Monsanto au tribunal: un « génocide silencieux »

Il y a un an, JolliesMagazine vous expliquait ce qu’était Monsanto. En s’appuyant sur l’enquête de la journaliste Marie-Monique Robin Le Monde selon Monsanto, nous expliquions les différents scandales liés à la multinationale aux 15 milliards de dollars de chiffre d’affaires.
En 2017, Marie-Monique Robin s’est de nouveau attaqué (« car c’est un vrai combat » dit-elle) à ce géant en sortant un nouveau documentaire et livre : Le Roundup face à ses juges. Jollies a décidé de vous en parler à nouveau.

Au mois d’octobre 2016 s’est tenu le Tribunal International de Monsanto à La Haye, aux Pays-Bas, là où siège la Cour Pénale Internationale. Il n’est pas officiel, mais il est composé de vrais juges, magistrats et avocats : Steve Shrybman, spécialiste en droit international et environnemental, Dior Fall Show, avocate générale du Tribunal pénal international pour le Rwanda, Eleonora Lamm, avocate et expert en bioéthique, chargée des droits de l’homme à la Cour suprême de Mendoza… Ils étaient cinq au total.

Ce Tribunal non-officiel ne devait pas juger la nocivité des produits Monsanto, mais estimer si les activités respectaient les droits de l’Homme. Monsanto a refusé d’être représenté ou d’envoyer des témoins.

Les juges avaient reçu un mémoire juridique rédigé par une quarantaine d’étudiants de l’Université de Louvain (Belgique) et de Yale (Etats-Unis). Ils ont recensés toutes les activités douteuses de Monsanto et toute la jurisprudence concernant l’entreprise. Le Tribunal se concentre alors sur les effets du Glyphosate et la façon dont Monsanto l’a commercialisé et défendu, et non sur les anciens scandales de la firme (les PCB, l’agent orange…)

Un herbicide « probablement cancérigène » qu’on hésite à interdire en Europe

Pour rappel, le Glyphosate c’est cet herbicide total breveté par Monsanto en 1994 et commercialisé sous le nom de RoundUp. En 2000, lorsque le brevet devient public, le glyphosate est massivement utilisé dans le monde : en 2014, on a compté plus de 800 000 tonnes de Roundup déversé dans le monde. L’ingénieuse entreprise a ensuite inventé les semences RoundUp Ready : elles sont génétiquement modifiées pour être les seules à pouvoir résister au glyphosate.

En 2015, le Centre International de Recherche sur le Cancer (CIRC) qui dépend de l’Organisation Mondiale de la Santé (OMS) a classé le glyphosate comme un cancérigène probable.

La même année, la Commission Européenne devait décider de renouveler ou non l’utilisation agricole du glyphosate au sein de l’Union Européenne. La réponse devait être donnée le 25 octobre, mais le vote est reporté au 6 novembre.

Le premier jour du Tribunal commence. Vient alors témoigner Sabine Grataloup. Elle et son mari possèdent un centre équestre. Lorsqu’elle était au tout début de sa grossesse, elle a désherbé sa carrière avec du Roundup. Beaucoup de Roundup. Théo, son fils, est né avec une malformation congénitale de l’œsophage. A tout juste neuf ans, il a déjà subi 50 opérations chirurgicales très lourdes. Après études, il n’y a pas de doute : c’est le glyphosate.

Des décès, des malformations, des cancers

Le documentaire nous entraîne ensuite en Argentine. On découvre alors un paysan, tremblant. Il n’a pas l’air bien. Il dit que Monsanto est en train de réaliser un génocide silencieux, et qu’il en a fait partie en utilisant le glyphosate. Aujourd’hui, il est extrêmement malade. Il regrette et veut mettre en garde.
Ce paysan a été retrouvé grâce à un campement sanitaire organisé depuis 2010 en Argentine. Des étudiants et des professeurs sont allés mené des enquêtes à domicile chez 10 000 habitants.
De nombreux enfants et adultes sont morts de pneumonie, ont développé de l’asthme où sont décédés de cancers. Or ces nombreux décès correspondent avec le moment ou le glyphosate et les OGM de Monsanto ont été introduit en Argentine. Plusieurs professeurs ont témoigné : ils se sont baladés dans un champ de soja Monsanto et se sont retrouvés avec des lésions aux genoux. Une professeur a un jour filmé un épandage près d’une école : 15 minutes après, tous les enfants avaient des brûlures sur le corps.

On enchaîne sur un cas similaire au Sri Lanka. Depuis l’introduction des produits Monsanto dans les années 90, les patients souffrent de problèmes rénaux importants, que l’on a généralement seulement si on est diabétiques : sauf qu’ils ne le sont pas. En fait, c’est parce que l’eau au Sri Lanka est chargé en métaux lourds. Or la combinaison glyphosate-métaux est mortelle. Monsanto le savait. Ils l’ont indiqué sur les bouteilles vendues aux Etats-Unis. Mais pas au reste du monde : les cultivateurs de riz du Sri Lanka ont été décimés.

Des études officielles truquées ou dissimulées

Ce qui est tragique dans le documentaire, c’est lorsque les spécialistes déclarent que les victimes sont obligées de prouver qu’elles sont des victimes. Il y a pourtant eu plus d’un millier d’études sur le glyphosate que 17 experts de l’OMS ont étudié : c’est ainsi qu’ils ont classé le glyphosate comme un cancérigène probable. Monsanto, eux, ont qualifié ces résultats de « pseudoscience ».

L’Autorité européenne de sécurité des aliments (EFSA) a quant à elle  demandé des études de toxicologie avant la mise sur le marché du glyphosate. Étonnamment, les études ont trouvé que le glyphosate était 300 fois moins toxiques que ce que les experts de l’OMS avaient analysé. Du coup, le glyphosate est passé. C’était sans remarquer que des experts de Monsanto avaient travaillé avec l’EFSA…

Dans les années 1990, Monsanto avait lui-même proposé des études de toxicologie sur son glyphosate. Les résultats ont été gardés par le secret professionnel. Or, aux Etats-Unis, grâce au Freedom of Information Act, un citoyen américain peut demander la déclassification d’une étude qui peut concerner sa santé. Le verdit est là : les études de Monsanto, jugées de très bonne qualité, ont bien affirmé que le glyphosate était dangereux. Ils ont gardé les résultats pour eux.

La délibération : Monsanto ne rime pas avec droits de l’Homme

Le 18 avril 2017, le Tribunal International de Monsanto a rendu sa délibération : Monsanto n’agit pas en vertu des droits fondamentaux humains. Ils jugent même que le terme d’écocide devrait être reconnu au même titre que génocide devant la Cour Pénale Internationale. Ils jugent qu’on pourrait très bien parler de crime contre l’humanité et que le glyphosate est un instrument de destruction.

Dans une interview accordée à Marie-Monique Robin le soir de la diffusion du documentaire, celle-ci dit qu’on peut affirmer, preuves à l’appui, que la BMR, l’agence sanitaire allemande, a fait de la fraude scientifique. Et c’est sans compter que Bayer, la laboratoire pharmaceutique, qui est en train de racheter Monsanto, a des anciens experts qui siègent à la BMR.

La journaliste déclare également qu’il faut arrêter avec le discours des agriculteurs qui disent « on ne peut pas faire autrement. » En effet, elle rappelle que les agriculteurs sont les premières victimes de Monsanto et que de nombreux cas de maladies ont été déclarés chez eux. De plus, si on interdit dans les espaces publics et chez les particuliers le Roundup, alors pourquoi pas également chez les agriculteurs ? Leur vie vaut-elle moins que celle des autres ?

Il n’y a pas de produits magiques de substitution : il faudrait plutôt se tourner vers l’agriculture durable et l’agroécologie. Pour ce faire, il faut soutenir la transition écologique : « c’est un investissement cher, mais nécessaire…  » conclut-elle.

Morgane Pique

Retrouvez le documentaire Le Roundup face à ses juges aux éditions La Découverte/Arte Editions.
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