Un atelier pour Dzogefa: la mode éthique à l’africaine

Dans le village de Ho, au Ghana, se cache un jeune homme de 32 ans prénommé Kenneth. Fier de sa communauté, il a décidé de lancer sa marque de vêtement pour l’aider financièrement. En voyage dans ce village, Johanna, étudiante à l’école Sup’écolidaire, touchée par cette initiative décide d’aider Kennet (ou Ken). La rédaction est allée à leur rencontre.

Le projet « Un atelier pour Dzogbefa » commence lorsqu’il y plus d’un an maintenant, Johanna, jeune étudiante, part pendant une année sabbatique au Ghana. Au cours de son périple, elle passe par le village de Ho où elle doit effectuer une mission dans le cadre de son travail pour une agence d’éco-tourisme. Elle y rencontre Kenneth, qui est là pour aider mais qui a parallèlement sa propre marque de vêtement. Après une longue discussion, elle décide de l’aider depuis la métropole en lançant une campagne de crowdfunding sur Kisskiss Bankbank. Le but n’est pas de donner de l’argent à Kenneth mais de lui permettre d’avoir enfin un atelier décent. Pour l’instant, le jeune homme fait tout de chez lui ou dans un atelier où l’eau et l’électricité ne sont pas courants. L’objectif est donc de récolter  5.000€ pour permettre à Ken de raccorder son atelier à l’eau et à l’électricité, car autant dire que pour teindre des vêtements sans risque, c’est ce qu’il y a de plus évident… Cependant si cette somme n’est pas atteinte, aucun donateur ne sera débité.

Une des créations de Kenneth
Une des créations de Kenneth Crédit photo : page Facebook de Dzogbefa

Kenneth, le créateur haut en couleurs de la marque Dzogbefa a répondu à nos questions :

JolliesMagazine : Comment avez-vous découvert l’art du Batik et l’envie d’en faire votre métier ?
Kenneth : Petit déjà, j’étais passionné par l’art plastique à l’école. Mes camarades me payaient pour que je fasse leurs devoirs ! Je savais que plus tard je voulais faire quelque chose de mes mains. J’ai découvert le Batik au lycée, nous avons eu des cours pour apprendre les bases. Ça m’a beaucoup plu ! Du coup, je me suis fait embaucher par ma tante (qui tient le plus grand atelier de Batik du Ghana) mais je n’aime pas l’autorité, alors j’ai décidé de me lancer à mon compte.

JM : Quelles sont les actions que vous menez pour votre communauté ?
K : J’utilise une partie de l’argent que je gagne pour former les femmes de mon village. J’achète avec mes revenus du tissus, des teintures, et je leur apprend l’art du Batik. Je fais ça pour qu’elles aient d’autres occupations que celle de l’éducation des enfants et aussi pour qu’elles puissent elles aussi gagner un peu d’argent avec ça ! Comme ça elle ont un peu plus d’autonomie et elles apprennent des choses.

 » J’aime bien la nature, c’est mon inspiration principale! »

JM : Qu’est ce qui rend votre marque de vêtements en Batik différente des autres ? 
K : C’est pour ça que j’ai quitté l’usine de ma tante aussi… je voulais utiliser des techniques non-conventionnelles. Par exemple, je fais des tie & dye sur les vêtements. J’aime bien la nature, c’est mon inspiration principale ! Du coup, quand je vois quelque chose j’essaye de le reproduire sur mes vêtements. Le tie & dye c’est une représentation des reflets de l’eau, des fois j’essaye de reproduire des feuilles… j’aime que mon esprit me guide pour oser faire ce que je n’ai jamais fait. C’est ça qui rend ma marque différente, elle ne respecte pas les codes traditionnels du Batik et chaque vêtement est unique.

Kenneth
Kenneth Crédit photo: page Facebook de Dzogbefa

JM : Pourquoi avoirs accepté ce financement par crowdfunding ?
K : Parce que je galère ! (Rires) J’aimerais pourvoir former plus, embaucher des personnes et surtout j’aimerais un jour que ma marque soit internationale. Je trouve que je le mérite ! Je fais tout moi-même de A à Z. Les modèles, la couture, les photos, les teintures ! D’ailleurs, j’essaye de trouver des alternatives naturelles, par exemple j’utilise les pelures d’oignons pour avoir une teinture jaune d’or. Je sais que c’est important pour la planète. Mais sans eau et électricité je ne peux pas faire tout ce dont j’aurais envie dans de bonnes conditions.

En plus de cette initiative de crowdfunding, Johanna a travaillé pour trouver un moyen de vendre les vêtements de Ken en métropole. En plus d’une page Facebook où il est possible de discuter avec le créateur pour commander des vêtements, Johanna a réussi à mettre en place un partenariat avec la marque éthique lyonnaise Chouche. Les deux jeunes femmes à l’origine de cette marque ont rencontré Ken lors d’un de ses voyages en France et ont découvert que, comme lui, elles travaillaient le Batik pour le rendre moderne. Décision a été prise de créer une collection en commun dont l’argent sera reversé au projet. Bref, une belle initiative qui semble être bien lancée.

Eglantine Puel
(Photo à la une : page Facebook de Dzogbefa)

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