Inde, Mexique… à la découverte des cultures qui reconnaissent trois genres ou plus

Féminin, masculin ou autre… en Amérique Latine, en Asie et même en Europe, certaines cultures traditionnelles reconnaissent  trois identités de genre, ou plus. 

Malgré quelques avancées, les sociétés occidentales peinent encore à concevoir un monde où genre identitaire ne coïnciderait pas avec sexe biologique. Autrement dit un monde où les personnes se reconnaissant d’un genre autre que ‘homme’ ou ‘femme’ auraient le droit de se sentir ‘autre’. Cette catégorie peut être si large que Facebook reconnait 52 nuances de genre : certaines personnes peuvent par exemple se reconnaitre masculine et féminines en même temps, d’autres dans aucun de ces genres pré construits.

Sans aller jusqu’à imaginer une palette de genres possibles et imaginables, certaines cultures reconnaissent un troisième genre. L’Indonésie en reconnait même cinq. Certaines les reconnaissent formellement — avec la mention « autre » sur la carte d’identité par exemple —. D’autres pas. En tous cas, ces genres particuliers ne sont pas la conséquence d’une libération des moeurs. Ils suivent des normes sociales traditionnelles précises, parfois dans la continuité des rôles sociaux féminins ou masculins, parfois non.

Les Hijras indiens

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@Mgarten at English Wikipedia

Les Hijras sont nés avec un sexe biologique masculin. Ils portent le Sari, le vêtement traditionnel féminin mais se considèrent comme asuexés, et issus d’un troisième genre. Certains se font castrer, mais pour la plupart devenir Hijra est avant tout une transformation spirituelle qui ancre ses racines dans l’hindouisme et par petites touches, dans l’Islam.

Les Hijras sont traditionnellement perçus dans la société indienne comme porteurs de bonne ou mauvaise aventure. Cette spécificité leur permet de gagner un peu d’argent. Leur présence aux mariages, obligatoirement payée, aide à la fertilité du couple. Aux naissances, les Hijras bénient le nourrisson. Certains Etats indiens — comme le Bihar — font appel à eux pour collecter les impôts puisque refuser de donner de l’argent à un Hijra est porteur de mauvais sort. Et ils mendient pour arrondir leurs fins de mois.

A travers les millénaires, les Hijras ont toujours été bien perçus. Ils servaient de gouvernantes dans les harems mongols puis indiens. Lorsque le Royaume Uni a progressivement colonisé l’Inde, la trans identité a été « dé-légalisée » et les Hijras sont progressivement devenus marginalisés et discriminés. Leurs conditions de vie sont aujourd’hui précaires.

Aujourd’hui, bien que la trans identité ait été formellement reconnu par la Cour suprême indienne en 2014, la société indienne, bien que très diversifiée, reste majoritairement homophobe. Certains Hijras préfèrent d’ailleurs se faire passer pour femme plutôt qu’asexué pour éviter quelques intolérances.

Comment devient—on Hijra?

Un Hijra est un homme qui préfère la compagnie féminine et assumer les rôles sociaux féminin (se maquiller, repasser). La société indienne étant principalement rurale et très traditionnelle, être Hijra est un synonyme de déshonneur pour la famille. Elle va alors essayer de le remettre dans le droit chemin. Si elle n’y parvient pas, l’enfant est répudié. Il rejoint alors une communauté d’Hijras qu’il va être amené à considérer comme sa propre famille.

Les Muxes mexicaines

L’histoire des Muxes provint d’une légende de l’ethnie des Zapothèques. San Vicente, le patron de la province voyageait avec trois bourses remplies de grains, qu’il distribuait dans le pays. Dans l’un il portait les grains masculins ; dans un autre, les féminins, et dans le troisième il les portait mélangés. Le troisième sac, celui avec les grains mixes, se serait rompu au dessus du Juchitan. Ainsi, les Muxes sont présente uniquement dans cette province de l’Etat mexicain d’Oaxaca. Un trans-genre mexicain n’est pas une muxe. 

Les Muxes peuvent être des personnes de sexe biologique masculin qui, comme les Hijras préfèrent la compagnie féminine et assumer des rôles sociaux féminins (cuisine par exemple). Les familles n’ayant pas eu de filles peuvent aussi décider délibérément d’élever leur dernier garçon comme s’il en était une pour qu’il puisse prendre soin d’eux lorsqu’ils vieilliront.

Les Muxes exercent des fonctions socialement reconnues et prestigieuses au sein de la famille et de la communauté, comme prendre soin des enfants, des personnes âgées, nettoyer, cuisiner et généralement s’occupent de leurs parents dans la vieillesse. Quand le grand père ou la grand mère meurt, ils deviennent à leur tour l’élément unificateur de la famille.

Contrairement aux Hijras, les muxes ne sont pas asexuées. Elles ont d’ailleurs une fonction d’« initiateurs sexuels » pour les hommes, très respectée par la société zapothèque. « Nous sommes juste des corps que les hommes utilisent pour apprendre à avoir une relation sexuelle » explique la muxe Binizia Carrillo à l’AFP.

Malgré leur reconnaissance, les Muxes sont victimes de discriminations. Elles n’ont par exemple pas eu le droit à l’aide humanitaire après le violent séisme du 7 septembre 2017 alors qu’elles ont considérablement aidé à déblayer les gravats et cuisiné pour les rescapés.

Les Vierges sous serment d’Albanie

Les « vierges sous serment » ne sont pas reconnues officiellement par l’Etat albanais mais par le Kanun, un code de droit coutumier élaboré sous la domination ottomane. Il est en vigueur dans les montagnes du Nord de l’Albanie où la société est très conservatrice et patriarcale.

Les femmes ont un statut et des droits bien inférieurs à ceux des hommes. Elles doivent par exemple  « apporter à manger courbant la tête » avant de « se retirer sans regarder les invités », raconte Djana Rakipi, alias Lali, 62 ans à Ouest France.

Certaines, pour échapper à ce statut ou aux mariages arrangés sans déshonorer leur famille choisissent alors de devenir « vierge sous serment ». Elles jouissent alors des mêmes droits sociaux que les hommes : travailler, discuter avec des hommes, fumer, boire, participer aux décisions familiales…

Elles n’ont par contre pas le droit d’entretenir des relations sexuelles sous peine de condamnation à mort. 

Les ladyboys thailandaises

Les ladyboys thaïlandaises sont des personnes nées ‘hommes’ qui ont choisi de devenir ‘femme’. Elles prennent généralement des hormones et celles qui ont le plus de moyens ont recours à la chirurgie esthétique. Elles sont célèbres pour la prostitution et le tourisme sexuel.

La société Thaïlandaise, principalement bouddhiste, les accepte plutôt bien. Le bouddhisme reconnait en effet quatre genres différents : mâle, femelle, les deux à la fois ou aucun. Les ladyboys jouissent ainsi de leurs propres toilettes, une case ‘mademoiselle’ sur leur carte d’identité depuis 2011 et animent des émissions de télévision.

Mais, elles n’ont souvent pas accès aux emplois dit « masculins » et aux postes à hautes responsabilités. Ils deviennent alors coiffeuse, vendeuse ou prostituée et se ‘féminisent’ à outrance.

Les cinq sexes indonésiens

Bien que majoritairement musulmane, l’Indonésie reconnait trois sexes biologiques (féminin, masculin et hermaphrodite) et 5 genres. Ils proviennent des traditions des Bugis, un peuple du sud de l’île de Sulawesi : féminin, masculin, calalai, calabai et bissu.

Calalai et calabai sont ce que l’on appelle plus communément en occident des trans-genres : les calalai sont nés avec un sexe féminin mais leur identité est masculine. Vice versa pour les calabai.

Les bissus quant à eux affichent à la fois des éléments masculins et féminins, ce qui les rend divin aux yeux des traditions Bugis. Ils sont en fait considérés comme des intermédiaires entre les mondes humains et surnaturels. Ils peuvent être nés avec un sexe biologique masculin ou féminin, peu importe. Leur transformation s’effectue par foi.

Avec la colonisation néerlandaise puis l’arrivée massive de l’islam, les bissus ont été marginalisés mais ne se sont pas éteints. La communauté trans-genre en général est même bien intégré à la société, à l’instar de Dorce Gamalama, la présentatrice de trans TV, au centre sur la photo.

Pourtant, l’Indonésie reste un pays de contradictions. Si de nombreux trans-genres pratiquent l’Islam, certains musulmans se déclarent ouvertement méprisants à leur égard. Un prédicateur musulman, Icwan Syam avait par exemple expliqué au journal Le Monde en 2012 que « Si (les transsexuels) ne veulent pas se faire soigner par des médicaments et l’étude des textes religieux, ils doivent accepter de se faire insulter et harceler. »

Si la modernité commence à être fatale à certains genres traditionnellement différents, la communauté LGBTQ+ enchaîne quelques victoires. Des Etats occidentaux commencent à reconnaitre une identité sexuelle ‘autre’ à l’instar de l’Oregon aux USA, l’Allemagne ou encore l’Australie. A quand la France?

Léa SURMAIRE

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