La belle et la meute : l’anti-conte de fée

Aussi bouleversant que féministe, aussi violent que fragile. C’est ça, La Belle et la meute. Le film de la réalisatrice tunisienne Kaouther Ben Hania est inspiré d‘une histoire vraie : Coupable d’avoir été violée. Un titre qui résume à lui seul le puissant film.

Tunis, une soirée d’étudiants, de la musique orientale. Les regard de Youssef (Ghanem Zrelli) et Mariam (Mariam Al Ferjani) se croisent. Alors qu’ils poussent la porte pour sortir discuter, la première des neuf séquences qui rythment le film s’interrompt, sonnant le glas d’une insouciance juvénile.

Les tremblements de Mariam surviennent, hurlant la douleur d’un traumatisme violent.

S’ensuit une prouesse cinématographique, celle de recréer l’effet d’un huis clos à travers la lutte de Mariam pour faire reconnaître ses droits. Ce sera le temps d’une nuit, une longue et épuisante nuit, à être balayée, que vont constituer les huit autres séquences. Un huis clos à l’air libre tunisien qui étouffe le spectateur, et rappelle Douze Hommes en colère (Lumet, 1957) et Garde à vue (Miller, 1981).

Un drame actanciel

Un film structuré comme une histoire de princesse moderne. Une héroïne au souffle court qui tient son rôle tout contre elle pour s’unir aux voix, souvent tues, de femmes violées. La paralysie consécutive au drame est commune, l’omerta autour des forces de l’ordre qui trahissent les lois dans l’impunité, aussi.

Coïncidence : le #balancetonporc et le film concorde parfaitement comme un cri de révolte contre la dégradation de la femme avec en toile de fond la lutte pour faire valoir leurs droits. On retient les différents personnages du film qui repoussent Mariam, voire se moquent, comme si son corps et sa tenue de soirée la déterminaient. Etre réduite à un objet, c’est ainsi qu’apparaît l’héroïne. On ne sait pas grand-chose d’elle ; pas besoin. Ce qui compte, c’est de voir avec quelle force elle va se battre pour faire reconnaître d’une part son statut « humain » et d’autres parts ses droits.

Un des tableaux les plus forts et le plus lourd de sens est celui où le voile qu’un gendarme a donné à Mariam pour se couvrir se transforme en cape par sa seule décision : un objet symbolisant la soumission se transforme en cape, donnant à Mariam l’allure d’une princesse, à mi-chemin entre celle de La Belle et la Bête et celle de La Belle et le Clochard.

Des films sur une histoire de viol, on en a vu. Mais on a rarement vu une quête de reconnaissance dans une fragile république tunisienne, pays où l’on se fait difficilement entendre si l’on est seule. Un film, profondément et discrètement féministe. Cette histoire de princesse moderne, est une jolie réussite.

Claire DELAGE

Crédits image à la une: Copyright Jour2fête

 

 

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