Sacré Printemps ! : la danse engagée mais pas que.

Le 14 et 15 novembre 2017, le spectacle de danse Sacré Printemps! a eu lieu sur la scène nationale La rose des vents, à Villeneuve-d’Ascq dans le cadre du Next Festival. A 8€ l’entrée pour les moins de 26 ans, la rédaction ne s’est pas privée. Elle vous livre ici ses impressions et son entretien avec les chorégraphes Aïcha M’Barek et Hafiz Dhaou, fondateurs de la compagnie Cie CHATHA.

Une scène sans tapis de danse, le sol brut, comme le sol des rues de Tunis où à eu lieu au printemps 2011 la manifestation d’un peuple avide de liberté. Sur cette scène, des personnages grandeur nature réalisés par Dominique Simon. Ces personnages, fantômes mais pourtant présents, se meuvent avec les danseurs, se déplacent au grès de la chorégraphie. Ils ont été inspirés aux chorégraphes par le ZOO Project de Billal Berreni. Ce jeune homme qui dessinait sur les murs de Tunis fut retrouvé assassiné à Détroit. Ce jeune homme qui disait « A mes yeux, ces figures ne sont pas des images mortes, des fantômes célébrés post mortem. Ils n’appartiennent pas à un passé fantasmé, regretté. Ce sont des figures du présent, des compagnons de lutte. » La même ambition anime les chorégraphes. Il faut montrer que les vivants sont toujours là, qu’ils continuent à être présents dans l’espace public, à exprimer et réclamer leur liberté. Enfin, des lumières oranges, telles celles des lampadaires. Un décor simple mais qui laisse comprendre que le spectacle ne parlera pas que du printemps arabe, que les chorégraphes ont autre chose en tête.

En effet, comme Aïcha et Hafiz l’ont expliqué à la rédaction, le printemps arabe est ce qui leur a inspiré le spectacle mais leur chorégraphie est surtout une ode à la liberté. C’est ainsi qu’au milieu des danse de groupe des duos, trios, solo se détachent pour montrer qu’une révolution n’est pas qu’un acte collectif. Qu’au milieu du groupe, des individus se détache pour se retrouver eux-mêmes, pour retrouver leur repère.

Un duo a particulièrement touché la rédaction, par son intimité, sa douceur. Aïcha et Hafiz (les chorégraphes)  nous ont expliqué que ce passage exprime le fait que dans une révolution, l’amour et l’intimité étaient essentiels pour ne pas perdre ses repères. Bref, au delà de la révolution se cache une vraie leçon de vie. Derrière chaque révolution se cache des gens qui dans ce mouvement collectif essayent de garder leur repère. De plus, après les révolutions, les gens s’attachent aux scènes banales de la vie quotidienne pour retrouver leurs repères. Ce duo, et le solo de la chorégraphie exprime ainsi à la fois le pendant et l’après révolution.

Pour en revenir aux chorégraphes, ils nous ont expliqué que la chorégraphie se faisait avec les danseurs. Elle n’est pas construite pour eux mais avec eux. C’est pourquoi certains passages de groupe ne sont pas toujours parfaitement synchronisés. Chacun garde sa singularité, sa manière de danser. Autrement dit chaque danseur s’approprie la chorégraphie, la vit à sa manière. Ainsi, les passages de presque contorsions de certains danseurs sont là non pas parce que les chorégraphes l’ont demandé mais parce que les danseur, dans leur interprétation, ont voulu apporter cela. C’est pourquoi tous sont habillés différemment , comme de simple citoyen, avec leur individualité . De plus, le fait que chacun lutte pour être ensemble exprime la difficulté aujourd’hui à construire un ensemble.

Dans notre entretien, Aïcha et Hafiz nous ont rappelé qu’il faut aller voir le spectacle en ayant à l’esprit que ce n’est pas que sur le printemps arabe. Hafiz nous a ainsi dit  » Le danger d’une pièce engagée, c’est qu’il y ait un glissement vers un objectif révolutionnaire. il faut voir dans cette pièce tous les mouvements révolutionnaires dans le monde. Nous, ce dont on veut parler c’est de la mutation de la société en général« . Ainsi, selon eux, chaque représentation, en fonction de l’endroit où elle se déroule, réveille quelque chose de différent chez chacun car elle a une visée universelle.

Les prochaines dates de la compagnie sont:

  • 22-25 novembre dans la salle du Tarmac à Paris pour le spectacle Narcose (continuité de Sacré Printemps!)
  • 5 mars à la Maison de la Danse à Lyon
  • 11/04 au festival de Shiltigheim en Allemagne

Et maintenant, à vous de danser !

Églantine PUEL

Crédit photo: @tiphbulle (Instagram)
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