Burkini: comment comprendre la polémique qui ne cesse de s’élargir ?

Cannes, Villeneuve-Loubet,  Mandelieu la Napoule, Oye-Plage, Sisco,  Leucate,  Le Touquet et maintenant Nice: huit communes ont déjà décidé d’interdire le burkini sur leurs plages. Les arrêtés, justifiés comme des « mesures d’apaisement  » pour éviter les « tensions  » entraînent leur flot de réactions. Entre le soutien apporté par le premier ministre Manuel Valls et les réactions sceptiques, ironiques, voire de plus en plus critiques de la presse étrangère, comment comprendre la polémique qui monte ?

Pourquoi avoir interdit le burkini ?

En France, on s’est habitué depuis son introduction en 1946 à voir le bikini prendre possession des plages. La norme a imposé en quelques décennies, en se justifiant comme une libération de la femme, d’en montrer toujours plus. Alors évidemment, une tenue de bain qui couvre tout le corps, à l’exception du visage, des mains et des pieds cela dénote fortement avec la norme du bikini. Une différence qui est allée jusque gêner voire choquer ceux particulièrement qui y voient une forme d’extrémisme et une manifestation de la domination masculine sur la femme, contraires aux valeurs d’égalité de la République. C’est en tout cas ce que l’on pouvait percevoir dans l’intervention du premier ministre Valls, qui voit derrière le burkini la mise en application de « l’idée que par nature, les femmes seraient impudiques, impures qu’elles devraient donc être totalement couvertes. »

Utilise-t-on les bons arguments ?

Plusieurs maires ont ainsi sauté le pas de l’interdiction pure et simple du burkini sur leurs plages. Le 17 août 2016,  trois femmes ont ainsi déjà été verbalisés. Mais les arguments brandis par les maires sont dénoncés par la presse étrangère.
L’argument de l’hygiène tel qu’avancé par le maire de Villeneuve-Loubet Lionel Lucas est notamment moqué par le Washington Post, et demanderait à reconsidérer jusqu’à l’utilisation même de tenues de plongée et de maillots de bain.
Le maire de Leucate Michel Py y voit un moyen « d’assurer le bon ordre, la sécurité et la salubrité publics « . Là encore,  l’argument a matière à être contesté, le burkini en lui-même ne représentant aucune menace directe: il ne dissimule pas le visage à la manière d’une burka, comme le soulignait la Süddeutsche Zeitung. Alors, le bon ordre est-il menacé par ceux qui se montreraient agressifs à la vue d’un burkini ? Peut-on légitimement sanctionner leurs porteuses, de la manière qu’on sanctionnerait les porteuses de mini-jupes, et ce pour assurer leur sécurité face aux quelques individus prêt à les agresser ? Pour the Irish Independant, les communes françaises qui interdisent le burkini « punissent les victimes« .
Au Touquet, le maire Daniel Fasquelle y voit quant à lui une façon de « lutter contre le prosélytisme religieux« ,  qui, dans sa définition, est un obstacle aux valeurs de laïcité, dans le sens où il empêche chacun de choisir sans pression ni influence sa religion. Et visiblement, on craint le pouvoir d’influence des burkinis sur les adeptes du bikini.

Et si le problème se cachait dans ces interdictions ?

Le seul argument qui doit justifier l’interdiction du port d’une tenue de bain est certainement celui de vouloir dénoncer et lutter contre le sexisme du burkini, qui impose aux femmes et non aux hommes de devoir cacher leur corps, effectivement en désaccord avec les valeurs d’égalité des sexes que défend notre société- avec plus ou moins de succès.
Mais outre le fait que cette défense des droits des femmes n’est que très rarement mise en avant par les politiques, légiférer une fois de plus sur ce que les femmes peuvent porter ou non, c’est aussi appliquer une forme de tutelle et dénigrer le fait que pour certaines femmes, le port du burkini est un choix personnel. Leur imposer de porter un bikini ou bien de rester assise sur la plage à regarder leurs enfants se baigner, voilà une nouvelle façon aussi d’imposer à la femme ce que l’on considère comme la bonne tenue à adopter.
D’autre part, en considérant que le burkini serait de fait une manifestation d’extrémisme religieux, et qu’il serait imposé  aux femmes, l’interdire peut-il aider ces femmes à les mener vers une émancipation et une libération, ou bien simplement leur imposer une nouvelle exclusion de la société?

Reste surtout l’impression que se faire brusquement sauveur des femmes, comme l’ironise le journal féminin autrichien Wienerin, mais sans laisser les femmes décider elles-mêmes, cache les vraies raisons d’une telle politique. Cette mesure qui continue de s’étendre semble céder à la pression de l’intolérance, des amalgames et peut-être même d’une islamophobie que le climat des attentats ne fait qu’accentuer.

Hélène MONNIER

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