisera pas au pouvoir. Il est une alternative mais surtout peut nous permettre de vivre une alternance démocratique nécessaire pour briser la « monarchie » des Bongo. Si nous obtenons la liberté, le prochain qui voudra s’ériger en dictateur saura que le peuple peut gronder.

Pensez-vous que la communauté internationale en fait assez pour vous aider ?

Bien sûr. Un mot de François Hollande et c’est terminé. (Ndlr : l’ONU, la France, les Etats-Unis et l’Union des Pays Africains ont appelé au recomptage des bulletins de vote par bureaux).

Selon vous, les dirigeants gabonais se soucient-ils de ce que dit la France ?

La plus grande base militaire française en Afrique est au Gabon. Les dirigeants gabonais n’ont peur que des autorités françaises. Aucune dictature au monde ne se maintient sans appui, la Corée du Nord c’est la Chine, le Gabon ça a été la France pendant longtemps (Ndlr : Le Gabon était une colonie française jusqu’en 1960), la France a encore de l’influence sur le Gabon.

Propos recueillis par LEA GORIUS

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