Daniel Essa, la liberté au bout des pieds

À seulement 30 ans, Daniel Essa, a lancé sa propre marque de chaussures de luxe. Après avoir fui la guerre dans son pays, la Syrie, il s’est installé en Espagne puis dans la métropole lilloise. Portrait d’un créateur qui veut mettre le monde à ses baskets.

Daniel Essa  nous accueille avec élégance : lunettes modernes, pantalon droit à carreaux, chemise pastel, coiffure soignée. Et puis il y a ce détail. Celui qui attire l’œil : ses baskets. À seulement 30 ans, le jeune créateur a lancé, il y a deux semaines, sa première collection de chaussures de luxe, l’aboutissement de plusieurs années de travail et de défis.

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@Charline Madini

En 2013, lorsque la guerre éclate en Syrie, Daniel travaille déjà dans le monde de la mode. Ancien étudiant à l’école de mode, ESMOD de Damas, il anime en Syrie deux émissions de télévision, donne des cours à l’université et gère son propre atelier. Mais la guerre change tout. « Ça a été difficile de tout laisser derrière et de recommencer de zéro Il rejoint l’Espagne pendant quelques mois, puis arrive en France il y a trois ans et demi, sans parler un seul mot de français, mais avec la certitude d’y arriver. « C’était mon rêve depuis mon enfance de venir à Paris, la capitale de la mode », sourit-il. Des amis lui conseillent de venir s’installer dans le Nord. Il y apprend la langue, adopte un accent quasi-parfait, et réalise son rêve : créer sa marque. Il prend contact avec Maisons de Mode à Roubaix, qui lui propose de l’accompagner dans son projet. Sa marque est lancée.

Des chaussures libres comme l’air

Enfant, il rêvait déjà de chaussures, dessinait baskets et talons hauts sur chaque coin de ses cahiers. Adulte, il vient de réaliser ce rêve d’enfance, un rêve un peu fou.  « Depuis toujours je sais où je veux aller. Je suis un bosseur, je n’ai jamais abandonné », confesse-t-il. Car Daniel est d’une détermination sans faille. À l’image du logo qui orne ses baskets, un cheval, « l’animal préféré de ma mère. Il a une force énorme et il est à la fois très beau ».

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Les baskets sont minimalistes, aux couleurs pastel et s’inspirent de l’art abstrait minimaliste et des tableaux du peintre contemporain italien Ettore Spalleti. Plus que des chaussures, elles sont des messages. Sous chaque languette, Daniel Essa y a glissé des messages : « bisous », « toi et moi », ou encore « paix ». Comme un moyen de communication à l’ère moderne. Daniel s’attache à nous parler de liberté, celle des hommes, mais aussi celle des créateurs, lui qui a tenu à inscrire sous chaque semelle son slogan : « libre comme l’air ». « Sans notre liberté, on ne peut pas être un créateur, on a besoin de cette liberté pour conquérir le monde. »

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@Charline Madini

Dix jours seulement après l’ouverture de son site Internet, les premières précommandes se multiplient et les chaussures attirent jusqu’à l’étranger. Les premiers points de vente ont ouverts à Beverly Hills, Mykonos, Ajaccio et dans le Vieux-Lille. Et bientôt, c’est Hollywood qu’il veut mettre à ses pieds. Lors de la Fashion Week de Milan, Kenneth Downing, grand nom de la mode américaine, directeur artistique du magasin de luxe Neiman Marcus, lui demande le seul exemplaire d’un de ses modèles, encore prototype. Il accepte. « C’est un peu le godfather de la mode, on ne peut pas dire non. » À la Fashion Week de New York, c’est l’actrice américaine Whoopi Goldberg qui aperçoit les sneakers aux pieds de Downing et s’empresse de lui demander la marque. Daniel recevra un mail de l’actrice qui lui commande trois paires. « C’est magique », sourit-il.

Depuis la Syrie, à la frontière libanaise, où elle réside, sa famille est fière du parcours de celui qui se revendique fièrement réfugié. « Je veux changer l’image des réfugiés », nous glisse-t-il avant d’enfiler sa veste. Toujours « tiré à quatre épingle » comme sa mère lui a appris enfant.

Charline MADINI

Crédit image à la une : @Charline Madini

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