Au revoir là-haut, pied de nez à la mort et coup de pied à la vie

Mercredi 25 octobre 2017, l’adaptation cinématographique du prix Goncourt 2013 est arrivée sur nos écrans. Quatre ans après la nomination de Pierre Lemaitre, Albert Dupontel prend la caméra pour proposer une lecture brillante et magistrale de l’œuvre.

http://www.allocine.fr/video/player_gen_cmedia=19573528&cfilm=230699.html

9 novembre 1918. L’état-major somme le lieutenant Pradelle de faire cesser les combats. Faisant fi des ordres, celui-ci lance l’ultime assaut, signant l’arrêt de mort de nombre de ses hommes à deux jours de l’armistice. Parmi eux, Albert Mayard (joué par Albert Dupontel lui-même), engagé malgré son âge avancé, et Edouard Péricourt, un jeune homme courageux et rieur, qui dessine et caricature les soldats dans les tranchées. Le dernier combat de la guerre va laisser les deux Poilus plus marqués que quatre ans d’horreur. Le jeune homme, propulsé par un tir, se retrouve méconnaissable et défiguré. Albert fait disparaître toute trace de son existence civile pour lui éviter d’avoir à affronter le retour à la vie.

Une lecture de l’œuvre brillante

Albert Dupontel ne propose pas une adaptation cinématographique du roman de Pierre Lemaitre mais bien une lecture personnelle de l’œuvre. Et celle-ci dépasse la reproduction. Le réalisateur sait lire entre les mots, interpréter ce qui n’est pas dit et donner à voir ce qui est invisible. L’histoire se déploie en mêlant le suspens tenace et les émotions violentes. Jusqu’au bout on espère, on frémit… et on pleure, comme si les images libéraient ce que les mots contiennent. La violence de la guerre, la haine de ceux qui l’ont provoquée et en profitent, la peur de la mort et celle, aussi forte, de la vie.

Chose rare, le film est aussi percutant et bouleversant que le livre, si ce n’est plus, grâce à un travail filmique et un jeu exemplaire.

Le septième art au service de la littérature

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Copyright : Gaumont Distribution

Le génie d’Albert Dupontel, dans Au revoir là-haut, tient notamment à un travail exceptionnel sur les effets spéciaux et l’imaginaire filmique. Les scènes de guerre dans les tranchées sont angoissantes de réalisme, les blessures d’Edouard à moitié masquées… ou à moitié montrées, les dessins du jeune homme d’une beauté à couper le souffle et les décors impressionnants de vraissemblance.

Le réalisateur instaure un jeu magnifique autour des masques. Ils ne servent pas uniquement à dissimuler les mutilations atroces d’Edouard, mais surtout à exprimer les émotions qu’il ne peut plus dire. Le loup vénitien bleu et or pour les soirs de fête, le vieux peintre aigri pour les soirs de production et l’oiseau de nuit pour l’envol final, chaque masque a son personnage propre. Nahuel Pérez Biscayart qui interprète le jeune homme mutilé réalise une prestation incroyable. On ne distingue de lui que le haut de son visage, parfois uniquement les yeux, et ces minuscules fenêtres suffisent à l’acteur pour faire jaillir un panel d’émotions qui frappent le spectateur aussi douloureusement qu’une lance. Sa joie fait sourire, rire un peu, parfois, son désespoir retourne les tripes.

La guerre… 100 ans après

Haut revoir là-haut, dans le livre déjà, montre la guerre comme on a parfois du mal à la voir. Une guerre où l’ennemi ne se situe pas toujours dans la tranchée d’en face, où la mort n’est souvent pas le pire cauchemar, où les méchants ne sont ni français ni allemands. Seulement humains. Albert Mayard le dit : « J’ai fait ce que la guerre m’a appris. J’ai tapé sur ceux qui étaient plus faibles et qui n’avaient rien demandé. » Il montre aussi la guerre après la guerre, l’horreur des tranchées qui ne s’oublie que dans l’héroïne ou la morphine, la violence sans cesse renouvelée de la vie détruite.

Albert Dupontel a su mettre des images sur l’horreur sans tomber dans un pathos indécent, faisant de son film un chef d’œuvre bouleversant.

Mathilde BERG

Crédit photo à la une : Jérôme Prébois / ADCB Films
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Une réflexion sur “Au revoir là-haut, pied de nez à la mort et coup de pied à la vie

  1. J’ai été très très émue par ce film également, touchée par la puissance des émotions qui s’en dégageait, par la mise en scène de l’horreur, de l’indicible, par les petites touches de bonheur distillées cela et là. Merci Mathilde

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