Keny Arkana : «il y a de quoi péter les plombs dans ce monde là»

L’interview n’a pas l’air facile pour celle qui a déjà « 20 ans d’écriture » derrière elle. Elle a choisi Terres du Son pour se livrer à l’exercice. Rencontre avec Keny Arkana.

 Dès le début de notre rencontre, elle se grille une cigarette, preuve d’une certaine appréhension. 22h30, c’est dans une ambiance intimiste que Keny Arkana accepte de nous rencontrer avec deux autres médias radiophoniques (une première depuis 2006). Le visage dur, son sourire inspire pourtant une grande générosité. Si elle hésite à se livrer à la presse, c’est sûrement parce qu’elle ne peut s’empêcher d’être entière. La demi-mesure, elle ne connait pas, le politiquement correct, très peu pour elle.

«J’avais besoin de cracher»

Bercée par le rap, elle continue de composer pour dénoncer «quand j’ai commencé vers  12 ans, je rappais mon vécu, j’avais besoin de cracher» puis une conscience militante s’est éveillée. «Je suis moins vénère que quand j’étais jeune». De la sagesse ? La marseillaise n’y prétendra pas, «il y a quand même de quoi péter les plombs dans ce monde là». Ses paroles en sont le témoin.

L’Esquisse 3, comme les deux autres opus annonce un prochain album. Exode sortira en 2018. «Quand je sors une Esquisse, j’ai toujours un album en préparation. A chaque fois, je me dis que je vais arrêter et puis j’y reviens toujours, par un genre de culpabilité». Parce que le rap dénonce, elle voudrait entendre d’autres voix mais surtout voir des actes «ouais c’est beau de parler, mais après, on fait quoi ?». Engagée dans une lutte insatiable, elle a conscience de son influence : «plus jeune, ça m’aurait fait du bien d’avoir quelqu’un qui partage la même sensibilité que moi».

Entre musique et fugues

Au delà de la musique, c’est à travers les voyages qu’elle s’épanouit. Entre son dernier album en 2012, Tout tourne autour du soleil et l’Esquisse 3 sorti en juin 2017, elle est notamment allée au Mexique. «là bas je vis mes expériences, je n’y vais pas en tant qu’artiste. Je ne calcule rien, il n’y a pas de règle, j’oublie la musique». Elle s’est envolée pour un projet zapatiste, la esquelita (petite école) au Chiapas, au sud du pays. Né du soulèvement des indigènes en 1994, le zapatisme lutte encore aujourd’hui pour leurs droits.


Pour en savoir plus sur le zapatisme et le projet esquelita :

http://www.courrierinternational.com/article/2014/08/05/bienvenue-aux-zapatouristes

http://tempsreel.nouvelobs.com/rue89/rue89-jetlag/20150916.RUE0587/au-mexique-l-avenir-du-zapatisme-se-fait-en-ligne.html

http://www.courrierinternational.com/article/mexique-le-mouvement-zapatiste-presente-une-indienne-la-presidentielle


Partie pour quelques semaines «au final, j’ai passé un an là bas, à dormir dans un hamac». Lorsque l’on évoque son rôle, elle remet tout de suite les choses en ordre : « Je reste à ma place, je ne suis pas là pour apprendre des choses aux gens. »

Sans arrêt entre «la musique et les fugues», elle est surtout frappée par « la misère affective » qui règne en Europe, notamment en France «je ne suis pas sûre qu’on soit plus heureux ici que là bas». La rappeuse, autant que la baroudeuse, cherche avant tout à rester sincère : «je suis sensible aux vraies choses, la notoriété ne m’a jamais fait kiffer et c’est pas là dedans qu’on trouve la sincérité. J’aime que les gens m’aiment pour ce que je suis.»

Concerts versus festivals

Cet été sera rempli de festivals pour se remettre en jambes. Un univers différent de celui des concerts en salle mais tout aussi motivant : «en festival, le temps est compté alors qu’en concert on a 2h, 2h30, à la fin t’as carrément l’impression que le public est un collègue». Le festival la confronte à un public différent «ils ne viennent pas forcement pour moi, ça fout un peu moins la pression». Elle qui ne donne que très rarement des interviews à la radio et ne se montre pas à la télé utilise la scène comme moyen de communication privilégié «c’est là que je rencontre mon public, le live c’est palpable, c’est une adrénaline, il n’y a que là que je peux partager ma musique».

En ce qui concerne un album entièrement en espagnol, pourquoi «mais ça ne sera pas du rap. Ce qui me ferait surtout kiffer, c’est de faire un album live».

23h, la nuit est tombé : «t’as l’air de galérer un peu à prendre des notes». Elle éclairera donc nos derniers griffonnages à la lueur de son briquet. Ambiance intimiste, on vous l’avait bien dit.

Perrine Roguet

Crédit photo à la une : Kojia
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