Pentagon Papers : la conquête de la liberté de la presse

Nommé aux Golden Globes à six reprises, Pentagon Papers est finalement reparti bredouille. Le dernier film historique de Steven Spielberg retrace le difficile choix du Washington Post, en 1971, de publier ou non les Pentagon Papers. Une belle adaptation, fidèle à la réalité journalistique.

En 1971, en pleine guerre du Vietnam, Katharine – Kay – Graham (Meryl Streep), directrice de publication du Washington Post, et son rédacteur en chef Ben Bradlee (Tom Hanks) décident de divulguer les Pentagon Papers. Ces documents, classés secret défense, révèlent l’implication des États-Unis dans la guerre du Vietnam depuis 1945 et les mensonges répétés de quatre présidents américains pour la justifier. Avec ces informations, le Washington Post espère ainsi rattraper son retard et devenir un journal de référence aussi prestigieux que le New York Times.

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@Universal Pictures International France

Inspiré de faits réels, Pentagon Papers retrace l’histoire de l’un des premiers grands scoops aux États-Unis. Le film montre avec exactitude la course à l’information qui secoue les médias. Lassé de toujours passer après le New York Times, le Washington Post, qui s’apprête à faire son entrée en bourse, a besoin d’une information inédite pour gagner en splendeur. C’est finalement après l’interdiction de publication des Pentagon Papers, ordonnée à l’encontre du New York Times que le Post prend la relève et entre dans l’Histoire.

Pentagon Papers montre avec justesse et fidélité la réalité du monde journalistique : pression de l’exécutif sur les titres de presse, course à l’exclusivité, comparutions judiciaires, problèmes économiques et protection des sources sont mis à l’honneur. Le film, qui se veut engagé, met à l’honneur l’importance de la liberté de la presse. Il montre aussi avec brio la difficulté d’entretenir des relations amicales avec ses sources et ceux sur qui le journaliste écrit.

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@Universal Pictures International France

La photographie de Janusz Kaminski use de tonalités bleutées, grises et d’un orange fade pour renforcer la chape de plomb qui tente de museler la presse.

Pour ce film historique, Steven Spielberg s’est assuré de choisir des acteurs physiquement ressemblants aux personnages historiques et la similitude est parfois troublante.

Meryl Streep, qui interprète Kay Graham, offre une composition étonnante qui passe de la peur du poids de ses responsabilités à une femme forte et puissante. Au début de Pentagon Papers, Kay semble presque désolée d’avoir pris la tête du journal familial après le suicide de son mari. En manque de confiance, elle cherche conseils auprès des hommes qui l’entourent, par peur de nuire à l’image du Washington Post. Finalement, la directrice de publication se révèle et devient une véritable meneuse, prête à sacrifier sa liberté et celle de son rédacteur en chef, pour faire du Post un média qui ne veut qu’informer son public.  

Ben Bradlee apparaît comme un rédacteur en chef prêt à tout pour surpasser son principal concurrent, le New York Times. Si son comportement semble parfois empreint d’ego, à travers son personnage, Tom Hanks explique la nécessité de défendre le premier amendement de la Constitution américaine qui établit les bases de la liberté d’expression et de la presse. L’acteur américain montre avec justesse le difficile équilibre entre information de qualité et pression de l’exécutif afin d’éviter la divulgation d’informations confidentielles qui pourraient être défavorables au pouvoir en place.

Si Steven Spielberg a tenté de faire des relations familiales les points d’ancrage de KatyGraham et Ben Bradlee, elles auraient gagné à être creusées. On voit que tous deux sont attachés à leurs familles et on comprend les sacrifices engendrés par la profession. Cependant, Steven Spielberg ne montre pas ici, le choix familial auxquels font face les personnages. Ils risquent d’être privés de leurs proches si les Pentagon Papers sont publiés.

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Les seconds rôles apportent une véritable plus-value au film et montrent l’importance du travail d’équipe dans le domaine journalistique.

Dans un contexte où la liberté de la presse est menacée, notamment aux États-Unis, où le président Donald Trump vient d’élire les médias les plus “malhonnêtes”, Pentagon Papers rappelle que la liberté de la presse n’est pas acquise mais qu’elle se conquiert tous les jours.  

Camille BRONCHART

Crédit image à la une : @Universal Pictures International France
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3 réflexions sur “Pentagon Papers : la conquête de la liberté de la presse

  1. Bonjour,
    Je te remercie pour ton article, c’est exactement ce que je pensais en sortant du film. Les acteurs campent leurs rôles à merveille. La realisation est excellente. On pourrait presque croire que nous sommes dans le film…. c’est assez remarquable. Pour ma part, pas de temps mort. On entre parfaitement dans cette partie de l’histoire américaine… et je trouve fabuleux que ce film soit sorti en ce moment vu le contexte politique actuel.
    2 mots : enrichissant et véracité !
    Bonne soirée,
    Jessica

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