Après 6 mois de mandat, quel bilan pour Emmanuel Macron ?

Emmanuel Macron a été élu le 7 mai dernier à l’issue d’une campagne présidentielle hors-norme. Six mois du quinquennat se sont écoulés, l’occasion de faire un point non-exhaustif sur la situation. Lois adoptées, promesses non tenues, expérimentations, réformes clivantes, retour en arrière : celui qui avait promis de « bâtir une France nouvelle » se trouve t-il sur la bonne voie ?

Il n’a pas perdu de temps

Emmanuel Macron s’est attaqué à de gros dossiers dès le début de son mandat. En matière sociale, la réforme du Code du travail par ordonnances a occupé une large partie des débats. Alors que le chef de l’État a reçu les représentants syndicaux et patronaux le 23 mai pour discuter des fondamentaux de la réforme, cinq ordonnances contenant 36 mesures sont parues au Journal officiel le 23 septembre. Quatre petits mois de réflexion pour de si grands bouleversements. Parmi eux : la réglementation du télétravail, le très controversé barème des indemnités prud’homales en cas de licenciement abusif ou encore la fusion des instances représentatives du personnel en un « comité social et économique ». Pour la plupart entrées en vigueur à parution, les ordonnances devraient être ratifiées par le Parlement avant la fin du mois de novembre.

Affiches Macron
Affiches d’Emmanuel Macron lors de la campagne présidentielle. Lorie Shaull, CC Flickr

Poussé par les nombreuses affaires révélées pendant la campagne présidentielle, Emmanuel Macron a également légiféré sur la moralisation de la vie politique et sur la confiance dans la vie publique. Promulguée le 15 septembre, la loi prévoit notamment l’interdiction des emplois familiaux, la suppression de la réserve parlementaire et de la réserve ministérielle ainsi qu’une série de mesures pour éviter les conflits d’intérêts et vérifier que chacun remplit ses obligations fiscales.

Avec la fin de l’état d’urgence le 1er novembre, Emmanuel Macron marque une nouvelle rupture avec le précédent quinquennat. Après une sixième prolongation du 15 juillet au 1er novembre et près de deux ans d’existence, le régime de l’état d’urgence laisse sa place à la loi antiterroriste, nouvelle étape dans la politique sécuritaire française. Si une partie des prérogatives de ce régime exceptionnel ont été transposées dans le droit commun comme l’assignation à domicile, les perquisitions administratives ou la fermeture de certains lieux de culte, d’autres viennent s’ajouter pour composer la nouvelle loi. Il s’agit notamment de la création du Passenger Name Record (PNR), un dossier accessible aux autorités et contenant les noms de tous les passagers de vols commerciaux en Europe.

Les gros chantiers

Toujours dans le cadre de sa politique de sécurité, Emmanuel Macron a annoncé sa volonté de renforcer la police. Lors des premiers mois du quinquennat, de nombreuses expérimentations ont été lancées et notamment celles qui concernent la police de sécurité du quotidien (PSQ). Ressemblant à la police de proximité, célèbre « polprox » créée en 1998 sous le gouvernement de Lionel Jospin et supprimée par Nicolas Sarkozy en 2003, alors qu’il était ministre de l’Intérieur, la PSQ a pour but de « retisser avec les associations, les élus locaux des formes d’actions rénovées » mais aussi « lutter contre les délits, les nuisances, les incivilités ressenties au quotidien » et « qui donne l’image de l’impuissance publique ». Gérard Collomb, ministre de l’Intérieur, a lancé, le 28 octobre, une grande concertation qui se termine le 20 décembre. À l’issue de ces discussions, cette police devrait être expérimentée dans une quinzaine de villes dès janvier 2018. Dans la même lancée, l’augmentation du budget de la défense à 2 % du PIB commence doucement avec pour 2018 un passage du budget de 32,7 à 34,2 milliards d’euros.

Au niveau de la santé, le chantier est titanesque. Si Emmanuel Macron prévoit de faire des économies de 15 milliards d’euros sur cinq ans pour l’Assurance maladie, il souhaite également le remboursement à 100 % des lunettes, prothèses auditives et prothèses dentaires. Des dires partiellement contredits par la ministre de la Santé, Agnès Buzyn le 31 octobre dernier, lors d’une interview exclusive à Viva Magazine. Le tiers-payant généralisé, prévu par la loi de Santé de 2016 à l’horizon du 1er décembre 2017, est quant à lui finalement repoussé. Dans le même temps, l’accent doit être mis sur la prévention et la sensibilisation. Des engagements plus faciles à verbaliser qu’à mettre en place.

Macron
Emmanuel Macron entouré de journalistes, 29 septembre 2017. Raul Mee, CC Flickr

Ce n’est pas près d’être mis en place

Sujet sensible, l’ouverture de la procréation médicalement assistée (PMA) pour toutes les femmes, promise par Emmanuel Macron, risque d’être difficile à mettre en place. Et pour cause : selon une enquête Ifop pour le site my-pharma.info en septembre dernier, 64 % des Français seraient favorables à son élargissement pour les couples lesbiens et 65 % pour les femmes célibataires. Pas de consensus donc, mais une avancée tout de même puisqu’en 1990, à peine 24 % s’y déclaraient favorables. Lors de son grand entretien retransmis sur TF1, le président est de fait apparu plus prudent, plus mesuré, rappelant bien son opposition à la gestation pour autrui (GPA). Il a affirmé vouloir « un débat apaisé » pour courant 2018, sous-entendu pas une priorité.

En nommant Nicolas Hulot à la tête du ministère de la Transition écologique et solidaire, Emmanuel Macron semblait vouloir placer l’écologie et la préservation de l’environnement au centre des préoccupations. Une volonté qui s’affirme timidement comme l’illustre notamment la position de la France dans le débat du glyphosate, qui a lieu en ce moment à la Commission européenne. En effet, alors que cette dernière proposait un renouvellement de la licence d’utilisation de l’herbicide pour cinq ans, la France a voté contre. Nicolas Hulot avait d’ailleurs annoncé la veille du vote qu’il irait à l’encontre d’une proposition supérieure à trois ans supplémentaire. Au-delà, les décisions concernant l’écologie restent rares. La lutte contre les perturbateurs endocriniens, promesse de campagne d’Emmanuel Macron, est, par exemple, beaucoup plus abstraite : pas de décisions officielles, des prises de position floues et peu engagées.

La difficulté vient surtout du fait que ces problématiques sont traitées à l’échelle européenne. C’est la même chose pour les politiques sécuritaires et de défense. En effet, plusieurs engagements d’Emmanuel Macron ont une dimension extra-territoriale. Il a notamment proposé d’établir un système d’information européen pour faciliter l’action des renseignements, de créer un Fonds européen de défense ou de mettre en place des dispositifs qui permettent des interventions communes. Des propositions qui devront faire l’objet d’un accord à la majorité, un chemin d’autant plus long qu’il y a d’États-membres…

Rétropédalage

Cheval de bataille du gouvernement, la réduction de la part du nucléaire dans la production d’électricité à 50 % d’ici 2025 serait « inatteignable » d’après le ministre Nicolas Hulot. En effet, ce dernier a estimé qu’il « sera difficile de tenir ce calendrier de 2025 sauf à relancer la production d’électricité à base d’énergies fossiles ». Une nouvelle échéance à « 2030 ou 2035 » serait plus réaliste. Un simple report pour certains, mais un véritable échec pour d’autres… Si Julien Bayou, porte-parole d’Europe Écologie-Les Verts, parle d’un « nouvel arbitrage pour le renouvelable. En restant au gouvernement, Hulot cautionne plutôt que freine ces renoncements », l’ONG Greenpeace a préféré mettre en garde le ministre : « Ne vous trompez pas de combat ! ». Un débat alimenté par l’imprécision exprimée par le gouvernement sur la fermeture des deux réacteurs de la centrale de Fessenheim (Haut-Rhin). Si celle-ci a été actée, Nicolas Hulot n’a rien indiqué de plus que sa fermeture « dans le quinquennat ».

La loi de moralisation de la vie publique a été l’une des premières actions d’Emmanuel Macron. Pourtant, si l’inéligibilité en cas de crimes ou d’infractions qui traduisent un manquement à la probité est bien inscrite dans cette loi, l’obligation d’un casier judiciaire vierge pour tous les politiques a été abandonnée par peur d’un « risque d’inconstitutionnalité ». Un nouveau recul qui décrédibilise, peut-être, toute l’action du gouvernement.

Adeline MULLET

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