Le phénomène des 100

Le 9 janvier dernier, une tribune publiée dans le journal Le Monde a fait polémique. Une semaine après, le débat est toujours plus brulant entre les différentes parties. Le collectif des cent (femmes ayant signé la tribune) défend le droit d’importuner et dénonce un puritanisme engendré par la libération de la parole qui a suivi l’affaire Weinstein et des mouvements comme #MeToo. Mais l’histoire ne s’est pas arrêtée à cette tribune. Il faut d’abord revenir sur les évènements pour comprendre l’importance de ce phénomène et ce qu’il révèle du débat sur le harcèlement en France.

Suite à la tribune, les signataires comme Elisabeth Lévy, Catherine Deneuve, Brigitte Lahaie ont été invitées dans de nombreux médias pour expliquer leur geste. Lors de ces interviews et débats, certaines phrases ont blessé et choqué les victimes d’agressions et les groupes féministes. Catherine Millet, par exemple, invitée à France Culture en décembre, est une des signataires de la tribune. Lors de son passage radio elle avait expliqué qu’elle ne comprenait pas le traumatisme lié au viol et surtout, avait dit cette phrase : « je regrette beaucoup de ne pas avoir été violée. Parce que je pourrais témoigner que du viol on s’en sort ». Si cette phrase particulièrement violente n’est qu’un exemple, elle est le symbole d’un problème : la compréhension autour des agressions sexuelles. Le débat actuel autour du harcèlement sexuel, c’est aussi le débat de la culture du viol. La culture du viol est un système qui déculpabilise les violeurs tout en culpabilisant les victimes et rendant le viol banal. La loi française n’a pour l’instant pas réussi à clarifier ce que sont un viol (défini, pour l’instant, que par sa violence physique) et les agressions sexuelles. Le droit d’importuner défendu dans la tribune questionne sur les frotteurs du métro, les compliments non-désirés, les questions insistantes et déplacées… C’est un questionnement qui ne passe plus seulement par la loi mais aussi par l’opinion publique : Twitter, Facebook et les médias.

Le phénomène des cent, c’est aussi une grande star française, une des 343 salopes (manifeste signé pour défendre l’avortement lorsque celui-ci était illégal), Catherine Deneuve. Cette idole du cinéma français défend, elle aussi, le droit d’importuner. Son implication dans cette tribune a d’autant plus été remarquée qu’elle s’était impliquée dans la lutte pour la libération des femmes. Elle a décidé de revenir sur cette tribune le 14 janvier dernier et de s’expliquer. Si elle assume ce texte, elle a décidé de s’excuser auprès des personnes qu’elle a pu blesser. En effet, elle a expliqué à Libération qu’elle ne soutenait en aucun cas le harcèlement sexuel mais qu’elle voulait dénoncer le lynchage médiatique du hashtag #BalanceTonPorc. Ce désaccord entre les cosignataires témoigne de la complexité d’un tel sujet en France, là où aux Etats-Unis, Hollywood se soutient avec Time’s Up et dit stop aux harcèlements de manière plus unie. « Metoo » a plutôt été accepté et fait consensus alors qu’en France, c’est plutôt le contraire. Les diverses réactions montrent que l’opinion publique se divise, se déchire et semble ne plus se comprendre. Pourquoi une telle réaction au pays de la liberté, de l’égalité et de la fraternité ? La question que pose la tribune des cent est de savoir comment définir ce qu’il se passe. S’agit-il de délation, de libération, de puritanisme ou d’un ras-le-bol ? Mais ce qui est sûr c’est que toutes les réactions diverses et variées témoignent d’un problème de société bien réel et qu’il ne s’agit plus de l’éviter. D’après un rapport de l’INED (Institut national d’études démographiques) publié en novembre, en France, une femme sur sept a été victime de violences sexuelles dans sa vie. Mais comment définir ce qu’est la violence sexuelle ? Comment rendre la liberté aux femmes ? C’est là qu’est la réelle question que pose Metoo ou « Balance ton porc ». Si pour l’instant il ne semble y avoir aucune réponse, il est certain que le débat n’est pas près de s’arrêter et la société française s’interroge sur comment vivre ensemble.

Louise HALPER

Crédit image à la une : Wikimedia Commons

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