« Ôtez moi d’un doute » : les sujets lourds avec humour

« Ôtez moi d’un doute » est bien une comédie française : une situation ubuesque faite de secrets de famille et de non-dits dans laquelle le spectateur se retrouve embarqué malgré lui dans une embuscade de quiproquos. Et c’est drôle. Pourtant, derrière le comique maîtrisé, Carine Tardieu traite d’un sujet pesant : l’absence de père ou de mère.

C‘est l’histoire de trois générations. Trois générations qui portent chacune leur secret et subissent le manque. Le manque d’une mère, le manque d’une femme ou d’un mari, le manque d’un père. C’est l’histoire de la vie avec ses imprévus. Toute une vie bouleversée par un test. Le quotidien flanche le temps d’un instant, puis il reprend son cours. La force du nouveau film de Carine Tardieu ? Sa simplicité.

Son boulot, sa fille, son papa. Voilà à quoi se résume le quotidien d’Erwan. François Damiens incarne là un démineur bourré d’humanisme et de générosité qui a sacrifié l’opportunité professionnelle de sa vie pour élever sa fille, Juliette, seul. Un dévouement qu’il offre également à son père, pêcheur de Bretagne. Tout son temps libre, il le consacre aux autres.

Quand Juliette, 23 ans, tombe enceinte de père inconnu, il le déplore. Mais il est là, près d’elle. Et fait tout pour qu’elle comprenne qu’un père pour son enfant, c’est essentiel. Peut-être l’a-t-il toujours ressenti inconsciemment ? Alors qu’il accompagne sa fille pour un test médical, un autre verdict tombe. Le sien. Celui qu’il croit être son père ne l’est pas. Au même moment, il rencontre Anna, merveilleusement bien interprétée par Cécile De France. Dans la maladresse, ils vont tomber sous le charme l’un de l’autre. Une romance de courte durée : le père d’Anna est, selon les dires d’une détective farfelue, également son père. Que faire ? Erwan ne va rien dire, et le rendez-vous galant tourne au vinaigre. Elle lui montre les bases. Il décline. Elle essaie de l’embrasser, il fait des châteaux de sable. Elle ne comprend pas, et lui fuit, tel un bourreau des cœurs.

« Ma mère, elle voulait s’occuper de toute la misère du monde sauf de sa fille »

Certes, chaque scène est subtilement amenée. C’est léger, c’est frais. L’art de faire passer des sujets lourds sans une once de pathos, juste à travers de l’humour. Mais à qui sait l’entendre, des petites phrases sont glissées ça et là pour comprendre que non, tout n’est pas si rose. Avec ce sujet de la paternité, la réalisatrice touche à des questions existentielles. La peur de se voir remplacer par un autre, comme le père qui a élevé Erwan. Touchant, Guy Marchand campe un personnage tiraillé par le déni, la compassion et le remord quand son « fils » rencontre son probable géniteur. Comme pour rattraper le temps perdu, Erwan consacre à ce nouveau père tous ses mercredis. Ceux qu’il passait auparavant avec celui qui l’a élevé.

Le sentiment de se sentir trahi, aussi, pour Erwan, à qui l’on a menti pendant des années.  Le poids de l’absence, la volonté d’être reconnu. Un méli-mélo de manque et de souffrances qui restent enfouis, comme lorsqu’Anna déclare « Ma mère, elle voulait s’occuper de toute la misère du monde sauf de sa fille ».

Un film biscornu mais émouvant

« Otez-moi d’un doute » n’est pas parfait. C’est peut-être justement ce qui le rend si touchant. Avec ses longueurs, ses manques, et parfois ses faux-pas (pourquoi lancer toute la première partie sur de la musique classique ?), ce n’est pas la comédie de l’année. Mais incroyablement abordable, c’est le genre de cinéma qui fait du bien.

Pas de doute à avoir, cette comédie rafraichissante se montre plus que jamais dans l’aire du temps. Qu’importe si les secrets subsistent et que le manque d’un parent se fait ressentir, le bonheur réside dans les petits détails de tous les jours avec parfois, un petit grain de sel. Pas besoin des modèles traditionnels pour s’épanouir. Il suffit juste de trouver son équilibre, parfois un peu bancal, tout comme le film.

Marylou Czaplicki

Crédit photo de Une : SND

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