Levothyrox : l’épidémie des effets secondaires

Depuis quelques mois, la polémique sur le Levothyrox ne cesse de s’étendre. La composition de ce médicament, utilisé pour réguler la thyroïde, a en effet été changée en mars, causant de nombreux effets secondaires. Jollies revient sur ce que certains patients qualifient de « scandale sanitaire ».

Le Levothyrox est un médicament destiné à lutter contre l’hypothyroïdie. Il pallie à l’insuffisance d’hormones produites par la glande thyroïde et freine également la sécrétion de TSH, qui elle, stimule la thyroïde. Sa substance active, la levothyroxine sodique, figure au 8e rang des plus vendues en pharmacie, après le paracétamol, l’ibuprofène ou encore l’amoxicilline. C’est donc un médicament très répandu : en France, il est prescrit à 3 millions de personnes, dont 80% de femmes.

Merck change la composition du médicament

Tout commence en mars 2017 lorsque Merck, le laboratoire allemand qui produit le Levothyrox, décide d’en changer la composition. Il ne touche pas à la molécule active mais modifie les excipients, c’est-à-dire les substances qui rendent la molécule active assimilable (les édulcorants, la forme de comprimés, de cachets, de sirop, etc.). Le but de ce changement est de rendre le médicament plus accessible et moins allergisant. En effet, l’excipient de l’ancienne formule était le lactose, le sucre du lait, auquel de nombreuses personnes sont sensibles, voire intolérantes. Merck le remplace donc par du mannitol, un édulcorant, auquel il ajoute de l’acide citrique pour stabiliser le produit.

Ce changement très mineur est en fait le procédé de fabrication d’un générique : la substance active reste la même, mais les excipients sont modifiés. Cela ne pose aucun problème pour d’autres médicaments tels que le Doliprane ou l’Advil. Le cas du Levothyrox est cependant plus complexe car il touche aux hormones. Il est extrêmement long et fastidieux de déterminer le dosage précis et adapté, qui change selon les patients. Il fait ainsi partie des rares médicaments non substituables (que l’on ne peut pas acheter sous forme générique).

Le second problème que pose ce changement est lié à la thyroïde elle-même. En effet, les effets secondaires des dérèglements thyroïdiens diffèrent selon les patients. C’est la raison pour laquelle il a été long de trouver la source du problème.

« Scandale sanitaire » et « désinformation »

Le reproche majeur adressé à Merck est l’absence de communication liée à la modification du médicament. En mars, l’entreprise adresse une simple note informative aux laboratoires et médecins spécialisés dans le dosage du médicament. La lettre les invitait à rester prudent sur le dosage chez les personnes « à risque » (enfants, femmes enceintes, personnes souffrant de maladies cardio-vasculaires, etc.).

Depuis l’apparition de la nouvelle formule du Levothyrox dans les pharmacies, 5 000 plaintes ont été déposées sur le site Santé du gouvernement avec un pic le 23 août : 1200 déclarations sur la journée. Le ministère de la santé a notamment été accusé d’être à l’origine d’un scandale financier.

Le laboratoire a, dans un premier temps, refusé le retrait du médicament et le retour à l’ancienne version du Levothyrox.

Les réactions lentes et tardives du gouvernement

Face aux accusations, Agnès Buzyn, la ministre de la Santé, a affirmé que les symptômes allaient s’estomper avec le temps et que la vie des patients n’était pas en danger. Elle s’est également défendue en assurant qu’il n’y avait pas de scandale sanitaire mais une grande désinformation autour du médicament. Cette prise de position n’est pas sans rappeler celle de Georgina Defoix lors de l’affaire du sang contaminé : « Je me sens tout à fait responsable, pour autant, je ne me sens pas coupable. »

Les patients de l’Association française des malades de la thyroïde (AFMT) ont annoncé vendredi 8 septembre, leur intention de porter plainte contre les autorités sanitaires et le laboratoire Merck.

Le 15 septembre, la ministre de la Santé a finalement annoncé le retrait temporaire de la nouvelle formule et le retour de l’ancienne d’ici une dizaine de jours. Une déclaration qui a quelque peu calmé la tempête, sans pour autant enterrer la hache de guerre.

Mathilde BERG

 

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