Le Manspreading : Symbole d’une société patriarcale ou manque d’éducation ?

Depuis quelques jours on peut voir une augmentation significative de l’utilisation du hashtag #Manspreading sur Twitter. Et entre réflexion offusquée de certains hommes, blagues de mauvais goût et dénonciation de la pratique, on ne sait plus où donner de la tête. Alors nous allons vous expliquer ce qu’est le Manspreading et pourquoi il fait autant débat.

Provenant de l’anglais et signifiant littéralement « étalage masculin », le manspreading consiste à étaler ses jambes à l’excès dans les transports en commun, limitant les places disponibles et gênant les autres personnes. Longtemps passée inaperçue, la pratique est nommée Manspreading en 2014 suite à une campagne lancée par le métro new-yorkais afin de mettre un terme aux comportements irrespectueux dans le métro. Très vite le terme sera repris sur le net ainsi que par les associations féministes pour dénoncer des pratiques sexistes. On peut ainsi mettre le terme en relation avec le mansplaining (Pratique consistant à expliquer des choses à une femme comme si elle était stupide ou ne s’y connaissait pas dans le domaine, peu importe ses qualifications). Ces pratiques sont alors considérées comme du sexisme ordinaire tant elles sont ancrées dans notre société patriarcale.

Manspreading

Avec ce graphique on peut voir que malgré une apparition en 2014 et une augmentation constante de l’utilisation du terme, cela ne fait que quelques jours que le manspreading revient sur le devant de la scène sur les réseaux sociaux. Cette augmentation du terme vient de la décision de la mairie de Madrid de s’attaquer au phénomène en lançant une campagne contre les incivilités dans les transports. Depuis de nombreuses utilisatrices sur Twitter parlent du manspreading et montrent des photos de personne le pratiquant pour le décrier. Pour autant les personnes signalant le manspreading subissent aussi du harcèlement, comme la journaliste Lenaïd Bredoux qui, après un post sur le manspreading, s’est fait insulter, harceler et moquer par de nombreux utilisateurs masculins. Ainsi les posts sur le manspreading ressemblent bien plus à un champ de bataille qu’à un débat constructif, la faute aux trolls et aux personnes ne voyant pas le problème dans cette pratique machiste.

Si le sujet est autant source de débat, c’est parce le Manspreading peut être perçu de manière bien différente selon les gens. En effet, comme l’indique le terme, c’est une pratique principalement faite par les hommes. Et cela peut tout autant venir d’un manque d’éducation et d’un manque de respect envers l’autre, que d’un sexisme ordinaire que la personne elle-même ignore. En effet si dès le plus jeune âge on apprend aux jeunes filles à se tenir « correctement », c’est-à-dire les jambes croisées afin de ne pas trop en révéler, les garçons ont le droit de s’asseoir comme ils le veulent. De même, l’éducation masculine tourne énormément autour de la notion de virilité et il n’est pas rare d’enseigner à un jeune homme qu’il faut se montrer viril, asseoir sa position et éviter certaines pratiques comme celle de croiser les jambes, puisque cela pourrait faire « féminin » ou « homosexuel ».  L’ensemble de ces « marqueurs de virilité » si on peut les appeler ainsi, sont enseignés inconsciemment aux enfants par les parents et la société, mais sont le symbole d’une société patriarcale où l’homme est celui détenant le pouvoir et la femme celle qui le subit. Le moyen de transport est alors une autre scène de ces relations de pouvoir où l’homme pratiquant le manspreading assoit sa position de dominant tandis que la femme doit subir la pratique. Et malgré des explications concernant la morphologie masculine et le fait que croiser les jambes peut faire mal aux attributs virils, l’écartement des jambes à outrance reste bien plus une pratique de domination inconsciente qu’un simple moyen de se mettre à l’aise, encore plus dans un lieu public où des jeux de pouvoir sont à l’œuvre.

Ainsi, si le Manspreading vient bien sûr d’un manque de civilité et d’éducation, il est aussi l’une des conséquences de notre société patriarcale et peut être perçu comme une pratique sexiste lorsqu’il est fait dans l’espace public. Bien sûr le Manspreading n’est pas à mettre aux mêmes niveaux que d’autres pratiques et il consiste bien plus en un sexisme ordinaire inconscient. Mais, ce n’est pas pour autant qu’il faut le délaisser et il est important de faire prendre conscience aux hommes que l’espace public est à tout le monde et que parfois il faut autant se serrer les couilles que les jambes, que l’on ait un vagin ou un pénis.

 Anthony XERRI

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