L’orientation post-bac : un parcours de combattant

La fin de l’enseignement secondaire devrait signer pour des milliers de lycéens la joie de sentir un vent de liberté émancipateur. Baccalauréat en poche, c’est la pause des vacances d’été avant de connaitre la vie étudiante. Sur les bancs de l’université, dans les classes préparatoires, les IUT ou les BTS, voilà que chacun se projette dans le futur métier rêvé. La réalité est tout autre. Entre ceux qui ne savent pas où aller, et les 3 000 recalés d’APB, la tourmente ne fait que commencer.

Il y a les indécis qui, sans conviction, se dirigent vers une branche qu’ils affectionnent plus ou moins. Au hasard de faire la suite : révélation ou déception. Et puis il y a ceux qui sont sûrs, qui ont toujours su la voie d’enseignement qu’ils emprunteraient. Mais certains, bloqués par le système APB, se retrouvent dans une filière qu’ils n’ont pas demandée ou dépourvus de toute formation.

C’est le cas d’Emma, bachelière 2017. Cette Bourguignonne d’origine italienne n’a pas hésité une seule seconde au moment de remplir ses vœux sur la plateforme orientation post-bac. Elle qui rêve de devenir professeure des écoles n’a mis qu’une seule et même option : la Licence Sciences de l’éducation « Education Formation Enseignement Culture » (EFEC). À Dijon d’abord, à Nevers ensuite, et enfin à Lyon. Pour le vœu « obligatoire », censé « garantir une place », elle choisit « Sciences du langage à Dijon », qui permet également de se préparer aux métiers de l’enseignement. Bonne élève, la jeune fille « espérait rentrer sans souci à l’EFEC de Dijon ».

Mais voilà, au moment de la première phase d’admission, c’est la douche froide. Partout, Emma se retrouve « en liste d’attente », même sur son vœu obligatoire. La sentence reste la même après la 3ème session d’admission de la plateforme. Hébétée, déçue, mais déterminée et volontaire, elle prend contact avec l’Université de Bourgogne et s’entend alors dire « en tant que Montcellienne (71), vous auriez dû mettre Nevers (58), votre fac de secteur en premier choix et non Dijon (21) ». Sur leurs conseils, elle s’inscrit alors en faculté de Sociologie à Dijon pendant la procédure complémentaire : « J’ai fait mes deux premières semaines en sociologie, mais je me suis très vite rendue compte que je n’y étais pas à ma place » se désole-t-elle. Tout en continuant à suivre les cours magistraux de sociologie, elle se renseigne auprès de l’EFEC Dijon pour connaitre les éventuels désistements et les places disponibles. Rien, lui répond-on. Rien maintenant, et rien avant janvier.

Et maintenant ? « Je me retrouve sans rien, et je pense que cela sera tout aussi compliqué d’accéder à cette licence l’année prochaine. Je me pencherais peut-être vers la licence de psychologie si je n’ai pas d’autre choix… » se résigne Emma.

university-105709_960_720
Crédit : Pixabay


Réformer l’accès à l’université

Le couperet est double pour ces jeunes étudiants, qui comme Emma, se retrouvent sans affectation ou mal orientés et doivent par eux-mêmes chercher des solutions à cette faille du système. Pourquoi se retrouvent-ils recalés alors qu’ils sont dans une perspective d’études supérieures ? Seulement 66 places sont ouvertes en première année à l’EFEC de Dijon. Pour les chanceux, qui ont obtenu leur place sur les bancs de l’université, les amphithéâtres étaient bondés. Et que dire du système de « tirage au sort » qui a affecté plusieurs filières à l’instar de STAPS ?

Face au grabuge de cette rentrée universitaire 2017 et à la vague d’indignation qui a suivi, le gouvernement français a avancé plusieurs propositions pour réformer l’accès à l’université : prendre en compte le profil de l’élève, refonte du calendrier universitaire et meilleure préparation à l’Enseignement Supérieur en informant davantage les étudiants sur leurs possibilités. Et ce dernier point semble en effet essentiel pour l’avenir.

« Après la terminale, j’ai suivi une préparation HEC (Haute Ecole de Commerce) au lycée Saint-Bénigne de Dijon (21) puisque le lycée dans lequel j’étais auparavant avait tendance à nous inciter à prendre un chemin assez « élitiste » » affirme Mathilde, 19 ans. Si elle a beaucoup appris de ces quelques mois passés là-bas (capacité de travail, de réflexion et d’organisation, aisance à l’oral), la chalonnaise s’est aperçue que les écoles de commerce pour lesquelles elle se préparait « n’étaient pas faites pour [elle] ». « Je pense que nous sommes mal orientés au lycée. Hormis une demi-journée passée dans un salon d’orientation, nous ne découvrons pas véritablement de métiers. Le principe qui prime est l’autonomie des élèves et c’est à nous de nous débrouiller pour découvrir ce qui nous plait » révèle l’étudiante avant d’ajouter « C’est compliqué puisque la plupart des matières sont nouvelles. On ne sait pas si elles vont nous correspondre ! On se fait parfois de fausses idées ».

Heureusement, les réorientations sont possibles. Mais elles ne sont pas pour autant admises et facilitées. Après cinq mois de classe préparatoire, Mathilde se réoriente et intègre la faculté de Droit de Dijon en mars 2016. Si elle s’épanouit davantage dans ce cursus, « le passage de l’un à l’autre a été compliqué : il a fallu que j’assimile les acquis, que je rattrape le deuxième semestre en cours de route, que j’apprenne de nouvelles méthodologies et de nouvelles façons de travailler » termine-t-elle.

Le gouvernement français, en faisant de « la Recherche et l’Enseignement Supérieur » l’une de ses priorités (3ème part la plus importante du Budget 2018, juste derrière la Défense) permettra peut-être à des milliers de futurs bacheliers de mieux s’orienter et d’obtenir une formation en adéquation avec leurs aspirations.

university-student-1872810_960_720
Crédit : Pixabay

 

Marylou CZAPLICKI

 

 

Publicités

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s