Le harcèlement scolaire : un phénomène qui prend de l’ampleur

Le harcèlement scolaire est devenu, aujourd’hui, un fait courant. À tel point que l’Éducation Nationale s’est emparée du sujet, suite au décès de Marion, collégienne de 13 ans qui s’est suicidée en février 2013. Insultée par ses camarades, dans la cour et sur les réseaux sociaux, elle a choisi la mort pour mettre fin à ses souffrances. Un geste empreint de désespoir infini qui reflète combien les mots peuvent abattre une personne. Et cela n’arrive pas « qu’aux autres ». Mais alors, comment éviter le pire ? Quels sont les signes avant-coureurs du harcèlement chez un enfant ? Comment agir et prévenir le harcèlement scolaire ? Afin d’y répondre, nous sommes allés à la rencontre de professeurs, d’infirmières et d’éducateurs de rue pour comprendre ce phénomène.

En tant que parents, il apparaît souvent difficile de reconnaître les signes. Car les signes de harcèlement scolaire peuvent s’apparenter à « la crise d’ado » : « Bien souvent, la victime de harcèlement, ne se confie pas à sa famille parce qu’elle éprouve de la honte et de la culpabilité. Elle peut se replier sur elle-même et devenir agressive envers son entourage. Il faut donc faire preuve d’attention et être à l’écoute de tout changement comportemental à la maison. L’échange avec son enfant reste primordial. Dans le cas où l’on repère une situation de harcèlement, je conseille de ne pas minimiser la peine que peut ressentir l’enfant. Toute absence de jugement est de rigueur » explique Véronique Lothé, infirmière dans un lycée. Des conseils pratiques que les parents de Virginie et Manon (pour préserver leur vie privée, les prénoms ont été changés, ndlr) ont appliqué lorsqu’ils ont découvert que leurs filles étaient harcelées. Toutes deux collégiennes à Crest (Drôme), elles ont été victimes d’un harceleur en classe de cinquième : « Cela a commencé en milieu d’année, par de petits embêtements. Le garçon en question nous donnait des surnoms en se moquant de nous. Le phénomène s’est accentué parce qu’il était populaire aux yeux d’un groupe de notre classe » explique Manon. Sa sœur, au caractère plus affirmé, est parvenue à être moins harcelée parce qu’elle osait lui répondre : « Il m’embêtait moins mais très vite, nous avons été considérées comme des loosers aux yeux de la classe » évoque Virginie. Le harcèlement s’effectuait partout, et notamment en cours de sport : « Un jour, il m’a donné un coup de raquette sur le menton. J’ai saigné, et c’est ce qui m’a poussé à en parler à mes parents » raconte Manon. Des confidences à la maison qui ont conduit les parents à aller se plaindre au proviseur de l’établissement : « Nous l’avons rencontré pour l’alerter de la situation mais nous avons eu l’impression que cela lui était indifférent » explique la maman de Virginie et Manon. Au fil des mois, la situation a dégénéré et un nouvel « accident » s’est produit : « En cours de sport, je marchais sur la poutre. Mon harceleur qui était derrière moi m’a déséquilibrée en me poussant. Je suis tombée sur le coccyx et des douleurs sont apparues» décrit Manon. Un événement grave qui l’a mené aux urgences afin de vérifier un potentiel trauma : « Cela a été la goutte d’eau pour nous. Nous avons donc décidé de porter plainte à la gendarmerie pour marquer le coup. De là, nous en avons informé le proviseur qui a alors interrogé plusieurs élèves de la classe pour vérifier la véracité du harcèlement » dit le père des filles. Au final, le garçon en question a eu seulement un avertissement. L’année d’après, Manon et Virginie ont pu changer de classe pour ne pas être avec lui : « En tant que parents, nous avons pu intervenir car nos filles nous ont confié leurs détresse. Cependant, nous avons le sentiment de ne pas avoir été assez entendus par l’établissement. Il y a un manque de communication important entre les élèves et l’administration. En employant le terme harcèlement, nous avions également l’impression de déranger » ajoutent les parents. Un témoignage qui rappelle sensiblement l’histoire tragique de la petite Marion, et de sa maman, Nora Fraisse, qui s’est battue contre vents et marées pour alerter l’établissement. Le harcèlement scolaire peut être défini comme « Une violence à long terme physique ou psychologique perpétrée par un ou plusieurs agresseurs à l’encontre d’un individu qui est dans l’incapacité de se défendre dans ce contexte précis » (Roland &. Munthe, 1989). Il concerne aussi bien les filles que les garçons, et se déclare généralement à la pré-adolescence, époque fragile où les enfants connaissent la puberté.

Le harcèlement à l’école peut prendre plusieurs formes. Cela peut être des moqueries, l’attribution d’un surnom… On retrouve le cas du harcèlement scolaire dans une relation où l’enfant harcelé a des difficultés à se défendre devant son ou ses harceleur(s). Ce qui a pour conséquence de créer un déséquilibre entre la victime qui est dans l’incapacité de se défendre et son agresseur, dont le but est de nuire intentionnellement, même si la plupart du temps il prétextera qu’il s’agit d’un simple jeu. Beaucoup d’auteurs ont mis en évidence plusieurs traits de caractère qui permettent de reconnaître le potentiel harceleur. Ce dernier a souvent une absence totale d’empathie. C’est un enfant que son fort charisme rend populaire auprès de ses camarades. Souvent drôle, il sait s’emparer des petits défauts des autres pour les tourner en dérision. Intelligent, il sait aussi comment faire en sorte que ses méfaits soient cachés aux yeux des adultes mais très visibles pour les autres élèves.

Le profil du harcelé

Quant au profil du harcelé, il varie. Cela peut être lié à un attrait physique ou à une incapacité à se défendre dans un contexte. Afin que le harcèlement ait lieu, il faut obligatoirement un public. Bien souvent rieur ou moqueur, il aura pour effet de renforcer le phénomène. C’est ce qu’on appelle les supporters : ils forment, en toile de fond, un soutien important au harceleur, en riant, en faisant des gestes encourageants ou en s’attroupant simplement comme voyeurs. Ensuite, il y a les outsiders. Ceux-ci restent en arrière sans se positionner ni d’un côté, ni de l’autre mais dont le « laisser faire » devient ainsi synonyme d’approbation. Fort heureusement, il y a les défenseurs qui réconfortent la victime ou essaient d’arrêter l’agression. Les chiffres officiels révèlent qu’en France, 22% des victimes restent muettes.

À l’école

Le harcèlement est subi dans des lieux propices aux situations d’intimidation. Notamment les sanitaires et les vestiaires puisque les adultes y sont moins présents. Et plus largement, sur internet via les réseaux sociaux. C’est ce qu’on appelle le cyber-harcèlement. Un support de communication qui s’avère dangereux et extrêmement efficace pour l’agresseur. Comme le souligne l’infirmière de la Cité Scolaire François Jean Armorin, Véronique Lothé : « Avant la création des réseaux sociaux, le harcèlement s’arrêtait aux portes de la maison. L’élève victime pouvait alors se sentir en sécurité chez lui. Aujourd’hui, les réseaux sociaux effacent les barrières géographiques et permettent au harceleur de continuer son agression. La barrière de l’écran déshumanise d’autant plus l’acte et les propos virulents que diffuse le harceleur sont à la vue de tout le monde » explique-t-elle. De tout le monde ? Pas si sûr.

La prévention

C’est pour cela que l’Éducation Nationale a mis en place un vaste programme afin que les établissements effectuent de la prévention auprès des parents et des élèves au sujet du harcèlement scolaire. En janvier 2016, un guide complet intitulé « Que faire dans mon collège ou mon lycée contre le harcèlement » a été diffusé largement auprès de tous les établissements français. Son contenu permet à l’équipe pédagogique d’appliquer un dispositif de prévention envers les élèves et de comprendre comment se développe le harcèlement scolaire. Par exemple, le guide propose de lancer une campagne d’affichage où est inscrit le numéro vert (3020) et différents slogans. Bien entendu, lutter contre le harcèlement passe par la formation du personnel ainsi que des élèves de manière à ce qu’ils puissent être en mesure de repérer les signes. Certains écoliers volontaires sont en effet formés au harcèlement et conduisent potentiellement des ateliers de sensibilisation dans le cadre du dispositif des ambassadeurs lycéens contre le harcèlement.

Comment arrêter le harcèlement ?

Mais alors, lorsqu’un enfant est en situation de harcèlement, comment peut-on le protéger ? De quoi disposent les établissements scolaires pour faire cesser la situation et punir l’auteur du harcèlement ? Un chef d’établissement a l’obligation réglementaire d’engager une procédure disciplinaire notamment lorsqu’un élève « a commis un acte grave à l’égard d’un membre du personnel ou d’un autre élève ». Si le conseil de discipline est convoqué pour des faits de harcèlement graves, toutes les sanctions peuvent être prononcées. Une exclusion temporaire ou définitive peut être également décidée mais pour qu’elle soit réellement efficace, cette sanction doit être éducative. Il revient donc à chaque établissement de prononcer la sanction la plus adaptée aux faits de harcèlement avérés. De plus, un suivi individualisé de l’élève auteur peut être une bonne solution. Concernant l’élève victime, il est lui aussi suivi après la dénonciation afin de s’assurer que le phénomène de harcèlement ne recommence pas à la suite des punitions ou de la sanction. Parfois, un changement d’établissement peut être opportun pour l’élève. Les éducateurs de rues, la maison des adolescents, les associations ou encore les infirmières sont des ressources sur lesquelles l’élève victime peut aussi s’appuyer pour avancer sereinement. Malheureusement, il arrive que ces dispositifs ne fonctionnent pas assez. Sans un accompagnement éducatif, la sanction choisie ne va pas résoudre la situation de harcèlement. Sans prise de conscience réelle de la gravité des faits par l’élève auteur, la situation de harcèlement peut se reproduire de façon moins visible et ainsi mettre à nouveau en danger l’élève victime.

Marlène HONORAT

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