Blog – Le déjeuner de famille : sexisme ordinaire et préjugés

Aujourd’hui, il y a des choses que l’on ne dit pas, plus ou moins, car il est de notoriété publique qu’elles sont politiquement incorrectes. On n’entend plus trop, en public du moins, un homme interpeller son épouse en criant « Femme ! » pour réclamer sa bière pendant qu’il est avachi devant la télévision (la main dans le caleçon). Heureusement, ça choquerait si on assistait à ce genre de scène, on répondrait un peu outré à l’homme en question qu’il peut se lever et aller chercher sa bière lui-même ou, au pire, demander gentiment. Mais il y a des mots, des expressions qui elles, restent. De petites phrases anodines que l’on entend un peu partout.

« Prof, c’est un métier de femme »

On est à table et on discute, je me souviens en riant qu’avant de me diriger vers le journalisme, je voulais être prof, puis que je m’étais rendue compte que je n’aurais jamais la patience. Ma sœur fait remarquer que de toute façon, c’est un métier ingrat et mal payé.

« Oui, enfin ça dépend du métier de ton mari. Et puis pour une femme, prof c’est vraiment bien, ça permet d’avoir les vacances scolaires et des horaires corrects pour s’occuper des enfants. »

Vous l’entendez cette phrase ? C’est une phrase du quotidien, elle est presque banale. Ordinaire. Et pourtant, elle veut dire beaucoup. Elle veut dire qu’une femme doit se marier, qu’elle doit avoir des enfants et être celle qui rentrera plus tôt pour s’en occuper. Elle veut aussi dire qu’il est normal qu’un homme rapporte l’argent à la maison. Et à la moindre objection, la réponse est un soupir : « Enfin Mathilde, sois un peu réaliste. »

« Un homme qui fait de la danse… »

Un autre jour, je parle de mon prof de danse. C’est un homme, un homme assez âgé, un peu cinglé par moment. Il nous fait rire avec ses réflexions semi-philosophiques, il met parfois des heures à se souvenir d’un mouvement appris la semaine précédente. Il nous appelle toutes « ma puce », il est « perché » mais adorable. Bref, alors que je ris en évoquant ces péripéties, arrive alors la question qui tue, celle qui brûle la langue parce qu’elle est quand même un peu gênante.

« Mais ton prof… il est… euh… il est de l’autre bord ? » Ah ! Est-ce que mon prof est gay, pas gay comme joyeux mais comme homosexuel ? Non, non pas du tout, il est marié et a des enfants. C’était un grand danseur dans sa jeunesse notre Gilles, mais il n’est pas gay, désolée. « Oh je demande parce que bon… un homme qui fait de la danse… »

Un homme qui fait de la danse, une fille qui fait du rugby, ça choque encore. Un garçon de dix ans qui fait de l’équitation, ça fait même rire, alors que l’équitation a longtemps été un sport interdit aux filles. Ça fait cliché hein… Et pourtant…

On pourrait en donner des centaines, des exemples. Le métier, le sport, les études, les centres d’intérêt… Certains appellent ça du bon sens ou pire, le sens de la « réalité ». Moi, j’appelle ça du sexisme. Un sexisme que l’on ne condamne pas trop, parce qu’il reste politiquement correct. Un sexisme ordinaire.

Mathilde BERG

Crédit photo de Une : AlexasFotos

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