César 2018 : le sacre de 120 battements par minute

Emmenée par le maître de Cérémonie Manu Payet, et présidée par Vanessa Paradis, la 43ème cérémonie des Césars s’est déroulée le 2 mars 2018 en direct de la salle Pleyel. Sous le signe de la lutte contre les violences faites aux femmes, les rubans blancs arborés sur les poitrines (lancés par Julie Gayet en soutien au mouvement #MaintenantOnAgit), faisaient écho aux tenues noires des Golden Globes aux Etats-Unis. Entre hommages, émotions et surprises, Jollies revient pour vous sur cette soirée incontournable du cinéma français.

« Sida, migrants, ne détournez pas le regard ! » Voici comment le directeur d’Act Up Paris clôt cette cérémonie marquée par le règne de 120 Battements par minute de Robin Campillo.  Nommé 13 fois et récompensé à 6 reprises, s’il y a bien un film qui était au centre de toutes les attentions, c’est celui-ci. Retraçant l’histoire et le combat des militants d’Act Up Paris contre le sida en pleine affaire du sang contaminé dans les années 1990, le scénario a aussi remporté une statuette. Film fort, coup de poing, à la fois historique et actuel, il ne serait rien sans l’intensité de ses acteurs et la puissance de ses musiques. Nahuel Pérez Biscayart rafle le prix du meilleur espoir masculin pour son interprétation de Sean, et Antoine Reinartz celui du second rôle, tandis qu’Arnaud Rebotini signe la meilleure musique originale pour ses sons cadencés et technos.

L’autre incontournable de cette soirée : l’adaptation du Goncourt 2013 de Pierre Lemaître par Albert Dupontel, Au revoir là-haut. Dépeignant la douleur et le retour à la vie des « gueules cassées » de la Première Guerre Mondiale dans la France des années folles d’une manière prodigieuse, Albert Dupontel a été sacré meilleur réalisateur 2018. Grâce à des costumes et masques somptueux, Mimi Lempicka s’est vue remettre le César des meilleurs costumes, et Vincent Mathias celui de la meilleure photographie.

Dans une mise en abyme de l’immense interprète de L’aigle Noir, Jeanne Balibar devient la meilleure actrice 2018. Forcément musical, reprenant les titres de Barbara, le film de Mathieu Amalric remporte le César du meilleur son (Olivier Mauzevin, Nicolas Moreau et Stéphane Thiébault).

Les légendes en hommages, les espoirs en lumière

Cette année, des légendes du cinéma, de l’écriture et de la musique se sont envolées. L’institution a rendu hommage à tous ceux passés par ces milieux, de Johnny Hallyday à Danielle Darieux, ou encore de Mireille Darc à Jean d’Ormesson.

Si les Césars sont l’occasion de célébrer les grands noms de toujours, à l’instar de Pénéloppe Cruz, émue aux larmes par son César d’honneur remis par Pedro Almodovar pour l’ensemble de sa carrière, ils sont aussi le lieu des découvertes de demain. Et le moins que l’on puisse dire, c’est que l’avenir du cinéma français ne manque pas de talent.

Après avoir brillé dans la chanson, Camélia Jordana se révèle comme meilleur espoir féminin au cinéma dans Le Brio d’Yvan Attal. En campant le rôle d’une adolescente qui déjoue tous les clichés grâce à l’art des mots et de l’éloquence, la chanteuse incarne cette nouvelle génération « touche à tout » et surdouée.

Toujours dans la catégorie des premières fois, « Petit Paysan » d’Hubert Caruel fait sa place dans le monde des grands. En plus d’avoir remporté le César du meilleur premier film (avec un discours tout en humilité du réalisateur), le film a brigué la catégorie de la meilleure actrice dans un second rôle avec Sara Giraudeau, et celui du meilleur acteur avec Swann Arlaud. Une belle promesse pour la suite.

Dans le reste du palmarès, Le grand Méchant Renard et autres contes… est sacré meilleur film d’animation, Faute d’Amour meilleur film étranger, Les Bigorneaux meilleur court-métrage et Pépé le morse meilleur court métrage d’animation.

Une soirée éminemment politique

Le cinéma, plus qu’un loisir, est irrémédiablement un outil dénonciateur et politique. En témoigne l’extraordinaire documentaire de Raoul Peck désormais meilleur film documentaire I am Not Your Negro qui illustre la lutte des Afro-américains pour faire valoir leurs droits.

Un nouveau prix aussi, celui du Public, (remporté par Dany Boon pour Raid Dingue avec 4,5 millions d’entrées) qui apporte une réponse aux critiques émises sur le manque d’ouverture aux films « populaires ». Un questionnement qui s’inscrit aussi dans le mode de désignation des récompenses par la prestigieuse Académie des Césars, que le réalisateur Laurent Bouhnik interroge dans un article paru dans l’Obs. 

Surtout, le cinéma s’érige comme un moyen de faire passer des messages, de porter des causes, d’autant plus quand le succès brille. C’est ce que se sont attachés à faire les membre de l’équipe de 120 Battements par minute à la remise de leur César : « Merci de nous rappeler tous les jours l’importance des luttes. Le droit de pouvoir avorter, de voter, de se marier avec une femme [ou un homme], le droit à la justice et à l’égalité. N’ayons pas peur de ce qui arrive, ce mouvement n’est pas une menace, mais c’est une promesse, et l’histoire nous dira que nous avons raison ».  

Marylou CZAPLICKI

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