2 minutes top chrono pour comprendre la colère des Iraniens

Depuis le 28 décembre 2017, le régime iranien fait face à une vague de contestations politiques et économiques. Si elle s’est un peu plus apaisée aujourd’hui, son ampleur a été sans précédents.

Tout commence le 28 décembre à Machaad, la deuxième ville du pays, où les habitants se sont rassemblés pour protester contre certaines mesures prévues pour 2018. La montée des prix des oeufs et de l’essence notamment. Deux jours plus tard, le 30 décembre, le gouvernement abandonne ces deux mesures. Mais les manifestations continuent et s’étendent dans plus de 40 villes différentes, grandes et petites.

Les manifestants expriment maintenant leur colère contre tout le système économique iranien. La pauvreté est importante, le chômage massif. Selon la Banque Mondiale, 11,4% de la population active ne trouve pas de travail et ce chiffre grimpe même à 26,4% chez les 15-24 ans. La politique de rigueur menée par Rohani, le président Iranien, ne marche pas et les plus pauvres continuent de trimer. Les aides des retraités baissent et nombre d’ouvriers et d’enseignants ne touchent pas leur salaire depuis des mois.

Thierry Coville, chercheur à l’IRIS (Institut de relations internationales et stratégiques) et spécialiste de l’Iran explique à France Info : « Il y a un fort sentiment d’injustice, notamment vis-à-vis des entreprises parapubliques [contrôlées en partie par les Gardiens de la révolution] qui échappent totalement au contrôle du gouvernement en ne payant aucun impôt. De manière générale, la population iranienne considère que le système économique et politique ne sert qu’à privilégier certains groupes et dessert tout le pays ».

Une perte de légitimité flagrante

Les revendications politiques redoublent maintenant d’importance.  « A bas la dictature ! », « Mort à Rohani ! » sont des slogans qu’a scandé la foule lors de ses manifestations. Elle s’insurge contre l’inefficacité des dirigeants à résoudre les problèmes économiques du pays et à fournir un service public optimal, comme l’a montré un incendie trop meurtrier en janvier 2017 dans un immeuble central de la capitale, Téhéran.

La population iranienne est désabusée. Les gouvernements ont longtemps mis les problèmes économiques sur le compte des sanctions internationales. Elle attendait alors beaucoup de leur levée après la signature de l’accord sur le nucléaire iranien en 2015. Il a permis une réduction considérable de l’inflation et une reprise de la croissance, mais une baisse importante du chômage nécessite encore des réformes structurelles.  « il faut encore réformer l’économie, privatiser, attirer les investissements étrangers… Ça prend du temps. Et les gens sont impatients parce qu’ils ont beaucoup souffert, ils pensaient que l’accord de 2016 allait tout régler » explique Thierry Coville, chercheur à l’IRIS et spécialiste de l’Iran, au journal Le Monde.

La foule dénonce aussi les maux du régime : les dirigeants sont corrompus et impunis; les inégalités sont grandes; l’argent public est reversé de façon occulte à des partis politiques et à des organisations religieuses; et les meilleurs postes sont accaparés par les « fils de ».

Farhad Khosrokhavar, sociologue et spécialiste de l’Iran contemporain, explique dans une tribune au journal Le Monde : « Le régime n’a plus de légitimité, même chez les déshérités, qui avaient été son appui majeur contre les classes moyennes en 2009 (les promesses populistes d’Ahmadinejad les touchaient). » Selon lui, les trois pôles du système iranien sont discrédités. L’armée, pour son coût jugé exorbitant. La justice, perçue comme prise sous le joug de la classe dominante. Et surtout, le guide suprême, l’instance la plus importante du régime iranien, et qui domine les pouvoirs militaire et indirectement, judiciaire.

Une ampleur sans précédents

Si selon le sociologue, chaque élection présidentielle —Khatami en 1997 et en 2001, Ahmadinejad en 2005, Rohani en 2013— a amené son lot de protestations, elles étaient surtout politiques à l’époque. Pour Farhad Khosrokhavar, les revendications économiques y ont ajouté de la force et ont donné une ampleur considérable à ces mobilisations contre le pouvoir iranien.

Déjà parce qu’elles ne sont plus ‘sectorielles’, c’est à dire qu’elles ne concernent plus seulement les classes moyennes ou les étudiants comme ce fut le cas en 2009 par exemple. Cette fois, de nombreux autres acteurs s’y sont ajoutés. Notamment des ouvriers et des enseignants, qui n’ont pas été payés depuis des mois. Des retraités, qui voient leurs pensions diminuer. Des iraniens très pauvres qui s’opposent à la politique de rigueur, toujours plus injuste. Et même selon lui, des anciens combattants, qui ne reçoivent plus leurs médicaments.

Des iraniens de tout secteurs économiques y prennent part. La contestation touche tous les secteurs géographiques et non plus seulement les grandes villes. (Abhar, Doroud, Khorramabad, Arak…)

Léa SURMAIRE

Crédit photo :Mohammad Hossein Taghi

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