Le pire des magazines féminins en 2017

Les magazines féminins sont lus et achetés en masse à travers le monde, bien qu’ils renferment souvent des idées assez hostiles à la liberté et l’égalité des femmes, qui sont par définition leur cible majeure. Sexisme, grossophobie, racisme, cette année, la presse féminine n’a pas failli à sa réputation. 2017, année du progrès ? Humm.. pas vraiment.

 

Les magazines people

On a pu lire dans les pages de Voici cette année que Mariah Carey était une « dinde marine » qui  envoyait « du lourd ». Dans le même genre, le corps de Lindsay Lohan est dit « tout mou et prématurément vieilli ». À croire que la seule image valide du corps féminin est celle d’une femme mince et jeune, comme si l’on pouvait agir sur son âge à grand renfort de cure et de yoga. Bella Thorne, de son côté, est même comparée à un transsexuel prostitué et est dite  « bien connue des habitués du bois de Boulogne ». Voici enchaine les remarques cinglantes du genre, prenant pour excuse le fait qu’après tout, si elles ont choisi la célébrité, les stars doivent en assumer les conséquences, quitte à se faire lyncher en permanence par ce genre de magazines.

red-792139__480
Pixabay

Paris Match, sur Snapchat Discover, ne fait guère mieux : Jackie Cruz (Orange Is The New Black) subit, elle aussi, de vives critiques sur son maillot de bain et son corps ; le magazine relève ses « seins qui pendent » et son « absence de taille ». À croire que seuls les corps refaits et modifiés par des procédures chirurgicales sont tolérés par les magazines people. En effet, ces derniers, centrés sur la vie des célébrités, semblent s’attaquer avec de plus en plus de virulence aux stars, et particulièrement à leur physique, comme pour faire décomplexer les lecteurs/trices, alors que cela n’a que l’effet inverse. Parce que ça fait relativiser de voir la cellulite de telle ou telle mannequin, on se dit que finalement, même les femmes dont c’est le métier de perfectionner leur corps, ont des « défauts » (peut-on même considérer ça comme des défauts ?). Et puis on reste amers. Si les cuisses d’une telle, ou la pilosité d’une autre sont risibles, qu’en est-il de notre apparence ? Sommes-nous trop grosses, trop flasques, trop vieilles, trop pâles, trop plates… (insérez ici vos complexes) ? C’est bien ce genre de publications qui, en riant du corps des célébrités, développe les complexes chez les lecteurs et lectrices. Heureusement pour ces derniers,  il existe des titres de presse féminine plus généralistes et fouillés, comme Causette, ou simplement plus représentatifs de la diversité féminine, comme Teen Vogue, entre autres.

 

Les magazines féminins plus classiques

Gala, nous a cette année offert une jolie performance en terme de racisme. Dans un de ses numéros, sous le titre « Un peu de tenue ! », le magazine publie une photo du haut-commissaire du Swaziland et sa femme, rencontrant la Reine d’Angleterre, et portant des habits traditionnels. Le magazine commente « ce n’était pourtant pas mardi gras », comparant implicitement les vêtements du couple swazilandais à des déguisements. Comme si tout ce qui ne relève pas du vêtement occidental n’était qu’un costume, un déguisement, bref une bonne blague.

Le magazine Elle, qui ne rate jamais une occasion pour publier des énormités (on pense à la black face de Solange Knowles, « la pipe ciment du couple » et autres catastrophes), affirme fièrement en une de l’un de ses numéros de juin que « les bras c’est le nouveau décolleté ». Création d’une nouvelle injonction à la perfection, donc nouveau complexe. À celles qui avaient pris des thés détox, enchainé squats et abdos pour avoir un corps « parfait » aux yeux des magazines, vous voilà faites. Maintenant, les bras sont une nouvelle source d’angoisse. Et s’ils sont trop mous ? Trop poilus ? Trop « aile de poulet » ? Voilà comment le magazine crée un nouveau complexe ou pire, intensifie une angoisse qui était déjà là.

5182914495_1002b7bb91
Couverture de Elle des années 50, Flickr

Sur un autre registre, Grazia compare, au mois de mai, Brigitte Macron à une cagole (comprenez une femme vulgaire et superficielle). Il faut dire que Brigitte Macron n’a pas été gâtée cette année : c’est une femme de 64 ans, mariée à un homme plus jeune. C’est l’explosion du schéma auquel on a l’habitude, c’est le changement, et ça, les magazines n’aiment pas. L’image de « la cougar », associée à une infantilisation de cette même femme (qu’on appelle librement « Brigitte », comme une petite fille ou une bonne copine, alors qu’on n’aurait pas à l’idée de titrer un magazine sur les réformes de « Manu ») finit par lasser de plus en plus. Les mauvaises blagues sur la différence d’âge au sein de son couple ont finalement l’air de s’essouffler, et ça n’est pas plus mal.

Le magazine Glamour, quant à lui, affiche un édito accablant signé Céline Perruche sur le féminisme. Si on ne doute pas que ça partait d’une bonne intention, le résultat n’en est pas moins catastrophique. La journaliste donne une seule image valide du féminisme, une femme bien habillée, cool, dans son temps, épilée, et ainsi de suite. En imaginant que ce que voulait dire l’auteure de cet édito c’est qu’on « peut être féminsite et blonde », jusque là, on est d’accord. Mais le féminisme (mot que l’éditorialiste rejette) c’est pourtant la liberté des femmes, leur égalité avec les hommes. Or cet édito encensait clairement un modèle, un type valide, enfermant, encore une fois — comme c’est original— les femmes dans des boites, des cases et des attentes de la société.

magazine-250069__480
Pixabay

Malgré toutes ces catastrophes, tous ces faux pas et ces maladresses, la presse féminine continue aujourd’hui encore de plaire et est toujours lue et achetée de manière massive. Et il n’y a pas de honte à aimer la lire ! Comme il n’y a pas de honte à avoir des bras mous, des cuisses larges et des pores dilatés ! Parce que vouloir perdre du poids, aimer se maquiller, collectionner les escarpins ou essayer à tout prix de dégommer sa cellulite, ça n’a rien d’anormal ou de honteux, si c’est pour soi ! Pour se sentir bien, soi, dans son corps, dans sa tête à soi. Pas pour rentrer dans les cases et répondre aux attentes de la société, des magazines féminins et des réseaux sociaux. Et ça, malheureusement, peu de titres de presse du genre ont l’air de l’avoir compris…

Clémentine RIGOT

Publicités

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s