To the Bone, le tutoiement de la limite

Débarqué sur Netflix en juillet, To the Bone est un film qui met en scène Ellen (Lily Collins) 20 ans, au sarcasme dévastateur. Atteinte d’anorexie, son visage est vieilli par les souffrances qu’elle s’inflige. Elle ne semble se définir que par son trouble, alors qu’elle vient de quitter l’une de ses énièmes cures de soin qui rythment son quotidien depuis des années. Au beau milieu d’une famille névrotique et névrosée, sa belle-mère se démène pour lui trouver une pilule miracle et lui obtient alors une place au sein de la maison de soin du docteur Beck, un médecin qui ne se plie pas vraiment au conformisme lisse des psychiatres. Ellen va entreprendre malgré elle un voyage de la dernière chance…

To the Bone ne cache pas les images : on y voit des corps faméliques, des personnalités égratignées par le jeu de la vie, des lèvres séchées, du lanugo, des vêtements trop amples ou encore des personnages aux pratiques étranges et repoussantes mais qui ne sont, hélas, pas des effets de cinéma. La réalisatrice Marti Noxon et Lily Collins, ont toutes deux soufferts de TCA (troubles du comportement alimentaire, ndlr), ce qui explique certainement la signature criante de réalisme, comme pour alerter celles et ceux qui se nourrissent d’images de mannequins photoshopées de la réalité du jeu dangereux auquel ils s’apprêtent à jouer.

Mais au-delà du thème classique de la souffrance psychologique dont le cinéma aime user et abuser, Marti Noxon aborde avec délicatesse les aspects secondaires de l’anorexie, en montrant la périphérie d’une personne souffrant de ce type d’addiction. Les relations difficiles dérangent, les sanglots de désespoir d’une mère face à une enfant qui refuse la vie déchirent (par Lili Tayor qui signe une performance remarquable). Une vague d’empathie surgit face à la détresse d’un entourage, un rêve qui s’écroule.

Mais ce que ce film démontre, et c’est bien cela qu’il faut saluer, c’est que la guérison existe et que c’est le prix d’un processus propre à chaque individu . Les différences entre savoir que la mort existe, la voir rôder et en éprouver son souffle en plein visage sont incommensurables. Réaliser, comprendre et accepter que la guérison est un choix, non pas obligatoire, mais salvateur et individuel donne l’armature au processus de guérison que décrivent ces 107 minutes. « Il n’y a jamais qu’une seule raison à un problème » (Dr Beck, Keanu Reeves). Cette phrase pointe une question lancinante, celle du « pourquoi’ et met en valeur le besoin vital d’expérimentation, parfois jusqu’à l’os.

Crédit image à la une et texte : Claire DELAGE

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