Ousmane Sembene : le père du cinéma africain

Dix ans déjà qu’Ousmane Sembene est décédé. L’homme aux différentes casquettes (réalisateur, écrivain, scénariste…) fait l’objet en ce mois de juin 2017 d’une série d’hommages dans toute l’Afrique. L’occasion pour la rédaction de vous offrir une rétrospective sur la vie de ce géant du cinéma.

 

De l’écriture au cinéma

Ousmane Sembene est né le 1er janvier 1923 en Casamance, une région du Sénégal. Fils de pêcheurs, il entre à l’école coranique à l’âge de 7 ans. Il y apprend le français et l’arabe (sa langue maternelle étant le wolof). Il découvre la France en 1942 en tant que tirailleur sénégalais. Ce qui ne l’empêchera pas d’y retourner clandestinement en 1946, et de se faire embaucher comme docker, à Marseille. Il y restera 10 ans et s’engagera politiquement au sein de la CGT. Peut-être est-ce à ce moment là que Sembene va songer à ses films, éminemment politiques et revendicatifs. A partir de 1956, Ousmane commence à écrire et publie trois livres en trois ans : Le Docker noir, Ô pays, mon beau peuple et Les bouts de bois de Dieu (puis bien d’autres plus tard).

Sembene rentre au pays en 1960, lorsque le Sénégal obtient son indépendance. Il pense au cinéma. Il veut faire voir au monde son Afrique, mais aussi dénoncer la corruption, l’injustice… Il décide d’aller à Moscou pour faire une école de cinéma. En 1962, il sort le court-métrage Borom Saret (le charretier). Le film est un succès en Afrique. C’est la première fois que l’on filme la réalité des rues, la réalité des gens. Ousmane Sembene a pris son envol.

 

La naissance du père du cinéma africain

En 1966, sort le film La Noire de… . Le film raconte l’histoire d’une jeune sénégalaise partie en France pour travailler en tant que ménagère pour un couple français. Celui-ci la traitera en esclave, ce qui la poussera au suicide. A partir de là, Sembene ne fera plus que des films, dont l’ambition sera de dénoncer les défauts de la société. Avec ce film,  c’est le début du succès international. Le film remportera ainsi le prix Jean Vigo. S’en suit le grand prix du Festival de Venise pour son film Le mandat (1968), il sera ensuite l’invité du Fespaco en 1969 (festival panafricain du cinéma et de la télévision de Ouagadougou). Il y prendra un rôle de plus en plus important sans jamais se présenter, afin de laisser la place aux jeunes cinéastes.

 

Rejeté de son pays natal et d’adoption

En  1979, le film Ceddo est interdit au Sénégal. Celui-ci dénonce la conversion forcée à l’Islam et au catholicisme au XVIIème siècle au Sénégal. Ousmane Sembene est outré. Et cela ne va pas en s’arrangeant. En 1988, son film Camp de Thiaroye remporte le prix spécial du Festival de Venise. Pourtant, il est interdit en France. Le film raconte l’histoire vraie de tirailleurs sénégalais qui, une fois rentrés au pays seront mis dans un camp militaire français, et fusillés pour avoir réclamés leurs indemnités militaires…  Le film ne sera autorisé que dans les années 1990.

 

La reconnaissance, enfin

Avec son film Moolaadé (2ème volet d’un triptyque jamais fini), film sur l’excision, sorti en 2003, Ousmane Sembene reçoit le prix « Un certain regard » au Festival de Cannes. Mais il ne s’arrête pas là. Il reçoit également le prix du meilleur film étranger décerné par la critique américaine, le prix spécial spécial du jury au Festival de Marrakech… Il sera même invité en 2005 à délivrer la traditionnelle « leçon de cinéma ».

Il décédera des suites d’une longue maladie, le 9 juin 200, à Yoff. Son fils mais aussi les personnes qui l’ont fréquentées ont continué à diffuser ses films. En 2015 est sorti le film Sembene, réalisé par Samba Gadjigo (ami de longue date) et Jason Silverman. Ce film a été diffusé dans 17 pays africains, du 9 au 11 juin 2017. Le but ? Continuer de rendre hommage à Sembene et à son oeuvre.

Eglantine Puel

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

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