Catalogne, quand est-ce que ça s’arrête ?

Depuis quelques mois, le gouvernement espagnol, dirigé par Mariano Rajoy, est en crise avec les indépendantistes catalans menés par Carles Puigdemont. En l’espace de quelques semaines, le monde entier a vu défiler à la chaîne les manifestations dans les rues espagnoles, les menaces provenant des deux partis et la mise sous tutelle de la Catalogne, entre autres. Une abondance d’informations que beaucoup peinent à suivre et comprendre. Jollies tente de vous éclairer.

La première chose à comprendre c’est d’où vient cette envie des catalans de demander leur indépendance et pourquoi cela a provoqué autant de remous dans l’environnement politique espagnol.

Si la Catalogne veut son indépendance c’est avant tout pour une raison économique. L’autonomie est l’une des plus riches d’Espagne et produit 20% du PIB national, or elle se retrouve extrêmement endettée et estime que le régime de redistribution espagnol ne joue pas en son avantage. Mais ce n’est pas la seule volonté de la région, celle-ci a également fait part de nombreuses revendications culturelles. La langue catalane, plus parlée que l’espagnol, un drapeau à part entière et un hymne régional annoncent d’ores et déjà une région émancipée d’un point de vue catalan. Mais si l’on prend un point de vue plus global,  la Catalogne n’a pas plus de raisons historiques qu’une autre autonomie de vouloir son indépendance, et il se cache derrière cela plusieurs affaires de corruption.

Ce qui complique cette volonté d’indépendance c’est la Constitution espagnole. En effet, celle-ci interdit clairement l’indépendance d’une de ses autonomies afin de conserver l’unité nationale par le biais de son second article. Cela n’a pas empêché Puigdemont de mettre en place un référendum, jugé illégal par Rajoy et son gouvernement, pour laisser le peuple s’exprimer. Celui-ci s’est tenu le 1er octobre et a permis à près de deux millions de Catalans de se rendre aux urnes, parfois en essuyant les coups des violentes répressions policières lancées par l’État. Les Catalans se sont prononcés à 90% en faveur de l’indépendance de leur région mais il est important de rappeler que la plupart des personnes défavorables à l’indépendance ne se sont pas rendus aux bureaux de vote.

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Les pro indépendantistes catalans à Barcelone le 10 Octobre 2017 @Wikipédia

S’en sont suivis de nombreux discours et menaces provenant des deux partis. Rajoy et Puigdemont ont été incapables de trouver un terrain d’entente, campant tous deux sur leur ligne de défense. Après plusieurs ultimatums émis par Rajoy et non respectés par les indépendantistes, le Parlement Catalan annonce l’indépendance de la Catalogne. Conséquence quasi directe (dans les faits ça a trainé un peu quand même), la mise sous tutelle de la région en vertu de l’article 155 de la Constitution. Cela lance également la procédure pour de nouvelles élections régionales qui se sont tenues ce 21 décembre.

La mise sous tutelle de la Catalogne, comment ça se passe ? 

La mise sous tutelle d’une région veut tout simplement dire que celle-ci est désormais sous le contrôle de l’État et qu’elle perd ses plus grandes libertés. Enclenchée le 27 octobre, cette mise sous tutelle implique la destitution de Puigdemont ainsi que celle de son gouvernent. Ils sont également poursuivis pour sédition et détournement de fonds. Le Parlement catalan s’est vu dissous et des élections se tiendront fin décembre pour le renouveler. De nombreux fonctionnaires ont également du renoncer à leurs fonctions et la grande partie d’entre eux est désormais sous l’autorité madrilène. Soraya Saenz de Santamaria, bras droit de Rajoy, dirige désormais la région.

Et c’est pas fini ! (ça serait trop simple)

Suite aux poursuites judiciaires évoquées ci-dessus, huit ministres ont été arrêtés et un mandat d’arrêt international a été lancé contre Puigdemont ainsi que quatre de ses ministres qui sont partis se réfugier en Belgique fin octobre. Les rebondissements continuent puisque la justice espagnole a retiré les mandats d’arrêt européens lancés contre eux.

Dernier événement en date, les fameuses élections pour le renouvellement du Parlement européen qui se sont tenues le 21 décembre après une campagne inédite. Effectivement, avec un candidat à l’étranger, Carles Puigdemont, et un autre derrière les barreaux, Oriol Junqueras de la gauche républicaine catalane, la campagne a été pour le moins particulière.

Sandra Lázaro
Junqueras et Puigdemont au Parlement espagnol  @Wikipédia Commons

C’est un coup gagnant pour les indépendantistes catalans puisqu’ils obtiennent la majorité des sièges au parlement régional avec 70 sièges sur 135. Une participation historique de 82% et comme annoncé, des résultats très serrés entre les partis de Puigdemont, qui a obtenu 34 sièges, et de Junqueras, qui en a obtenu 32. C’est néanmoins le parti centriste libéral, Cuidadanos, présidé par Inès Arrimadas, qui arrive en tête de liste des suffrages. Elle sera l’opposante principale face aux indépendantistes du parlement puisqu’elle refuse totalement l’idée d’une indépendance de la Catalogne.

C’est malgré tout une grande jubilation pour Puigdemont qui y voit une « victoire de la République catalane« . Si les trois partis indépendantistes parviennent à s’entendre, tâche qui s’annonce d’ores et déjà compliquée, ils peuvent envisager de former un gouvernement qui pourrait changer beaucoup de choses. Le bras de fer avec Rajoy, et désormais Arrimadas aussi, va donc surement continuer encore un moment et le sort de la Catalogne reste encore à déterminer.

Alix LOYER

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