Jean-Charles de Castelbajac, le petit Prince de la haute couture

Il est impossible de définir Jean-Charles de Castelbajac comme simple styliste. L’homme, descendant d’une ancienne famille noble, touche à tous les arts et les assemble avec brio et goût. Magicien des couleurs et des matières, il a eu à cœur de transformer et de détourner les objets de leurs fonctions premières. Aujourd’hui encore, son coup de crayon colore les défilés et habille les plus grandes stars internationales.

Lorsque l’on grandit entre quatre murs d’une école militaire, cela forge le caractère et surtout l’imaginaire. Celle-ci était la seule fenêtre que Jean-Charles de Castelbajac appréciait de retrouver le soir sur son oreiller, comme il le confie dans une interview au Bondy Blog :  » C’était le meilleur moment de ma journée. Quand je posais ma tête sur le traversin, je partais en voyage« . Né en 1949 et rêveur en secret, il s’imaginait plus grand, comédien un lundi, puis dessinateur le mardi. Sa vocation s’est affirmée à la sortie de l’école, lorsqu’à dix-sept ans, sans brevet en poche, sa mère, responsable d’une fabrique de lingerie, et très inquiète pour son avenir, lui met un crayon et une paire de ciseaux dans les mains.

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@Jean-Charles de Castelbajac – @Etienne Clement pour Wikimedia Commons

Le déclic de sa vie

Originaire de Limoges, il quitte sa région et son cocon familial en 1967 pour partir à l’assaut de la capitale, Paris. Jean-Charles de Castelbajac, avide d’art et de rencontres intellectuelles rencontre alors le dadaïste Raoul Haussmann. Très vite, il se fait remarquer par son talent à détourner les objets du quotidien pour les transformer en somptueuses robes. C’est comme cela qu’est née celle créée à partir de plastique, d’une serpillère et d’une éponge. Une originalité qui ne passe pas inaperçue à l’époque où la société française s’apprête à vivre l’épisode de mai 68. Cet événement donnera l’idée au styliste de dessiner sa première ligne de prêt-à-porter féminin pour l’entreprise de sa mère qu’il rebaptisera du même coup Ko & Co, en référence à mai 68. L’homme à la créativité débordante avait la volonté de casser les codes de la mode et de la rendre accessible à tous. Quelques années, lors d’un entretien, il dira dans Moustique que son ambition a été «  d’utiliser la mode comme un bulldozer pour dire « regardez les différences, appropriez-vous ces différences » ».

 » Le Courrèges des années 70 « 

La différence, entre Jean-Charles de Castelbajac et les autres noms montant de la mode est vive. Son coup de crayon et son imagination laissent des yeux ébahis à chaque défilé. Les couleurs rouge, jaune, bleu et noir que l’on retrouve automatiquement dans ses collections deviennent sa signature et lui valent une résonance internationale. C’est comme cela qu’il commence à travailler en Italie en créant une collection de jeans pour la marque Jésus. Très vite la toile s’enflamme et le couturier fait la Une du très célèbre Women’s Wear Daily qui titre à l’époque « Castelbajac, the man on the moon« . L’homme au sourire malicieux figure également en première page du Vogue américain. Les gens du milieu le surnomment même le « Courrèges des années 70″ en faisant allusion aux couleurs vives qu’il utilise dans ses créations. Amoureux des arts, et notamment de peinture, il demande à l’artiste Jigé de peindre l’invitation du défilé de sa collection sur l’art contemporain. Le couturier fera aussi un clin en créant une robe dont les imprims sont des textes imprimés.

Grâce à son univers farfelu mais pas fou, il attise la curiosité et accepte de nombreuses demandes. Parmi elles, on ne peut que se souvenir de l’habit créé en 1997 spécialement pour le pape Jean-Paul II et quelques 5500 ecclésiastiques, à l’occasion des Journées Mondiales de la Jeunesse. Un challenge relevé à merveille. Avant cet épisode marquant, les années 1980 sont, pour l’ancien petit soldat, l’assomption où sa créativité débordante le conduit à créer le fameux pull Shiva aux six manches, la veste Snoopy portée par Vanessa Paradis lors de la collection hiver 89/90 ou encore le manteau Teddy Bear composé à partir d’ours en peluche qui ravit Madonna et Diana Ross.

Les années 1990-2000, un clin d’œil à l’enfance

Après un déclin amorcé à la fin des années 1990, où le créateur voit sa maison rachetée et gérée par une série d’actionnaires, l’homme qui n’a pas connu de douce enfance, s’accroche et fait un retour fracassant avec sa première collection haute couture où la mode masculine a beau jeu. S’il est facile d’associer Jean-Charles de Castelbajac au héros imaginé par Antoine de Saint-Exupéry, c’est parce qu’il a su garder en lui son âme d’enfant, naïf et créatif. Faute d’avoir pu découvrir les dessins animés lorsqu’il était petit, l’artiste a pris plaisir à les utiliser à la fin des années 2000 sous forme d’imprimés. C’est comme cela que le visage angélique de Bambi et les Muppets se sont retrouvés sur le podium. Savoir faire preuve de légèreté et d’audace au sein de la mode était un parti pris fou à l’époque. Mais cela a permis au créateur de toucher à d’autres arts comme le cinéma. Il a notamment signé les costumes du film Annie Hall de Woody Allen et celui d’Isabelle Adjani dans le film Violette et François.

Ces dernières années, bien que discret sur le devant de la scène, on retrouve néanmoins sa patte dans les clips de Lady Gaga qui porte ses créations. d’en savoir plus ? Jean-Charles de Castelbajac a publié un livre en 2016 intitulé Fashion Art & rock’n roll, où il raconte sa vie et son parcours sans chichi !

Marlène HONORAT

Crédit image à la une : Flickr, domaine public

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