Le Brio d’Yvan Attal ouvre le champ des possibles

Chanteuse envoûtante à la voix soul et suave découverte dans l’émission Nouvelle Star, Camélia Jordana foule désormais les planches du cinéma. Après sa révélation dans Cherchez la femme de Sou Abadi, l’artiste démontre une nouvelle fois son indéniable talent de comédienne dans Le Brio, en salles le 22 novembre. Jollies Magazine a assisté à l’avant-première le 6 novembre à Lille, en présence de la chanteuse et du réalisateur Yvan Attal. Et nous sommes tout simplement tombés sous le charme.

Paris, ligne 7. Casque sur les oreilles, livre en main. Un trajet en métro sépare Neïla Salah de sa banlieue de Créteil à la prestigieuse université de Droit Panthéon-Assas.  Des rêves plein la tête et une persévérance insatiable, elle est là pour se frayer un chemin et déjouer tous les clichés. Sortie de sa bulle et premiers pas à la faculté, il faut se confronter à la réalité acerbe, piquante, injuste.  Pour Pierre Mazard (sublime Daniel Auteuil), professeur aigri de la « vieille école », conventionnel avec une once de racisme, les origines algériennes de l’étudiante mais surtout ses manières s’érigent en obstacle à la réussite. Alors quoi ? « Se retrouver au chômage à BAC + 5 parce [que l’on a] pas le bon nom de famille ? » comme lui répète sa bande d’amis du quartier ? Ce chemin tout tracé, Neïla ne veut pas s’y résigner. Cascade de remarques racistes et déplacées devant un amphithéâtre bondé, la scène se retrouve sur les réseaux sociaux et M. Mazard à la limite de l’expulsion (quoique…). L’Université doit se reconstruire une réputation et le professeur une conduite. Le meilleur moyen de donner l’illusion ? Croire en Neïla et lui insuffler la clé de la réussite : l’assurance. Pierre Mazard lui apprendra l’art de l’éloquence et tous deux en sortiront enrichis bien au-delà des mots.

 

Une impitoyable allégorie de la réalité

Le scénario n’évite pas les clichés. Mais c’est justement parce qu’Yvan Attal choisi d’user de stéréotypes bien ancrés, quelque peu sarcastiques, que le film prend tout son sens et qu’il n’en demeure que plus sensible et véridique. Un film n’a jamais sonné aussi actuel. Présente lors de la projection du film à Lille, Camélia Jordana, l’interprète de Neïla Salah, assure avoir reçu plusieurs témoignages d’étudiantes dans une situation semblable. Elle-même, d’origine algérienne, avoue avoir été confrontée au racisme lorsqu’elle était plus jeune.

Au XXIème siècle, les pratiques clientélistes demeurent. N’existe-il pas des établissements qui tentent de se racheter une notoriété en renvoyant l’image de ce que la société attend d’elle ? La discrimination et le racisme sont toujours présents. Les mots dépassent la pensée et les vidéos filent sur les réseaux sociaux. Oui, certaines voies sont encore brimées par les origines sociales et c’est l’objet d’une lutte quotidienne. Tout cela peut paraître bien lourd, mais Yvan Attal le met en scène avec humour.

Les mots, la plus belle arme

Neïla l’apprendra tout au long de sa formation : l’éloquence, c’est le pouvoir. Les mots sont des balles, les mots sont puissants, les mots sont des armes. Des armes qui permettent de se frayer un chemin et de comprendre qu’avec le travail et un mentor, tout est possible. C’est la principale force du film : au-delà d’être révélateur, Le Brio s’institue en un joyeux message d’optimisme. Il suffit parfois d’un discours, d’une rencontre et d’une confiance mutuelle pour détenir le monde entre ses mains. En témoigne les paroles d’une dame dans l’assemblée le jour de l’avant-première : « c’est un message très fort. Les gens doivent apprendre du film. Cela peut aider tout le monde, même les jeunes qui ne pensent pas pouvoir arriver jusque-là ». Parce que quelqu’un qui vous fait prendre confiance, quelqu’un qui vous donne les clés de la réussite vous ouvre le champ des possibles. Un éloge aux professeurs trop peu célébrés, aussi, ceux qui nous poussent, nous révèlent ; ceux qui, d’une manière ou d’une autre nous dérangent dans nos habitudes. Yvan Attal l’assure d’ailleurs, « c’est un peu [son] histoire : je ne suis pas né dans une famille qui m’a emmené à l’opéra, qui m’a fait découvrir des livres. C’est grâce à un professeur que j’ai découvert le théâtre. Il m’a donné une seconde éducation ».

Professeur aigri et enfermé dans le passé, « les mots ont abruti le cœur » de Pierre Mazard. Neïla Salah lui apprendra la vie, la vraie, Pierre Mazard lui apprendra comment la jouer.

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Le Brio, illustration de Marylou Czaplicki

Camélia Jordana : la révélation

Sa voix rauque et son aura l’ont révélé en chanteuse hors-normes. Son jeu d’actrice, sa fièvre de vivre et son appétence insatiable de projets font d’elle une artiste impétueuse, fougueuse et talentueuse.

Bien acclimatée à son époque, toujours à cent à l’heure, Camélia Jordana incarne mieux que personne cette génération ambitieuse et incroyablement douée qui ne se résigne jamais. Engagée, drôle et touche à tout, elle chante, fait du théâtre, s’intéresse à l’art, l’écriture et multiplie les idées avant-gardistes. Lost , le duo qu’elle incarne avec Laurent Bardainne en constitue sans doute le plus grand symbole : mesure de tous les arts, leur musique est une pépite à écouter et regarder sans modération.

 

Le Brio, c’est une performance simple mais terriblement efficace qui nous donne l’envie de se lancer dans des beaux discours. Avec un tel film, la petite troupe ne fait pas que citer du Nietzche. Elle l’applique et « attache à son nom quelque chose de grand ».

Marylou CZAPLICKI

Crédit image à la une : @Pathé Distribution

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